Signez la pétition pour un plan de conservation du lynx !
FERUS a pour buts, en France, notamment dans les massifs frontaliers et en relation avec les pays européens voisins de favoriser le retour et le maintien des populations de lynx. Alors que l’ours et le loup occupent régulièrement le devant de la scène nationale, le lynx se fait oublier. Malgré un impact limité sur les activités humaines, des signes de mécontentement sont parfois observés au niveau local. Son arrivée dans le Jura à la fin des années 1980 n’a pas été très sereine.
Le lynx en France : de sa disparition à son retour
Au XVème siècle, le lynx boréal était partout en France, en plaine comme en montagne. Puis le déboisement, la diminution des populations de ses proies et la chasse l’ont cantonné dans les massifs montagneux. Au milieu du XVIIème siècle, le lynx disparaît des Vosges. A la fin du XIXème siècle, il s’éteint du Jura et du Massif Central. Le félin résiste un peu plus longtemps dans les Alpes (un lynx tué en 1928 dans le Queyras). Dans les Pyrénées, la dernière capture authentifiée date de 1917 (Pyrénées-Orientales).
Le retour du lynx
Depuis les années 1970, le lynx est de retour dans les massifs montagneux de l’est de la France. S’il a été réintroduit dans les Vosges, le félin est revenu naturellement dans le Jura et les Alpes françaises. La réintroduction du lynx dans les Vosges débute en 1983. En 10 ans, 21 lynx, provenant en grande partie des Carpates slovaques, ont été relâchés dans les Vosges du Sud. Seuls une dizaine de lynx ont pu participer réellement à la constitution d’une population car les autres sont morts rapidement ou ont disparu.
Le mâle Frenz relâché le 2 juin 1993 sur le Massif du Grand Ballon - Markstein (68). Photo : Eric Midoux / ONCFS
Au début des années 1970, depuis la Suisse toute proche où une dizaine de lynx a été relâchée, l’espèce fait son retour sur le versant français du Jura. Dès lors, elle va progressivement coloniser l’ensemble des secteurs forestiers favorables du massif du Jura. Dans les Alpes occidentales, près d’une quinzaine de lynx ont été lâchés en Suisse de 1970 à 1976. En France, une première donnée est collectée en Isère en 1976. Par la suite, les premiers indices sérieux de sa présence datent du début des années 1980. Maintenant encore, on ne peut pas affirmer avec certitude si ces lynx sont venus du sud du Jura ou des Alpes suisses. D’abord uniquement présente dans les Alpes du Nord, l’espèce a colonisé progressivement des territoires vers le sud, jusqu’en Haute-Provence.
La population actuelle
La population française de lynx est constituée de 3 noyaux.
Le noyau vosgien est principalement centré sur le versant alsacien des Vosges moyennes et du Sud. Depuis quelques années, on constate une progression de l’espèce sur le versant lorrain des Vosges moyennes et du Sud. Au nord, la présence du lynx dans le vaste ensemble forestier « Vosges du Nord – Palatinat allemand » est encore sporadique et semble déconnectée du noyau du sud du massif. Une étude de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), réalisée en 2003, a permis d’estimer la population vosgienne à 30-40 individus.
La population la plus importante et la plus active sur le plan démographique se trouve dans le Jura. Elle compterait actuellement une centaine d’individus (ONCFS, 2003). Dans le sud du massif, tous les habitats forestiers favorables sont occupés par le lynx, de la haute chaîne frontalière (à l’est) jusqu’à la plaine de la Bresse (à l’ouest) et au Rhône (au sud). Plus au nord, le lynx continue de coloniser de nouveaux territoires, essentiellement dans le département du Doubs. Des signes récents semblent indiquer une présence désormais continue de l’espèce sur toute la façade frontalière de ce département. Enfin, des données récentes collectées entre les noyaux vosgien et jurassien (sud de la Haute-Saône et nord du Doubs) laissent espérer une jonction.
