Les dégâts d’ours liés aux systèmes de compensation, pas au nombre d’ours

Un ours dans les Tatras, en Slovaquie. Photo Eric Durr

Les dégâts d’ours liés aux systèmes de compensation, pas au nombre d’ours. Par Eugène Reinberger

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°62 (décembre 2016)

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Synthèse de l’Etude internationale sur les dégâts d’ours en Europe (participation de l’ONCFS Equipe Ours pour la France) : Patterns and correlates of claims for brown bear damage on a continental scale, Journal of Applied Ecology, juin 2016.  

Cette étude montre que le nombre moyen de dégâts indemnisés par ours varie de 0,05 en Estonie à 8,5 en Norvège et que ces variations sont dues aux différences de méthodes de compensation, à la nourriture disponible et la proportion de terres agricoles. Les variations ne sont pas reliées au nombre d’ours.

Il est important que les politiques de gestion de l’ours prennent en compte ces conclusions pour gagner en efficacité pour réduire la prédation. Il faut ainsi mettre l’accent sur la prévention et conditionner les compensations à la mise en place effectives des mesures de protection.

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Lynx dans les Vosges : l'avenir est-il au sud?

Photo OCS

Lynx dans les Vosges : l’avenir est-il au sud? Par Alain Laurent

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°62 (décembre 2016)

Dans le cadre d’un suivi extensif mené depuis 2015, l’Observatoire des Carnivores Sauvages (OCS) a identifié neuf lynx différents dans le Jura alsacien. Parmi ces individus figurent au moins deux mâles et une femelle. Ces différents animaux ne sont pas tous installés dans le Jura alsacien, mais sont essentiellement des lynx transfrontaliers avec la Suisse ou des jeunes individus en dispersion. Ces résultats sont à ajouter à la mise en évidence par l’OCS de la première preuve de dispersion d’un lynx du Jura vers les Vosges (Hurstel & Laurent, 2016).

Dans le massif jurassien français, la population de lynx suit une tendance à la hausse depuis le retour de l’espèce au début des années 70, avec une aire de présence régulière multipliée par sept depuis 1988 (Anonyme, 2014). Laurent et al. (2012) y estiment les effectifs entre 76 et 121 individus pour la période triennale 2008-2010. En Suisse, les estimations les plus récentes de l’abondance et de la densité de lynx dans le massif jurassien sont présentées dans le tableau ci-dessous.

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Prévenir la prédation des loups sur les troupeaux : ne laissons pas entrer le loup dans la bergerie !

Prévenir la prédation des loups sur les troupeaux : ne laissons pas entrer le loup dans la bergerie ! Par Lise Nuninger

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°62 (décembre 2016)

En Europe, la coexistence entre communautés rurales et populations lupines se retrouve bien souvent menacée par la prédation des loups sur le cheptel domestique. Diverses méthodes sont employées à travers le monde afin d’atténuer le poids que cette prédation représente pour les éleveurs locaux. Pourquoi alors restent-ils insatisfaits face aux solutions proposées ? Il n’existe en fait quasiment aucune option simple, à faible coût, accessible et efficace pour éviter toutes les attaques de loups. Les techniques traditionnelles utilisant des clôtures et des chiens de protection sont coûteuses, nécessitent de l’entretien et ne sont pas infaillibles. L’efficacité des techniques de prélèvement ou de transfert des loups à problème n’a jamais été scientifiquement prouvée, et soulève des polémiques. Les schémas de compensation des pertes n’apportent pas d’avantage satisfaction aux éleveurs en raison des contraintes administratives et des incohérences de tels systèmes.

Notons donc l’importance de développer des moyens de protection directs, non-létaux et modernes pour protéger le bétail. Nombre de ces méthodes ont déjà été scientifiquement testées. Quelles sont-elles, et quelles conclusions peut-on en tirer ?

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La Gazette des grands prédateurs aura du retard !

Chers abonnés de la Gazette des grands prédateurs, le numéro de printemps, qui paraît généralement fin mars, aura du retard suite à quelques petits soucis techniques.

 

Merci de votre compréhension.

 

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La Gazette des grands prédateurs n° 66 (décembre 2017)

Éditorial Gazette 66

Décembre 2017

Éditorial par Jean-François Darmstaedter, président de FERUS

2018, année du renouveau ? Pouvons-nous l’espérer ?

La nomination de Nicolas Hulot comme ministre de la transition écologique fut pour nous une «bouffée d’oxygène» et un réel espoir en des jours meilleurs pour les trois grands prédateurs présents dans notre pays. Après le passage catastrophique dans ce ministère de Ségolène Royal qui a mis en veilleuse le nécessaire renforcement de population d’ours, aggravé considérablement la situation du loup et qui est
restée indifférente à la condition du lynx, comment ne pas imaginer que l’homme qui représentait le respect de la biodiversité et du sauvage n’allait pas prendre toutes ces problématiques à bras le corps pour enfin dégager des solutions pérennes et cohérentes.
Sachant que la tâche était vraiment énorme, nous étions prêts à «lui laisser du temps» pour mettre en place sa politique, mais il nous apparaissait essentiel que des signaux soient donnés rapidement pour aller dans le sens d’une réelle prise en compte de la conservation des grands prédateurs. Au bout de sept mois, aucun signal, quel qu’il soit, n’a été envoyé par le ministre, et force est de constater que notre déception est à la hauteur des espoirs que nous avions eu au mois de mai.

