L'ours : conservation et présence en France | FERUS

L'ours : conservation et présence en France

Ours pyrenees conservation 2

Photo Eric Dürr

FERUS a pour buts, en France, notamment dans les massifs frontaliers et en relation avec les pays européens voisins, de de favoriser le maintien et le renforcement des populations d’ours.

Sur la Liste rouge des espèces menacées en France  de l’IUCN, l’ours brun, Ursus arctos, est classé « en danger critique d’extinction», soit l’une des 2 seules espèces de mammifères en France dans cette catégorie.

L’ours brun (Ursus arctos) est le plus grand mammifère français, mais aussi le plus menacé. Avec une vingtaine d’individus présents dans les Pyrénées, il est condamné à disparaître de ce massif sans nouvelle réintroduction. Pourtant, depuis qu’il est présent en Europe, l’ours brun n’a jamais disparu des Pyrénées. Le grand tournant pour l’ours des Pyrénées date de 1996-1997. A ce moment là, alors qu’il ne restait plus qu’une demi-douzaine d’ours dans les Pyrénées, trois ours slovènes ont été relâchés afin de renforcer la population autochtone. Cette opération connut un succès biologique incontestable, mais aussi une opposition d’une partie du milieu de l’élevage. Toutefois, malgré les nombreuses naissances d’oursons constatés, la population était encore insuffisante pour assurer sa viabilité à long terme. C’est ainsi qu’un renforcement de la population eut lieu en 2006, avec le lâcher de 5 nouveaux ours slovènes. Après avoir été réduite à un unique noyau autochtone de 5 individus seulement au milieu des années 1990, la population d’ours bruns des Pyrénées compte actuellement une vingtaine d’individus grâce à la réintroduction de 8 ours slovènes. L’adaptation des ours relâchés, les naissances constatées in situ ou la colonisation de nouveaux territoires nous rappellent qu’en terme d’habitats favorables, le massif pyrénéen n’a rien à envier aux Monts Cantabriques en Espagne ou à la chaîne des Abruzzes en Italie. Les Pyrénées sont toujours favorables à l’ours brun. Malgré ces éléments positifs, la population actuelle est encore trop fragile et réduite pour espérer pouvoir se maintenir à long terme. Dès lors, le maintien de l’ours brun dans les Pyrénées et l’établissement d’une population viable ne dépendent que de nous. Ainsi, il est plus que jamais nécessaire de poursuivre le renforcement de la population dans les Pyrénées centrales mais surtout dans les Pyrénées occidentales, où ne subsistent plus que 3 ours mâles adultes. Si de nouveaux lâchers s’avèrent indispensables pour sauver l’ours des Pyrénées, la création de vastes zones de tranquillité, interdites aux battues avec chiens courants, l’est tout autant, notamment dans les zones-refuges connues : les secteurs de tanière et d’élevage des jeunes notamment, ainsi que dans les zones d’alimentation automnale. Battons nous pour que l’ours brun, qui n’a jamais disparu des Pyrénées, survive encore longtemps dans ce massif où il cohabite avec l’homme depuis des millénaires.

L’HISTOIRE DE L’OURS EN FRANCE

Présence historique

L’ours brun est un animal autochtone de la faune française. Avec le loup et le lynx, il s’agit des trois grands carnivores des forêts françaises et européennes. L’Ours brun (Ursus arctos) est apparu en France il y a environ 100 000 ans. Depuis, il n’a jamais disparu de notre pays. A l’époque romaine, l’ours brun était encore présent partout en France, en plaine comme en montagne.