On ne peut pas vraiment parler de noyau en ce qui concerne la présence du lynx dans les Alpes. Aucune aire de présence vaste et continue n’est occupée, mais plusieurs « îlots » répartis sur l’ensemble du massif et centrés sur les principaux massifs montagneux et forestiers. Depuis quelques années maintenant, un noyau de population démographiquement actif semble se former dans les grands massifs forestiers des Préalpes du Nord (Chartreuse, Bauges, Bornes), en connexion avec la population du Jura. Bien que l’aire de présence soit encore discontinue dans le reste des Alpes, l’espèce est contactée dans les principaux massifs et continue son expansion vers le sud, puisque des indices de présence sont relevés jusqu’au nord du département du Var et l’ouest des Alpes-Maritimes. L’effectif, très difficile à estimer, serait de l’ordre de 30-40 individus (ONCFS, 2003). Voir aussi : Le lynx dans les Alpes du Sud : le grand absent ou le grand discret ?
Le suivi du statut de conservation de la population de lynx en France : Bilan pour la période triennale 2005- 2007 :
Bilan indices lynx 2008 :
Suivre l’évolution de la population de lynx en France depuis 1997 : le bulletin du Réseau Lynx
Et dans les autres massifs ?
Dans les Pyrénées, la situation a toujours été très confuse, d’une part concernant l’espèce (lynx boréal ou lynx pardelle) et d’autre part sur sa survie. Certains naturalistes affirment qu’il n’a jamais disparu mais aucun indice de présence sérieux, aucune attaque suspecte sur les troupeaux et aucun cadavre de lynx n’ont été observées, malgré la présence sur le terrain des correspondants des Réseaux Ours et Loup. Dans le Massif Central, rien ne permet d’affirmer aujourd’hui que le félin est présent, malgré quelques rumeurs. On pourrait espérer que les noyaux de population du Jura et du nord des Alpes réussissent à recoloniser le Massif Central dans un avenir plus ou moins proche.
Vos infos et observations nous intéressent !!
Pour mieux protéger le lynx, il nous est très important de connaître l’évolution de son statut en France : nouvelles zones occupées ou zones récemment désertées ; cas de mortalité (actes de braconnage, collisions routières…) ou signalements de naissances ; etc. Il ne nous serait pas inutile non plus d’avoir connaissance d’éventuels signes de mécontentement ponctuels, de la part de certaines parties de la population locale, dans tel ou tel massif, telle ou telle vallée… Amis ou passionnés du lynx, adhérents ou sympathisants de FERUS, toutes vos informations nous intéressent ! Si vous avez des articles de presse (presse locale ou spécialisée) ou d’autres informations à propos du lynx ; si vous avez observé un lynx ou des indices de sa présence, n’hésitez pas à contacter notre coordinateur lynx : Anthony Kohler (anthony.ferus@gmail.com)
Un animal protégé mais menacé
Au niveau de l’Union Européenne, le lynx boréal est inscrit aux annexes II, III et IV de la Directive Habitats. Au niveau national, le lynx boréal est protégé par la loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature et l’arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux mammifères (mis à jour le 23 avril 2007). Sur la Liste rouge des espèces menacées en France de l’IUCN, le lynx boréal, Lynx lynx, est classé « en danger ».
Menaces
Malgré une dynamique positive, la population de lynx en France est très vulnérable compte tenu de son faible effectif et de sa fragmentation. Généralement, on admet que si une population de lynx supporte correctement la mortalité naturelle, une mortalité d’origine humaine est beaucoup plus préjudiciable à la survie d’une population. En France, le braconnage est une cause de mortalité importante. Trop régulièrement, des lynx sont ainsi tués par ignorance ou vengeance, principalement dans le Jura et les Vosges. Actuellement, les collisions routières, autoroutières et ferroviaires représentent la cause de mortalité la plus importante. Les juvéniles payent un plus lourd tribut que les lynx adultes. Un problème plus général et plus vaste concerne l’ensemble des populations de lynx boréal d’Europe Occidentale. Il s’agit de la fragmentation des ensembles forestiers par des zones urbanisées et leurs infrastructures de communication. Les possibilités de dispersion donc d’échanges d’individus entre noyaux de population se trouvent réduites voire complètement annihilées. Ce problème se rencontre entre les Vosges du Nord et les Vosges du Sud, entre les Vosges du Sud et le Jura ainsi qu’entre plusieurs massifs des Alpes. A terme, ces isolements peuvent entraîner un affaiblissement génétique de la population dans son ensemble, d’autant que les noyaux de nos régions sont issus d’opérations de réintroduction, donc d’un faible nombre d’individus pionniers.
