Le loup gris (Canis lupus) appartient à l’ordre des Carnivores et à la famille des Canidés qui compte une quarantaine d’espèces dont les renards, chacals, coyotes, lycaons etc … Il habite tous les types de milieux naturels de l’hémisphère Nord, des montagnes européennes aux plaines boisées, en passant par tous les types de peuplement forestiers, les plateaux cultivés de Castille en Espagne, l’Arctique, la toundra, les steppes de Mongolie, les montagnes du Caucase, de l’Altaï ou du Pamir jusqu’à 5500 m d’altitude et les zones semi-désertiques d’Arabie saoudite ou d’Israël.
Une vie en meute

Louveteaux. Photo : Sylvain Macchi
Le loup est une espèce sociale dont les populations sont structurées par les meutes. Elles se composent d’un couple dominant reproducteur et de ses jeunes de l’année, parfois d’un ou deux jeunes de l’année précédente et éventuellement d’individus extérieurs au clan familial qui ont été acceptés par le groupe. En France, les meutes comportent rarement plus de 8 individus contrairement aux effectifs plus importants des meutes d’Amérique du Nord ou de Russie. Les effectifs des meutes sont le plus souvent de 2 à 4 individus en fin d’hiver en raison notamment de la mortalité importante des jeunes qui intervient surtout au cours de leur première année. Les jeunes quittent le groupe entre 2 et 4 ans. Ces loups en dispersion représentent 10 à 40 % de l’effectif d’une population. Vulnérables et peu expérimentés, ces jeunes parcourent des espaces qu’ils ne connaissent pas et doivent chasser seuls… Le territoire d’une meute varie en fonction de l’abondance et de la répartition des proies. Dans les Alpes, sa superficie est de l’ordre de 200 km2.
Un prédateur efficace des ongulés sauvages
Les loups ont des caractéristiques communes aux carnivores : une dentition spécialisée, un système digestif simple, des griffes acérées, un cerveau développé. Le loup est taillé pour la course et les longues marches. Bien que l’animal soit d’une taille modeste, autour de 30 kg dans l’Ouest de l’Europe, et d’une corpulence comparable à celle d’un berger allemand, il est capable de déplacer un animal pesant deux à trois fois son propre poids.
Le loup peut consommer des insectes comme des grands mammifères mais il est principalement dépendant des ongulés. Il peut aussi se nourrir d’animaux qu’il trouve morts dans la nature. Ce prédateur est capable de s’adapter à des situations très diverses, ce qui lui permet d’exploiter l’ensemble des populations d’ongulés d’une région. Pour survivre, il doit disposer de ressources abondantes et accessibles toute l’année. Les ongulés sauvages (chamois, mouflons, chevreuils, cerfs, sangliers…) constituent ses proies principales. Le loup ne se maintiendrait pas en l’absence de cette faune sauvage. Le loup ajuste ses effectifs aux ressources disponibles et ne provoque jamais la disparition de ses proies. Les loups s’installent préférentiellement dans les sites qui présentent les plus importantes densités de grands herbivores sauvages. On observe alors, au cours des premières années, une réduction plus ou moins sensible de l’effectif des ongulés. A la suite d’une diminution des ressources, la mortalité naturelle des jeunes loups augmente et l’équilibre s’établit. Cependant, quelle que soit la densité de ses proies naturelles, les tentatives de prédation sur le bétail persistent, essentiellement du printemps à l’automne. Il existe des solutions éprouvées pour limiter l’impact du loup sur les troupeaux domestiques.
Le Protocole Prédateurs Proies (PPP)
Le Protocole Prédateur-Proies : « l’impact du loup sur les populations d’Ongulés sauvages dans les Alpes françaises ». Ce programme de recherche « Prédateur-Proies » a été lancé en 2004 par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, le CNRS, la fédération départementale des chasseurs des Alpes-Maritimes et le Parc national du Mercantour. Son objectif est d’étudier l’incidence de la prédation du loup sur la dynamique, le comportement et la répartition spatiale des populations de quatre espèces d’ongulés sauvages connues pour être des proies du prédateur : cerf, chevreuil, chamois et mouflon. Cette étude est une première en France et même unique en Europe du fait de son approche focalisée sur les proies, et non sur les prédateurs.
Dans le cadre du PPP, 3 loups (3 femelles) ont été capturés dans le Mercantour et équipées d’un collier émetteur GPS avant d’être relâchés :
- Une louve capturée dans le Mercantour (2009)
- Un 2ème loup équipé d’un collier GPS dans le Parc du Mercantour (29 mars 2010) / La louve retrouvée morte
- La troisième louve apparemment braconnée (septembre 2011)
- Une 4ème louve équipée (octobre 2011)
Présence en France
Le loup est l’un des carnivores qui occupait la plus vaste aire de répartition dans le Monde (ensemble de l’hémisphère nord). François de Beaufort avait estimé qu’à la fin du 18ème siècle, il y avait entre trois et sept mille loups en France. Il était présent du bord de la mer à la haute montagne. Après une persécution organisée, l’espèce a disparu au cours des années 1930. Les derniers loups vivaient en Dordogne, en Charente, dans la Vienne et la Haute-Vienne. Dans les Alpes, l’espèce avait déjà disparu depuis une trentaine d’années. Il nous revient 60 ans plus tard dans les Alpes du sud. Aujourd’hui, l’espèce continue sa progression et des individus ont été détectés dans le Massif Central, les Pyrénées et le Jura.
