Charge d’ours sur l’estive d’Arréou : analyse et mise en perspective

Charge d’ours sur l’estive d’Arréou : analyse et mise en perspective

© Tristan Allain
Actus en France Actus ours
© Tristan Allain

Communiqué de presse de FERUS

Suite au témoignage d’une charge d’ours sur l’estive d’Arréou, FERUS a assisté à la réunion organisée par la préfecture de l’Ariège afin de cadrer le déclenchement du protocole « ours présentant un comportement anormal ou dangereux ». Suite à la présentation détaillée des éléments par l’OFB, que pouvons-nous en retenir ?

Voici l’interprétation du comportement de l’ours par FERUS :

– Le chien de conduite de l’éleveur, 10 mètres devant ce dernier, débusque un ours, déclenchant une charge contre le canidé. Ce comportement est classique et peut advenir pour d’autres espèces : par exemple, les chiens de randonneurs peuvent déclencher la charge de bovins en estive s’ils se rapprochent trop de ces derniers.

En prévention, il est conseillé de tenir les chiens en laisse, ou d’équiper le chien d’une clochette, comme pour certains chiens de chasse, afin d’éviter de surprendre le plantigrade.

– L’ours se retourne ensuite vers l’éleveur et déclenche une charge d’intimidation en s’arrêtant à 3 mètres. Si l’ours prend généralement la fuite, le stress généré par la présence du chien suivie par la détection de l’homme à courte distance, perçue comme une menace, peut engendrer ce réflexe de défense et de mise en garde.

– L’éleveur, situé au sommet d’un raidillon, cherche à impressionner l’ours (cris, gestes) et lui jette des objets (une boîte de pâté atteint l’ours). L’ours grogne, montre les dents et s’assoit patte levée. Il finit par s’éloigner vers la forêt. L’éleveur se dirige vers le plantigrade qui recule. Mais lorsque l’homme tente de le prendre en photo en s’approchant à 10 mètres, l’ours grogne à nouveau et gratte le sol. L’éleveur lui jette des cailloux et l’ours part lentement.

Deux semaines avant, l’éleveur a croisé un ours poursuivant une brebis dans le brouillard. Peut-être le même car ayant les mêmes caractéristiques (jeune subadulte de petite taille). Après des cris et des jets de cailloux, l’ours s’était arrêté à 10-15 mètres en grognant, mais sans charger. L’éleveur, renouvelant cris et jets de cailloux, l’ours s’était éloigné. 

En cas de rencontre rapprochée ou de charge, il est déconseillé de répondre par la confrontation et l’agressivité, plutôt rester calme et afficher un profil bas pour faire baisser la tension. Attitude qu’on peut généraliser aux cas où l’homme ne fait pas le poids face à la force d’un animal : là encore on peut faire le parallèle avec une charge de bovin où on n’imagine pas se mesurer face à un tel animal, au risque de mal finir.

Le fait que cet ours ait tardé à fuir et montré une agressivité, sans conséquence, est peut-être lié à cette situation de défi et de confrontation, et aussi au peu d’expérience d’un individu subadulte.

– Au-delà de l’émotion légitime et de l’alarmisme suscités par ce rare épisode, il convient de replacer la dangerosité potentielle du plantigrade dans un cadre plus général. Lors de centaines de nuits de gardes nocturnes, les bergers d’appui de la Pastorale Pyrénéenne n’ont jamais signalé de comportement agressif, même en cas de rencontre fortuite à courte distance. De même, et si l’on fait une comparaison avec d’autres espèces, les charges dues aux bovins en estive dans les Pyrénées françaises envoient en moyenne deux randonneurs par an à l’hôpital dans un état grave, avec un décès en 2013.

– À noter que, contrairement à ce qui a pu être dit, les bombes au poivre pour les bergers et les éleveurs ne sont pas supprimées : les autorisations sont en cours de signature. Elles peuvent se révéler très dissuasives dans une telle situation.

Pour revenir au comportement de cet ours subadulte, on ne sait pas s’il se cantonne aux circonstances particulières de cet évènement, ou s’il est plus général. C’est pourquoi, par principe de précaution, nous avons approuvé le déclenchement du protocole « ours présentant un comportement anormal ou dangereux » qui permettra à l’OFB de tester le comportement de ce jeune individu dans des circonstances standards et de pratiquer un conditionnement aversif s’il s’avère nécessaire.

FERUS agit pour l’ours au travers de ses programmes de bénévolat Parole d’Ours et Api’Ours. Rejoignez-nous !