Perspectives
Le lynx boréal est bien implanté sur toute la façade Est de la France. Mais à l’échelle européenne, les populations de lynx sont très fragmentées et donc très vulnérables. Il est nécessaire de favoriser des échanges d’individus entre chacun de ces noyaux (Vosges/Palatinat, Jura, Alpes occidentales, Alpes orientales, Balkans…) afin d’optimiser la variabilité génétique de la population et sa survie à long terme.
Voir aussi : le lynx dans les Alpes (2004)
Pour cela, il conviendrait de réfléchir sur l’opportunité de créer des passages à faune efficaces au-dessus des voies de communication les plus problématiques (autoroutes, voies rapides). En France, cette hypothèse a été envisagée au niveau de l’autoroute A4, au col de Saverne (Bas-Rhin), qui relie les Vosges du Nord et les Vosges moyennes. Nous devons veiller au maintien de la protection de l’espèce que certains cherchent à affaiblir. Une régulation n’est et ne sera jamais à l’ordre du jour, compte tenu de la biologie de l’espèce et de l’état de ses populations.
Enfin, il faut continuer le travail d’information sur le lynx boréal pour mieux faire connaître cette espèce et ses impacts réels sur les activités humaines. Ceci permettra sans doute aussi de faire aimer ce beau félin, si mal connu et si passionnant.
FERUS demande un Plan national de conservation du lynx en France
Si le lynx n’est heureusement pas dans une situation critique en France, son avenir n’est pour autant pas pleinement assuré et impose une grande vigilance. Les cas de mortalité d’origine humaine – braconnage et collisions routières principalement – augmentent. De plus, outre les cas de mortalité directement constatés, de nombreux autres sont suggérés indirectement, par l’augmentation du nombre de jeunes lynx orphelins retrouvés, morts ou vivants, dans le Jura. Les rumeurs de braconnage sont aussi nombreuses à nous parvenir, sans pouvoir être vérifiées la plupart du temps. Enfin, dans le milieu cynégétique, certaines voix se font entendre pour demander une régulation du lynx. Malgré ces sources légitimes d’inquiétude, le lynx ne bénéficie d’aucun plan de conservation à l’échelle nationale, à la différence du loup ou de l’ours par exemple. Pourtant, au niveau français, le lynx boréal est classé comme « en danger » sur la liste rouge des espèces menacées en France. Un projet de plan de restauration pour le lynx en France avait pourtant été rédigé au début de l’année 2003 par diverses administrations, mais a rapidement été gelé par le Ministère de l’Ecologie de l’époque. Cette demande n’est pas nouvelle : depuis longtemps, de nombreux naturalistes et scientifiques réclament un plan lynx à l’échelle nationale. FERUS prend aujourd’hui le flambeau pour réclamer à l’Etat la rédaction, puis la mise en œuvre effective, d’un véritable plan national de conservation du lynx en France, auxquelles nous souhaitons participer. A travers ce document (téléchargeable ci-dessous), nous développons ce qui nous semble devoir être la base d’un tel plan.
Ce document a été adressé à Chantal Jouanno, secrétaire d’état à l’Ecologie, au Directeur général de l’Aménagement, du Logement et de la Nature et à la Directrice de l’Eau et de la Biodiversité (DEB, ex DNP). Il a également été adressé pour information au Conseil de l’Europe, au comité français de l’UICN et au groupe faune sauvage du CNPN.
Le lynx en France : la plaquette de FERUS
Plaquette 16 pages éditée avec le financement de La Fondation Nature et Découvertes :





