La nouvelle lettre d’actualités « Lynx boréal, nouvelles d’ici et d’ailleurs » n°26, éditée par nos amis de la SFEPM (Société Française d’Étude et de Protection des Mammifères) vient de paraître !
Édito
Les temps changent. Cette évolution ne renvoie pas seulement aux températures exceptionnelles enregistrées sur une partie de l’Europe au mois de mai, mais à la manière dont la société et la justice considèrent désormais les atteintes portées à la nature : une espèce strictement protégée par les réglementations nationales et européennes ne peut plus être détruite dans l’indifférence. Un exemple récent l’illustre. En 2024, dans une commune du Bas-Rhin, une femme a tué un jeune lynx boréal à coups de pelle alors qu’il était entré dans son poulailler. Elle a été condamnée à trois mois d’emprisonnement avec sursis et au versement de 30 000 € au titre du préjudice écologique et de 25 000 € pour deux APN. Une autre affaire doit être jugée à l’automne : grâce à plusieurs témoignages et à un travail d’enquête rigoureux, les agents de l’OFB ont pu identifier le responsable de la destruction d’un lynx par arme à feu à proximité de Saint-Claude, dans le Jura. Ces procédures interviennent dans un contexte particulièrement préoccupant pour la conservation de l’espèce. En France, le Lynx boréal demeure classé « en danger » sur la Liste rouge nationale de l’UICN. Ses effectifs restent faibles et fragmentés, chaque perte d’origine humaine compromettant sa structure démographique, sa reproduction et sa viabilité à long terme. Ces événements soulèvent toutefois la question de l’adéquation entre les sanctions prévues par la loi et les enjeux de conservation. La destruction d’une espèce protégée est passible de sanctions pénales pouvant atteindre trois ans d’emprisonnement, une peine comparable à celle encourue pour un vol simple, comme celui d’un téléphone portable, et 150 000 euros d’amende. Pourtant, les conséquences écologiques sont d’une toute autre ampleur. La perte d’un lynx est souvent irréversible et ses effets dépassent largement le cadre individuel : ils concernent l’ensemble de la société et les générations futures. Si les temps semblent changer, la détection des infractions et l’établissement des preuves demeurent complexes, limitant le nombre de poursuites et de condamnations effectives, mais aussi l’effet dissuasif. Néanmoins, la reconnaissance croissante du préjudice écologique constitue une avancée importante et renforce la protection juridique des espèces menacées en France. La décision à venir constituera ainsi un nouvel élément d’appréciation de la manière dont le droit pénal contribue à leur protection.
Marine DROUILLY, SFEPM
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