Causes et historique de sa disparition en dehors des Pyrénées

En quelques siècles, la chasse et le déboisement ont décimé les populations de plaine. Dès le Moyen-Âge, l’ours ne se rencontre plus que dans les massifs montagneux de l’Est, du Sud et du Centre de la France. Ensuite, le déclin de l’ours s’est poursuivi à cause de la chasse, du braconnage, du poison, de la dégradation et de la destruction de son habitat, au point de conduire l’espèce au bord de l’extinction. A la fin du XVIIIème siècle, l’ours disparaît des Vosges. La dernière capture date de 1786 à Guebwiller. Au milieu du XIXème siècle, l’ours s’éteint du Massif Central et du Jura, respectivement dans les années 1850 et 1860. Entre le début et le milieu du XXème siècle, l’ours disparaît des Alpes. La dernière capture date de 1921 en basse vallée de la Maurienne (Savoie), tandis que la dernière observation sérieuse eut pour cadre le massif du Vercors (Drôme), en septembre 1937. A l’aube de la seconde guerre mondiale, l’ours n’est plus présent en France que dans la chaîne pyrénéenne…

L’OURS DANS LES PYRÉNÉES

Déclin jusqu’au milieu des années 1990…

Les causes du déclin de l’ours des Pyrénées sont identiques à celles de la disparition de l’ours dans les autres massifs français. Chasse, braconnage, empoisonnement, destruction de ses habitats et dérangement sont à l’origine de la diminution dramatique des effectifs jusqu’au milieu des années 1990. Dans les années 1950, on estime qu’il y avait encore 70 ours, répartis sur l’ensemble des Pyrénées. En 1960, la population pyrénéenne d’ours bruns se fragmente en deux noyaux, l’un à l’ouest (Pyrénées occidentales) et l’autre au centre (Pyrénées centrales). En 1984, 15 à 20 ours étaient encore présents dans les Pyrénées occidentales et 5-6 dans les Pyrénées centrales. Au tout début des années 1990, le dernier ours des Pyrénées centrales disparaît. Il reste alors 7 à 8 individus dans le noyau occidental, entre les vallées d’Aspe et d’Ossau. En 1995, l’effectif de la population pyrénéenne n’a jamais été aussi faible, avec 5 individus dont une seule femelle. Face à ce constat dramatique, il a été décidé de procéder au renforcement de la population d’ours bruns des Pyrénées, notamment grâce à l’association Artus (devenue depuis FERUS). L’idéal aurait évidemment été de renforcer le noyau occidental. Cependant, face à une opposition politique forte, il a été choisi de réintroduire l’ours dans la partie centrale des Pyrénées.

Renouveau en 1996, avec la réintroduction dans les Pyrénées centrales

Quatre communes favorables au projet de réintroduction se sont regroupées au sein d’une association : l’ADET (Association pour le Développement Economique et Touristique des Pyrénées Centrales). En 1993, une charte relative au renforcement de la population des Pyrénées centrales est signée entre l’ADET et le Ministère de l’Environnement, tandis que la réalisation technique de l’opération est confiée à Artus. Après des études minutieuses, la Slovénie a été choisie comme pays source pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les ours slovènes sont génétiquement très proches des ours pyrénéens, tout comme leur milieu de vie. Ensuite, la situation sanitaire des animaux est connue et bonne. Enfin, la Slovénie est habituée aux opérations de capture d’ours ; ce pays est stable politiquement et relativement proche de la France. Entre mai 1996 et mai 1997, trois ours ont été capturés dans la réserve de Medved (sud de la Slovénie) et relâchés sur la commune de Melles (Haute-Garonne). Les ourses Ziva et Mellba (alors âgées de 5-6 ans et 4-6 ans) ont été relâchées les 19 mai et 6 juin 1996. L’année suivante, l’ours Pyros (alors âgé de 9-10 ans) est relâché le 2 mai 1997. Malgré une très bonne adaptation des ours lâchés dans les Pyrénées (nous en parlerons peu après), la faiblesse et la fragilité de la population rendent nécessaire la poursuite des lâchers, jusqu’à obtenir une population d’ours viable. En 2003, une étude (Chapron & al., 2003) montre ainsi la nécessité de renforcer la population pyrénéenne d’au moins 5 ourses dans le noyau occidental et d’au moins 6 individus (4 femelles et 2 mâles) dans le noyau central. Le processus, enclenché au début de l’année 2004, est accéléré par la mort tragique de l’ourse Cannelle, dernière femelle de souche pyrénéenne, abattue par un chasseur en vallée d’Aspe en novembre de la même année. Après plusieurs mois de concertation, les ourses Palouma, Franska, Hvala et Sarousse et le mâle Balou sont relâchés entre avril et août 2006 dans les Pyrénées centrales, en provenance de Slovénie.

lacher ours pyrenees franska

L'ourse Franska encore endormie avant son relâcher en 2006. Photo J.J. Camarra / ONCFS / ETO

Situation actuelle

Actuellement, après ces deux opérations de réintroductions, une vingtaine d’ours sont présents dans les Pyrénées en deux noyaux de population relativement séparés. La population est suivie par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, par l’intermédiaire de l’Equipe Technique Ours et du Réseau Ours Brun.

