CONSULTATION PUBLIQUE : PRONONCEZ-VOUS CONTRE L’EFFAROUCHEMENT DES OURS SUR UNE ESTIVE ARIEGEOISE !

CONSULTATION PUBLIQUE : PRONONCEZ-VOUS CONTRE L’EFFAROUCHEMENT DES OURS SUR UNE ESTIVE ARIEGEOISE !

© Jacques Carriat
Actus ours
© Jacques Carriat

Une consultation du public est ouverte du 13 au 28 mai au sujet d’un arrêté d’effarouchement renforcé à l’encontre des ours sur l’estive d’Arréou en Ariège (Couserans). :

https://www.occitanie.developpement-durable.gouv.fr/spip.php?page=article&id_article=27300

Nous vous invitons à vous prononcer contre ce projet d’arrêté en précisant bien dans le titre votre opposition.

Malgré une opacité et une rétention d’information sans précédent de la part des services préfectoraux de l’Ariège, y compris concernant des éléments essentiels, vous trouverez ci-dessous des informations (qui s’appuient notamment sur les questions posées dans l’avis du CNPN joint à la consultation). Elles vous vous permettront de vous faire un avis argumenté :

  • Il s’agit d’un arrêté dérogatoire par rapport aux arrêtés d’effarouchement renforcé classiques, permettant aux éleveurs et bergers d’effectuer eux-mêmes ces effarouchements renforcés, alors qu’ils sont normalement réservés aux seuls agents de l’OFB.
  • Il est censé prévenir des prédations exceptionnelles telles que celles déclarées sur cette estive en 2025.
  • Les prédations identifiées sur cette estive en 2025 apparaissent comme un évènement tellement singulier qu’il soulève de nombreuses interrogations dont une partie seulement a trouvé une réponse :
  • Les prédations en 2025 ont été multipliées par un facteur 6 par rapport aux années précédentes, dans un contexte général de baisse des prédations.
  • Cette évolution ne concerne que cette estive et pas les estives voisines.
  • Les prédations sur cette estive représentent 20% des prédations du département de l’Ariège et 33% des bêtes prédatées.
  • Le taux de constats de dommages conclus en « responsabilité ours non écarté » atteint près de 90%, alors qu’il se situe généralement et par ailleurs entre 50 et 70%.
  • Il est à noter que cette estive pratique les constats déclaratifs : ce sont les éleveurs et bergers qui réalisent les constats et les photos associés. Les agents de l’OFB sont censés réaliser un pourcentage limité de constats dont nous ne connaissons pas la proportion dans le cas présent. Rappelons que ce sont les services préfectoraux (DDT09) qui décident de la conclusion du constat, et pas l’OFB.
  • Malgré un discours alarmiste dans la demande d’effarouchement du président du groupement pastoral concernant la sécurité des bergers et la dangerosité de l’espèce, aucun comportement agressif de l’espèce n’a été relevé, non plus lors des centaines de gardes nocturnes effectuées par les bergers d’appui de la Pastorale Pyrénéenne lors des années passées. Ce discours alarmiste rejoint celui des opposants radicaux à l’ours (ASPAP, PAM, Chambre d’Agriculture de l’Ariège) qui réclament la régulation de l’espèce.
  • Espèce mobile, les 9 ours identifiés sur cette estive n’étaient ni installés de façon pérenne, ni présents simultanément : l’estive se situe au niveau du Port d’Aula, un des points bas de la crête frontalière et zone de passage entre la France et l’Espagne. Il n’est guère étonnant que plus d’ours soient détectés dans cette zone de transit.
  • Information importante non précisée par la préfecture : la très grande majorité des prédations s’est produite sur des bêtes isolées sans protection car n’ayant pu être regroupées à cause du brouillard : dans ces conditions, les effarouchements renforcés effectués à proximité immédiate du troupeau regroupé seront parfaitement inefficaces pour prévenir ces prédations se produisant en un autre lieu.
  • A noter que ces problèmes météo n’ont pas eu les mêmes conséquences sur les estives voisines.
  • Ce groupement pastoral, conduisant un des plus importants troupeaux en Ariège (1900 bêtes) ne met pas en œuvre de parcs de regroupement nocturnes électrifiés, pourtant reconnus par une étude scientifique comme le moyen le plus efficace pour diminuer les prédations ursines, et alors que leur utilisation est généralisée dans les Alpes contre le loup, se multiplie dans les Pyrénées, et est pratiquée depuis longtemps dans le Béarn.
  • Les effarouchements renforcés n’apportent aucune valeur ajoutée sur le plan de l’efficacité par rapport aux gardes nocturnes des bergers d’appui de la Pastorale Pyrénéenne. Ceux-ci n’ont pas été sollicités par ce groupement pastoral en 2025.
  • L’analyse de vulnérabilité et l’aide technique, permettant de rechercher des solutions aux problèmes de prédation, et financés à 100%, n’ont pas été sollicitées par le groupement pastoral.
  • La population d’ours des Pyrénées est la deuxième plus petite en Europe, et se trouve dans un mauvais état de conservation. L’innocuité des effarouchements renforcés n’est pas démontrée, contrairement aux affirmations des services de l’Etat :
  • La puissance sonore (120 dB) des cartouches à double détonation est au seuil de la douleur pour l’espèce humaine et nécessite des protections dans le cadre de la réglementation du travail. Ces protections sont encore plus indispensables dans le cas de détonations car l’oreille n’a pas le temps de mettre en œuvre des réactions naturelles de protection. L’audition étant un des 2 sens principaux de l’ours, meilleure que celle de l’homme, on peut suspecter d’autant plus des risques de dommages auditifs, notamment pour les oursons, avec un impact sur le taux de survie de ces derniers.
  • Contrairement aux affirmations de l’Etat, une portée de 2 oursons non génotypés a disparu postérieurement à un effarouchement renforcé dans le Couserans le 15 juillet 2020, ayant mis en œuvre un record de 28 cartouches à double détonation par une visibilité de 15 mètres seulement.
  • Le Conseil d’Etat a déjà annulé la possibilité de réalisation des effarouchements renforcés par les éleveurs et bergers pour des questions de conservation de l’espèce. Rappelons qu’un ours a été tué illégalement par balles dans une estive du Couserans en juin 2020, et que des armes prohibées ont été saisies en 2025 dans une autre estive ariégeoise et leurs propriétaires condamnés, opération très critiquée par la Chambre d’Agriculture. Rappelons aussi l’épisode de la vidéo des « encagoulés » armés, en 2017, appelant à la chasse illégale de l’ours : un des participants condamné à cette occasion est membre de la Chambre d’Agriculture actuelle de l’Ariège.

En conclusion, cet arrêté présente un risque de généralisation, avec une multiplication des armes à feu en estive. Il semble plus être de nature politique et destiné à ouvrir une brèche dans la protection de l’espèce qu’être apte à résoudre rationnellement un épisode de prédation suscitant encore de nombreuses interrogations.