Arrêté ministériel d’effarouchement des ours : le débat confisqué

Arrêté ministériel d’effarouchement des ours : le débat confisqué

© Daniel Madeleine
Actus en France Actus ours
© Daniel Madeleine

L’État vient de publier son arrêté modificatif de l’arrêté ministériel 2023 destiné à encadrer les effarouchements des ours.

Cette publication intervient alors que 75 % des participants à la consultation publique ont exprimé leur opposition. La minorité favorable à cet arrêté avait pourtant déclenché une abondante campagne médiatique, relayée par certains titres de presse. Ceci montre la robustesse des arguments que nous avons mis en avant.

Quand bien même, l’État a préféré une fois de plus le passage en force sans le moindre aménagement par rapport à son projet.

Rappelons que les risques de cette pratique ne sont déjà pas anodins à la base, et non évalués pour l’ours : les 120 décibels des cartouches à double détonation sont au seuil de la douleur pour l’humain. C’est un niveau sonore suffisamment important pour justifier le port obligatoire de protections dans le monde du travail, pour éviter des dommages auditifs.

C’est pire pour les détonations car l’oreille n’a pas le temps de mettre en place les mécanismes biologiques de protection (réflexe stapédien). 

Le fait que l’audition soit un des sens les plus performants de l’ours (avec l’odorat), meilleur que celui de l’humain, fait suspecter que le plantigrade soit plus sensible aux détonations, rendant plus probable les dommages auditifs pour un tel niveau sonore, a fortiori pour les juvéniles.

Dans un document ne citant aucune référence, aucune source des données obtenues, aucun récapitulatif des portées effarouchées, identifiées et suivies, ni aucune méthodologie d’étude, et ne comportant plus généralement aucun détail, le ministère affirme l’innocuité de ces tirs.

Quand on ne cherche pas, on ne trouve pas : en contradiction avec ces affirmations, on peut noter en 2020 la disparition d’une portée de deux oursons postérieurement à un effarouchement renforcé ayant mobilisé un record de 28 cartouches à double détonation contre une ourse suitée, par très mauvaise visibilité, 15 mètres en moyenne. Tous les détails se trouvent dans notre document, qui se veut parfaitement transparent en citant toutes les sources et la méthode aboutissant à cette conclusion (à consulter ici).

Le principe de précaution devrait donc s’imposer.

A contrario, l’État rajoute une couche de risques en autorisant la pratique de ces effarouchements renforcés par les éleveurs et bergers, sans présence d’agents de l’OFB, alors que le contexte ne s’y prête pas :

  • Un ours a été abattu illégalement en juin 2020 sur l’estive du Col d’Escots
  • Des armes prohibées ont été saisies sur une estive du Massif des 3 Seigneurs l’été dernier, et leurs détenteurs condamnés. Cette opération a été vertement critiquée par la Chambre d’Agriculture de l’Ariège.

Cet arrêté est le résultat d’une demande du Président de la République suite à son entretien du 27 avril avec les opposants à l’ours les plus radicaux de l’Ariège, incluant des membres de la Chambre d’Agriculture dont son président Philippe Lacube, et la présidente du département Christine Téqui. Cette dernière avait décrété l’omerta concernant l’abattage illégal de l’ours Gribouille en juin 2020, pour éviter que son auteur ne soit dénoncé.

De plus, deux des participants à cet entretien ont déjà été condamné par la justice :

  • Port d’arme illégal
  • Participation à la vidéo des « encagoulés » en 2017, décrétant la chasse à l’ours, qui est illégale.

Philippe Lacube avait aussi annoncé la destruction illégale de deux ours en 2009.

Dans ces circonstances, outre le fait d’accéder aux revendications de ces opposants en court-circuitant tout débat démocratique permettant d’argumenter, l’État joue un jeu dangereux vis-à-vis d’une des trois espèces de mammifères en France dont le statut de conservation est le plus mauvais : c’est en quelque sorte faire rentrer le loup dans la bergerie, avec cette fois l’ours dans le rôle de la brebis.

Nous demandons en conséquence le retrait de ce dispositif.

Rappelons pour finir qu’il existe des solutions alternatives éprouvées à ces effarouchements renforcés :

  • Mise en place de parcs de regroupement nocturnes électrifiés dont 90 % des troupeaux ayant bénéficié des effarouchements renforcés étaient dépourvus en 2023-2024 : il s’agit pourtant de la solution la plus efficace pour faire baisser les dommages par prédation, démontrée statistiquement.
  • Gardes nocturnes des bergers d’appui de la Pastorale Pyrénéenne : une efficacité équivalente, voire légèrement supérieure aux effarouchements renforcés.

Lire aussi : CONSULTATION PUBLIQUE : PRONONCEZ-VOUS CONTRE UN NOUVEL ARRÊTÉ D’EFFAROUCHEMENT DES OURS !

FERUS agit pour l’ours au travers de ses programmes de bénévolat Parole d’Ours et Api’Ours. Rejoignez-nous !