Pyrénées centrales et orientales. Les ours slovènes réintroduits dans les Pyrénées centrales en 1996-1997 et 2006 se sont très bien adaptés au massif. Ainsi, entre 1997 et 2008, une vingtaine d’oursons (au minimum) sont nés dans les Pyrénées centrales, en une douzaine de portées. L’aire occupée par ce noyau s’étend actuellement sur près de 4000 km², entre les Pyrénées centrales et orientales : Val Louron, Barousse (Hautes-Pyrénées), Luchonnais, Comminges (Haute-Garonne), Couserans, Haute-Ariège (Ariège), Benasque (Aragon), Val d’Aran, Pallars Sobira et Sierra del Cadi (Catalogne) sont les principales régions occupées. Plus occasionnellement, l’ours pousse des incursions en Andorre, sur le massif du Carlit (Pyrénées-Orientales) ou le plateau de Sault (Aude). Actuellement, une quinzaine d’individus sont présents dans les Pyrénées centrales et orientales, tous issus de la réintroduction de 1996/1997 et du renforcement de 2006. Mais avec la mort de Palouma et Franska en 2006 et 2007, un nouveau renforcement est indispensable pour assurer la viabilité de ce noyau et donc de l’ours dans les Pyrénées.

Pyrénées occidentales. C’est dans cette partie des Pyrénées que subsiste(nt) le ou les deux derniers ours d’origine pyrénéenne. Actuellement, on n’y recense plus que 3 ours mâles adultes, qui fréquentent une vaste zone comprise entre le Haut Béarn (Pyrénées-Atlantiques), la Bigorre (Hautes-Pyrénées) et les hautes vallées de Navarre et d’Aragon (Espagne). Il s’agit d’un adulte d’origine pyrénéenne (« Aspe Ouest »), d’un adulte d’origine slovène (Néré) et d’un jeune adulte d’origine pyrénéo-slovène (Cannellito, le fils de Cannelle). Sans renforcement, l’ours est évidemment condamné à s’éteindre à très court terme des Pyrénées occidentales.

Voir :

- Résultats des analyses génétiques ours : 2nd session 2009 et début 2010

- Statut de la population d’ours bruns dans les Pyrénées en 2009 (17 individus minimum individualisés)

MENACES

Impacts directs de l’homme

Actes de braconnage. Dans les Pyrénées, la chasse puis le braconnage ont été les principales causes de la régression   de l’ours au cours du XXème siècle. En 1962, sa chasse  est interdite mais des battues administratives peuvent toujours être ordonnées (la dernière eut lieu en 1967). En 1972, la chasse à l’ours est totalement interdite par décret paru au Journal Officiel. Enfin, depuis 1981, l’espèce est strictement protégée. Toutefois, une trentaine d’ours ont été braconnés depuis 1976, dont 3 ourses depuis 1994 (Claude en 1994, Mellba en 1997 et Cannelle en 2004). Mais d’autres individus ont pu être abattus sans que nous le sachions. De plus, on sait de manière certaine qu’au moins 3 autres ours ont essuyé des tirs dans les Pyrénées ces dernières années : Lors de radiographies, des plombs ont été trouvés chez l’ours Papillon, mort de vieillesse en 2004 et l’ourse Franska, tuée par une voiture en 2007, tous deux dans les Hautes-Pyrénées. L’ours Balou a quant à lui été tiré et blessé lors d’une battue aux sangliers en septembre 2008 en Haute Ariège… Ainsi, au moins 6 ours ont essuyé des tirs mortels ou non dans les Pyrénées en 14 ans (1994-2008). Actuellement, outre le braconnage volontaire toujours possible, les principaux risques reposent sur des accidents lors de rencontres entre chasseurs et ours au cours de battues aux sangliers. Enfin, depuis au moins une vingtaine d’années, il n’existe pas de cas documenté de mort par empoisonnement, mais cette menace potentielle est à prendre au sérieux, comme en témoigne la vague de mortalité enregistrée dans la population des Abruzzes (centre de l’Italie) ces dernières années.