D’où vient-il ?
Les premiers indices de loups dans les Alpes du sud datent de la fin des années 1980. La première observation d’individus authentifiée a été faite en novembre 1992. Ces animaux sont arrivés à la suite d’une recolonisation par étapes de l’Italie depuis le massif des Abruzzes (centre de l’Italie). Ce retour s’est déroulé sur plus de 20 ans. Cette reconquête s’est faite à la faveur de plusieurs facteurs :
- la protection légale ;
- la réintroduction d’ongulés sauvages par les chasseurs ;
- la déprise agricole qui a favorisé aussi bien les proies que les prédateurs. Les superficies en cours de boisements se sont étendues.
En Europe, le loup a profité de l’expansion du chevreuil et du sanglier. Une expansion des loups se produit également en Espagne, davantage vers le sud du pays que vers l’est. Il est vraisemblable que des loups ibériques parviendront dans les Pyrénées. Ceux qui ont atteint les Pyrénées Orientales à la fin des années 1990 se trouvent à équidistance entre la population de loups des Alpes du sud et celle qui se trouve à l’est de la cordillère Cantabrique en Espagne. Les analyses génétiques ont montré que les loups des Pyrénées proviennent de la population italienne.
Voir : 1993 : Terre Sauvage annonce le retour du loup en France
Une exceptionnelle capacité de dispersion
Les loups sont capables de traverser des zones habitées et les grandes infrastructures de transport. Ils ont traversé des espaces urbanisés en Italie du Nord et ont traversé la vallée du Rhône, l’obstacle le plus difficile pour cette espèce en France, pour rejoindre le Massif-Central. La présence du loup y a été attestée en 1997 (Cantal), en 1999 (Puy-de-Dôme), en 2006 (Lozère) et leur origine italienne identifiée par l’analyse génétique. Quelques années après les premières observations attestées dans les Alpes-Maritimes (1992), la colonisation s’est faite dans l’ensemble des Alpes avec des incursions dans tous les massifs montagneux situés autour : Vosges (1994), Suisse (1995), Massif-Central (1997) Pyrénées (1999)… Au-delà de ces massifs, il n’y a aucune raison biologique ou écologique pour que les loups se limitent à la montagne et l’espèce devrait pouvoir coloniser la plupart des régions françaises.
Le suivi de la population de loups en France
La plupart des données recueillies en France sont fournies par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) qui a en charge le suivi scientifique de l’espèce. Deux méthodes complémentaires sont utilisées pour évaluer l’effectif des loups : un niveau d’abondance basé sur le relevé des pistes dans la neige et une estimation du nombre d’individus fondée sur l’analyse génétique d’échantillons biologiques divers (crottes, poils….). Le dénombrement des pistes dans la neige permet d’évaluer l’évolution du nombre de loups. Il ne permet pas de compter l’effectif total mais l’effectif minimum car il n’est effectué que dans les zones fréquentées au moins deux hivers consécutifs par des loups (Zone de présence permanente, ZPP). Les jeunes en dispersion ou les nouvelles meutes ne sont donc pas comptabilisés. La seconde méthode, l’identification génétique, est pratiquée sur des crottes ou des loups retrouvés morts. Un calcul est effectué sur le rapport des individus identifiés une fois à ceux qui sont à nouveaux identifiés.Cette méthode permet une vision des effectifs plus proche de la réalité. Le nombre de ZPP a régulièrement augmenté : 1 en 1993, 5 en 1998, 10 en 2002, 16 en 2005, 21 en 2006, 26 en 2009. En 2009, il y aurait 150-180 loups en France dont 19 meutes. En 2007, plus de 90 % des loups se trouvent dans les Alpes. Peu de sites regroupent plusieurs meutes. Dans la zone la plus importante, le massif du Mercantour, la plupart des meutes ont des territoires transfrontaliers (France – Italie). La population française sera moins vulnérable lorsque des meutes s’installeront en dehors des Alpes. La présence actuelle du loup dans les Pyrénées ou dans le Massif Central est précaire.
