Ces dernières années, les contenus issus des pièges photographiques (qu’il s’agisse de photos ou de vidéos) connaissent un essor considérable, notamment dans la sphère naturaliste. Mais cette expansion rapide n’est pas sans risques et peut s’accompagner de dérives parfois invisibles, contre lesquelles il convient de se prémunir. Il s’agit donc de rappeler le cadre légal de la pose de pièges photo et de mettre en garde sur la consommation d’images ainsi obtenues.
Du fait d’une popularité croissante, d’une certaine facilité d’accès, et d’une fascination grandissante pour la nature et plus spécifiquement pour la faune sauvage, la pose de pièges photo se développe. Mais derrière ces trop nombreuses images, ce sont des impacts bien réels et trop souvent ignorés (que ce soit consciemment ou inconsciemment) qui sont en cause. Le cas du lynx est un exemple assez révélateur, parmi tant d’autres. Dans les magazines spécialisés, en ligne ou sur les réseaux sociaux, certaines images séduisantes de lynx cachent en réalité des pratiques problématiques. De plus en plus de vidéos et de photos de l’animal se révèlent discutables d’un point de vue éthique. Le lynx est discret, territorial et très sensible aux dérangements, particulièrement en période de reproduction (entre fin février et mi-avril). Un point sur les principales conditions à respecter pour la pose de pièges photo, dans le respect des règles en vigueur et de la quiétude de la faune sauvage, semble alors indispensable.
Poser un piège photo n’est pas anodin
Des autorisations sont nécessaires pour poser un piège photo, en fonction des lieux concernés (privé, public, réserve, …). Tout dispositif destiné à photographier ou filmer la faune dans un espace naturel protégé (réserves naturelles, coeurs de parcs, APPB…) doit faire l’objet d’une autorisation délivrée par ses gestionnaires. Il est nécessaire d’obtenir l’accord du propriétaire, que ce soit sur un terrain privé ou public, et de respecter le Code de l’environnement à ce sujet (notamment l’interdiction de déranger intentionnellement les espèces protégées).

Il convient de protéger avant d’observer, car les risques de dérangement peuvent être importants. Le simple passage humain pour relever ou entretenir un piège photo peut laisser des odeurs perturbantes pour la faune. Plus il y a de passage, plus la pression d’observation augmente. Les flashs et clics de déclenchement peuvent aussi modifier les comportements des animaux. Pour certaines espèces, un dérangement répété peut provoquer l’abandon de territoire, de tanière ou de jeunes. C’est un trop grand risque à prendre pour un simple cliché… Le piège photo étant de plus en plus accessible et performant, cela encourage une installation massive, ce qui multiplie et augmente ce risque.
Des images qui font rêver mais des risques bien réels
Il est particulièrement difficile de connaître le contexte réel des prises de vues, notamment sur les réseaux sociaux, qui montrent des scènes toujours plus touchantes, spectaculaires, rares… Cela constitue une forte incitation aux pratiques dangereuses voire en dehors du cadre légal. Le risque principal est de faire primer l’image sur l’éthique, avec comme dérives du nourrissage, des appâts, un dérangement durable et/ou répété. Ces conséquences sont alors potentiellement néfastes pour les animaux. Il s’agit donc de rester vigilant et de toujours se questionner sur le contexte de prise de vue d’une photo, surtout lorsqu’elle est virale. En cas de doute, s’abstenir de partager et de donner de la visibilité à une photo qui aurait pu provoquer une certaine forme de dérangement et, enfin, se renseigner sur les démarches et le travail des photographes.

Quelles solutions pour des images éthiques ?
Il ne s’agit pas d’arrêter purement et simplement la pose de pièges photo, mais de la raisonner. Des mesures existent pour tenter de lutter contre les pratiques problématiques. Pour encadrer la pose de pièges photo, certaines aires protégées (réserves naturelles, zones de quiétude, APPB, ENS, …) disposent d’une règlementation qui leur est propre afin de garantir la tranquillité des espèces et la préservation des milieux naturels. Par exemple, la Réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura a publié un arrêté en ce sens en 2023 avec pour objectifs principaux de réduire les dérangements, de réguler les pratiques et de protéger les individus. C’est aussi un des axes du Plan National d’Actions Lynx qui vise la conservation et la restauration de la population de lynx en France. Dans ce texte, des recommandations fortes concernent la limitation des dérangements, notamment en période sensible (rut, dispersion, …). Par ailleurs, il est conseillé de maintenir une certaine forme de confidentialité sur les données de localisation d’une photo ou d’une vidéo.
La pose de piège photo soulève donc des enjeux très larges et concerne toutes les espèces, qu’elles soient protégées ou non, sensibles aux dérangements d’origine humaine. Il est important de généraliser un usage responsable, coordonné et respectueux de ces outils de prise de vue et de considérer, à sa propre échelle, l’impact que peut avoir l’humain sur son environnement. Il s’agit donc de mieux connaître pour mieux protéger : la pose de piège photo peut être un outil formidable d’étude et de sensibilisation, mais elle nécessite une approche sérieuse, éthique et précautionneuse. Nous faisons donc un appel à la vigilance : pour celles et ceux qui posent des pièges photo comme pour les amateurs et amatrices d’images !

Merci à Johann Rosset, Conservateur de la Réserve Naturelle Nationale de la Haute Chaîne du Jura.
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