Trafic routier. Les collisions avec les véhicules ou les trains constituent une autre source potentielle de mortalité. En effet, plusieurs cas ont été notés dans les Alpes italiennes ou en Slovénie. Dans les Pyrénées, 2 collisions ont eu lieu en l’espace de 2 ans, l’une mortelle, l’autre non. En août 2007, l’ourse Franska meurt, heurtée par deux voitures, entre Argelès et Lourdes (Hautes-Pyrénées) ; en août 2008, c’est l’ours Boutxy qui est percuté par un minibus en Haute-Ariège, au niveau de Mérens-les-Vals. Blessé lors de l’impact, il semble avoir survécu. Ce risque s’accroît dès lors que la densité de routes à trafic élevé est importante dans le domaine vital occupé par un ours. A titre d’exemple, l’ours Boutxy, suivi par télémétrie entre octobre 1999 et mai 2002, avait traversé 46 fois la route Nationale 20 en Haute-Ariège durant la période de suivi.

Impacts indirects de l’homme

Perturbation. Diverses activités humaines peuvent perturber les ours. Le dérangement est particulièrement préjudiciable dans les zones refuges et dans les zones d’élevage des jeunes utilisées par les femelles. Il peut ainsi entraîner de longs déplacements, dangereux pour les oursons. Plusieurs activités sont susceptibles de provoquer des dérangements. En premier lieu, on peut noter la création, puis l’utilisation, de routes et pistes forestières et pastorales en pleine zone à ours. Ce n’est pas la piste en elle-même qui est néfaste mais sa construction et son utilisation ultérieure par des randonneurs, chasseurs, VTT, 4X4, motos… Les battues aux sangliers au chien courant constituent une menace non négligeable pour la population d’ours des Pyrénées, notamment pour les femelles suitées (à cause de la faible mobilité des oursons).

Fragmentation et destruction de son territoire. En Europe, ce sont les activités humaines (routes, habitations permanentes, zones agricoles) qui conduisent à la fragmentation des habitats, donc à moyen terme au cloisonnement des massifs montagneux et à la formation de sous-populations isolées. L’intensification du trafic routier, principalement dans les vallées d’Aspe (Pyrénées-Atlantiques), de la Garonne (Haute-Garonne), de l’Ariège (Ariège), est de nature à renforcer le cloisonnement des habitats.

Menaces liées à une faible population

Démographie. La faiblesse des effectifs, notamment la présence insuffisante de femelles, constitue la menace la plus criante. Actuellement, la taille de la population pyrénéenne ne lui permet pas de se maintenir de façon spontanée. Dans les Pyrénées occidentales, la situation est particulièrement claire puisqu’il n’y a plus de femelles… Ce noyau, ayant pourtant toujours hébergé des ours, est condamné à disparaître à court terme, sans renforcement par des femelles. Dans les Pyrénées centrales, l’effectif est trop faible pour permettre un renouvellement de la population.

Génétique. La population autochtone d’ours bruns des Pyrénées était la moins diversifiée génétiquement du monde, ce qui pouvait en partie expliquer – avant la disparition des dernières femelles – son faible taux de renouvellement (notamment une moindre la fécondité). Mais malheureusement, le phénomène risque de se faire sentir dans les Pyrénées centrales, compte tenu du faible nombre d’individus fondateurs… Des cas de reproductions consanguines ont déjà été observés (notamment entre Pyros et sa fille Caramelles en 2001 et 2003).

Voir : Comment assurer la tranquillité indispensable aux ours des Pyrénées ?

LE PLAN DE RESTAURATION DE L’OURS

Page en cours de construction ! Bientôt en ligne !

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