Suivi hivernal 2010-2011
A l’issue de l’hiver 2010 / 2011, le nombre de ZPP (Zones de présence permanente) reste stable (27 ZPP), avec des entrées et des sorties qui se compensent. Les ZPP des Bauges (73) et Mont du Cantal (15) sont déclassées. Deux nouvelles ZPP apparaissent, dénommées « Ouest Var » (83) et Oisans-Grandes Rousses (38). 19 ZPP sont constituées en meute. De plus, 2 sont susceptibles de faire l’objet d’un déclassement, si aucun indice n’y est détecté l’hiver prochain (Lure, 04, et Cheiron, 06). Malgré le déclassement de certaines ZPP (mais qui n’étaient pas constituées en meute), la valeur de l’indicateur « Effectif Minimum Retenu *» est comprise entre 68 et 88 loups. Calculé sur les valeurs moyennes, cela correspond à un accroissement annuel en progression de 15 % par rapport à l’hiver 2009/2010.
Détails du bilan hivernal loup 2010-2011, département par département (avec cartes et tableaux) :
* L’indicateur EMR (Effectif Minimum Retenu) est avant tout une mesure de l’évolution de l’ensemble de la population de loup et ne doit pas être interprété comme une évaluation juste de l’effectif d’une zone particulière. L’EMR étant centré sur le pistage hivernal, il sous-estime évidemment fortement les effectifs en zone sans neige.
Suivre l’évolution de la population de loup en France depuis le retour de l’espèce :
- Quoi de Neuf, le bulletin du réseau loup(1998-2011)
Les attaques de loup sur l’homme : un fait rare
La peur du loup est ancrée dans la mémoire collective. Cette crainte est en partie liée au risque d’attaque de l’homme par le loup. Ces attaques sont rarissimes de la part de loups en bonne santé. Les chiens représentent un risque bien supérieur. Les attaques de loups documentées concernent essentiellement des animaux atteints de la rage. Version française du rapport The fear of wolves : a review of wolf attacks on humans (LCIE, 2002). Traduction de Robert Igel / loup.org. Extraits du résumé :
En février 2001, à la demande du ministère norvégien de l’environnement, plusieurs chercheurs ont rédigé un rapport qui tente d’examiner les données existantes et relatant des attaques de loups sur des hommes au cours de ces derniers siècles dans le monde. A partir des données rassemblées, il ne semble pas y avoir de doute qu’en de rares occasions et dans des circonstances
particulières, des loups ont pu attaquer et tuer des gens. On peut ainsi identifié 3 types d’attaques :
- attaques par des loups enragés.
- attaques défensives où le loup a mordu une personne en réponse à une situation où il était acculé ou provoqué.
- attaques de prédation lorsque les loups semblent avoir considéré une personne comme une proie.
Il apparaît tout de suite que la majorité des attaques ont concerné des loups enragés. Bien qu’une population de loups puisse rarement constituer un réservoir à rage, certains individus peuvent la développer au contact d’autres espèces qui en sont un vecteur essentiel. L’animal développe parfois une forme furieuse de la rage et peut alors mordre un grand nombre de personnes en une seule fois. Jusqu’au développement des traitements antirabiques (Pasteur, 1890), les morsures ont presque toujours été fatales aux victimes. Actuellement, la majorité des victimes survit à la maladie. Cependant la sévérité des attaques est généralement telle que les victimes peuvent être tuées sur le coup ou sont mordues au visage et à la tête si bien que le traitement n’a pas le temps de réagir efficacement. Les ouvrages consultés contiennent de nombreux exemples de loups ayant été provoqués (piégeage, approche des tanières) mais qui n’ont pas développé une attitude dangereuse pour les humains. Dans d’autres cas identiques, les loups ont parfois réagi brutalement et mordu des gens en essayant de s’enfuir. En aucun cas, un humain n’a été tué directement dans une telle situation. Les attaques de loups non enragés sur des gens sont très rares et la grande majorité des loups ne considèrent pas les humains comme des proies. 4 facteurs associés aux attaques de loup ont été identifiés :
- la rage, impliquée dans la majorité des cas
- l’habitude, lorsque les loups perdent la peur qu’ils ont des hommes : augmentation du risque
- la provocation : situations dans lesquelles un humain veut piéger un loup acculé ou essaie d’entrer dans une tanière
- un environnement fortement modifié ou rendu artificiel dans lequel il n’y a plus de proies naturelles, les décharges d’ordures sont nombreuses, le bétail n’est pas protégé, les enfants laissés sans surveillance ou utilisés comme bergers et enfin où la pauvreté et l’inorganisation des populations humaines les rendent plus vulnérables à des animaux moins farouches. Ces situations conduisent à davantage d’interactions entre loups et humains ce qui majore d’autant la possibilité des ces rares faits d’attaques directes.
Quand la fréquence des attaques de loups est comparée à celle d’autres grands carnivores, il est évident que les loups sont parmi les moins dangereux.
Rapport en français à télécharger ici !!
Le loup en France : la plaquette de FERUS
Plaquette 16 pages éditée avec le financement de La Fondation Nature et Découvertes :
Liens divers
Populations mondiales et statuts





