Chasse au loup à Yellowstone : un manque à gagner économique et scientifique

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Yellowstone, 2016. Photo Jim Peaco

En 1995-1996, 31 loups du Canada ont été relâchés à Yellowstone. Ils sont aujourd’hui une centaine, répartis en dix meutes. Pour les experts, c’est la capacité maximale du parc. De nombreux loups sortent désormais du parc et recolonisent les zones extérieures. On compte désormais environ 1700 loups dans l’ouest américain, dans les états du Wyoming, du Montana, de l’Idaho, de l’Oregon et de Washington. La prédation sur le bétail a augmenté ces dernières années, conduisant l’Idaho et le Montana à autoriser la chasse au loup. La chasse au loup dans le Wyoming devrait commencer cet automne.

Protégés dans le parc, les loups de Yellowstone sont peu farouches vis-à-vis des humains et sont souvent observables depuis les routes du parc. Ils attirent des milliers de touristes chaque année. « Yellowstone est le meilleur endroit au monde pour voir des loups » selon Doug Smith, biologiste du parc.

Pour Doug Smith et d’autres chercheurs, Yellowstone est par ailleurs un véritable laboratoire. Ils y conduisent une étude à long terme sur cette rare population de loups, rare car elle n’est ni chassée ni piégée.

Mais les choses pourraient changer si la chasse est de plus en plus permise aux alentours du parc. Une étude en cours examine cette question. Doug Smith et d’autres scientifiques ont constaté que les observations de loups dans les parcs de Denali et Yellowstone ont « considérablement diminué, de 45%, à cause de la chasse et du piégeage. Si les loups sont moins visibles, cela pourrait diminuer l’afflux de visiteurs dans le parc. Le « wolf watching » (l’observation de loups) à Yellowstone génère à lui seul 35 millions de dollars pour l’économie régionale.

L’autre conséquence possible de l’augmentation de la chasse aux loups pourrait donc être aussi la perturbation des études sur le loup. L’écosystème de Yellowstone est le seul endroit au monde où de nombreuses meutes de loups vivent naturellement sans aucune chasse devant le viseur des scientifiques.

Dix loups du parc sont équipés de colliers GPS, donnant leur position jusqu’à 48 fois par jour. Les scientifiques, installés depuis une colline ou depuis des avions, peuvent alors observer les loups toute la journée, avec des détails sans précédent. Et comme les loups vivent sans danger d’être abattus et près d’un trafic touristique important, ils ignorent les chercheurs qui peuvent les étudier facilement.

Par delà le monde, les règles sociales des meutes de loups sont biaisées quand les animaux sont chassés. Mais à Yellowstone, les scientifiques peuvent dresser un vrai portrait de la société des loups, dans et entre les meutes. Pour la première fois, la longévité des meutes a été étudiée en profondeur. Dans le parc, elle est de 8 à 10 ans en moyenne (la meute de Druid a plus de 20 ans). Lorsque les loups sont chassés, elle n’est que de 2 ou 3 ans car les membres de la meute se séparent souvent et reforment de nouveaux groupes. L’espérance de vie d’un loup est quant à elle de 5 ans dans le parc, soit le double qu’à l’extérieur. Le plus vieux loup de Yellowstone avait 12 ans et demi.

Les recherches ont aussi conduit Doug Smith à penser que les meutes sont matrilinéaires. Selon lui, les mâles vont et viennent ; les grand-mères, les mères et les filles restent, perpétuant la meute à travers les générations.

Même si la mortalité naturelle est routinière, notamment quand les loups tentent de tuer des proies armées de sabots et de cornes et pesant 20 fois leurs poids, il est assez évident que la chasse aux loupx va altérer ces recherches. Lorsque la femelle dominante de la meute de Lamar Canyon a quitté Yellowstone en 2012 et a été abattue, la meute s’est scindée en deux et le mâle dominant est parti car la nouvelle femelle dominante était sa fille (les loups évitent les accouplements consanguins). Sans compter que certains loups équipés de colliers GPS ont déjà été tués.

Certains loups attirent plus de visiteurs que d’autres. Ainsi cette célèbre louve blanche de 11 ans retrouvée blessée par balle et euthanasiée le mois dernier. Elle a été tirée illégalement et une enquête a été ouverte. Elle était le loup le plus convoité à observer.

Source : New York Times

 

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