Tirs de loups dans les réserves naturelles nationales : une ligne rouge qui porte atteinte à leur principe fondateur

Tirs de loups dans les réserves naturelles nationales : une ligne rouge qui porte atteinte à leur principe fondateur

© Adrien Spiesser
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Un collectif de gestionnaires d’aires protégées et d’ONG environnementales demande le retrait immédiat de cette disposition.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE COMMUN — le 12 mai 2026

À partir du 19 mai, l’Assemblée nationale examinera le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Un amendement autorise désormais les tirs de loups dans les réserves naturelles nationales. Un collectif de gestionnaires d’aires protégées et d’ONG environnementales exige la suppression de cette mesure qui, sans améliorer la vie des éleveurs, va à l’encontre des objectifs de protection de ces espaces naturels et des engagements de la France en matière de biodiversité.

Une atteinte directe au principe fondateur des réserves naturelles nationales et de la protection forte

Les réserves naturelles nationales (RNN), espaces rares en France représentant 0,37 % de la surface de l’hexagone, font partie des espaces les plus protégés de notre territoire, où la priorité est donnée à la conservation des espèces, des habitats et des processus écologiques. Autoriser des tirs de loups, espèce protégée, dans ces espaces est contraire à leur mission de conservation. Permettre ces tirs serait une rupture avec le principe de protection forte ; les autoriser pour une espèce protégée ouvrirait la porte à une banalisation des interventions létales dans des territoires censés garantir la préservation du vivant. Il est inacceptable que des espaces créés pour protéger la biodiversité deviennent des terrains de destruction d’une espèce protégée comme le loup.

Cette mesure crée une distinction injustifiée entre réserves naturelles nationales et cœurs de parcs nationaux, alors que ces deux types d’espaces relèvent du même niveau de protection forte. Aucune justification écologique ne permet de traiter différemment ces espaces. Cette distinction remet en cause la cohérence de notre politique de conservation, tant au niveau national qu’international.

Des solutions très efficaces sur le terrain

Les éleveurs rencontrent des difficultés réelles face aux loups, mais dans les réserves naturelles nationales, tout comme dans les cœurs de parcs nationaux, les solutions existent et fonctionnent. Les données montrent que les dommages liés aux loups restent limités dans ces espaces, grâce à :

  • Des expérimentations de solutions de coexistence
  • Des moyens supplémentaires pour accompagner les éleveurs (pris en charge à hauteur de 100 % par l’État)
  • La présence de chiens de protection de troupeaux
  • Un accompagnement technique de proximité
  • Des dispositifs comme les bergers d’appui
  • Une sensibilisation des visiteurs de ces espaces aux enjeux du pastoralisme et au rôle des chiens de protection
  • Une médiation active et un suivi scientifique rigoureux

La coexistence entre l’élevage et les loups doit avant tout être basée sur la prévention et l’adaptation, pas sur des réponses létales.

Un risque de contre-performance pour les éleveurs

Les tirs sont souvent présentés comme une solution rapide, mais les connaissances scientifiques montrent qu’ils peuvent avoir des effets contre-productifs. En tuant un loup, on désorganise la meute, ce qui augmente la dispersion des jeunes loups, plus enclins à attaquer les troupeaux. Les études montrent que cela aggrave la situation plutôt que de la résoudre. Les tirs de défense ne permettent pas de faire baisser durablement les prédations sur les troupeaux domestiques. La prévention, en revanche, a montré des résultats probants et offre une réponse plus efficace et durable.

Le rôle écologique essentiel du loup

Le loup joue un rôle crucial dans l’équilibre des écosystèmes. En participant à la régulation des populations de grands herbivores comme les cerfs, il aide à préserver la santé des forêts et à maintenir l’équilibre des milieux naturels. Ce rôle est fondamental dans les réserves naturelles nationales, qui ont pour mission de conserver ces équilibres écologiques.

Un enjeu de cohérence des engagements de la France

La France s’est engagée à renforcer son réseau d’aires protégées et à promouvoir la protection de la biodiversité, tant au niveau national qu’international. En autorisant des tirs de loups dans les réserves naturelles nationales, le gouvernement fragiliserait grandement la crédibilité de ses engagements et l’image de la France sur la scène internationale. Comment la France pourrait-elle demander aux autres pays, notamment dans les pays du Sud, de protéger leur grande faune sauvage ? Cette mesure va à l’encontre de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité 2030, qui vise à protéger 10 % du territoire sous protection forte d’ici 2030 suivant l’engagement du Président Macron d’avoir 10 % du territoire national en plein naturalité, ainsi que de la Stratégie Européenne pour la Biodiversité 2030, qui inclut des objectifs pour la conservation des espèces et des habitats naturels. En outre, cela décrédibilise les engagements pris par la France dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB) et de la CITES.

Une demande collective claire

Face à ces enjeux, nous appelons les députés à supprimer cette disposition du projet de loi afin de préserver l’intégrité des Réserves Naturelles Nationales et de maintenir une politique fondée sur la prévention, la connaissance et la coexistence.

Signataires :

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Depuis plus de 20 ans, FERUS agit pour la coexistence entre le loup et les activités humaines au travers des ses programmes de bénévolat PastoraLoup et Parole de Loup. Rejoignez-nous !