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Une rencontre entre chien et lynx

Illustration Ghislaine Letourneur pour FERUS

Une rencontre entre chien et lynx. Par Pierre Rigaux

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°62 (décembre 2016)

Juillet 2016. Une semaine à parcourir les forêts du Jura, d’abord sans rien trouver. Si ce n’est de belles ambiances, de beaux recoins forestiers. Avec leurs habitants. Ceux qu’on croise au quotidien et qui rendent les sous-bois frémissants, chevreuils envolés d’un bond, écureuils farfouillant. Ceux dont la rencontre est plus hasardeuse, comme ce chat forestier chassant en lisière ou cette martre qui gambadait peinarde, le long d’une petite route en début de soirée, encore dans la lumière. Tant de beauté, c’est déjà très émouvant.

Mais pas de trace du maître des lieux. Pas de trace du grand chat. Bredouille. On se contenterait d’une empreinte, mais rien pendant des jours, les yeux scrutant pourtant le sol à n’en plus pouvoir. Jusqu’au moment où nous la vîmes : une simple empreinte de lynx, nettement marquée, indiscutable. Voilà, prospection terminée, aboutie. On n’en demandait pas tellement plus. A moins que…

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Les frontières contre-nature : une menace pour les grands prédateurs

Pris au piège des barbelés, des frontières contre-nature. Par Stéphane Nataf

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°62 (décembre 2016)

Lorsque la menace de la guerre froide s’est dissipée et que le rideau de fer est tombé au début des années 1990, un monde plus globalisé et sans frontières semblait se dessiner. En plus de permettre la circulation des personnes, des biens et des idées, cette nouvelle situation a permis à la faune, qui ne devrait connaître que les frontières naturelles, de s’affranchir aussi des frontières humaines. Une stratégie de coopération transfrontalière en matière de conservation de la faune commençait à se propager à travers l’Eurasie. L’idée était de profiter de ce nouvel esprit de liberté afin d’élaborer en commun des plans de sauvegarde et de travailler ensemble à la conservation de la faune. Cette période historique était symbolique d’un nouveau monde plus ouvert et a offert de nouvelles opportunités pour restaurer la connectivité de l’habitat à l’échelle continentale. Ce fut aussi une période d’une coopération régionale accrue.

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La peur du loup

Chasse au loup. Huile sur toile par Alexandre-Francois Desportes

La peur du loup. Par Pascal Dhuicq

Article paru en 2 parties dans la Gazette des grands prédateurs n°61 (septembre 2016) et n° 63 (mars 2017)

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Canis lupus est un carnassier capable de s’attaquer au gros « gibier », tout comme l’homme dont il était voué à être concurrent. Mais tandis que son statut d’allié domesticable (en chien) se perdait dans la nuit des temps (au Gravettien*), ce n’est qu’à la domestication du bétail, au néolithique, que remonte celui de « nuisible ». Il faut attendre le haut Moyen-Âge pour que celui de concurrent n’émerge vis-à-vis de l’aristocratie qui fait du gros gibier sa « chasse gardée ». Il n’en fallait pas moins pour que la noblesse en fasse « son affaire ». L’’institution de la Louveterie a d’ailleurs été motivée par la perpétuation de ce monopole nobiliaire(1). Celui-ci a été entretenu par des privilèges ayant dérivé vers des abus de leurs titulaires qui aspiraient à la charge de lieutenant de louveterie laquelle, entre autres privilèges, leur conférait le droit de port d’arme et de chasse jusque dans les forêts royales(2). Fatalement, étant réputé immangeable, plutôt que d’être « exploité », le loup n’avait donc d’autre destin que d’être exterminé.

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Les loups sont altruistes

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« Quand nous prenions notre bain, Kamala
devenait nerveuse et nous saisissait
doucement par le bras. »

Les loups sont altruistes. Par Pierre Jouventin

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°61 (septembre 2016)

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Il y a 40 ans, le directeur du parc zoologique de Montpellier, qu’il m’arrivait de conseiller pour héberger ses hôtes, m’a proposé de me donner un louveteau qui allait être euthanasié par manque d’acheteur. Il savait que mon épouse était amoureuse des loups, mais il m’a piégé par cette proposition insolite et inattendue. Pendant ma longue carrière au CNRS, ma spécialité a été la recherche de terrain en éco-éthologie des oiseaux et mammifères. Ce choix était scientifique, le milieu dans lequel évolue l’animal fournissant le pourquoi de ses adaptations, mais il était aussi éthique. Bien qu’à cette époque, la loi le permette même chez un particulier, je préférais dans la mesure du possible éviter la captivité des animaux sauvages. Comme je l’explique dans mon dernier livre, j’ai même été à deux doigts de renoncer à cette vocation parce que je ne voulais pas pratiquer de vivisection. Un demi-siècle plus tard, les travaux pratiques de physiologie animale sont toujours obligatoires dans le cursus universitaire de biologie : il faut apprendre à tuer pour étudier la vie… Ma femme et Éric, mon fils de 10 ans – qui avait peur des chiens – ont été enthousiastes et nous nous sommes lancés dans cette aventure d’élever un loup en appartement. En effet, j’habitais au deuxième étage en plein centre-ville mais je retapais la maison entourée d’un enclos dans laquelle nous vivons aujourd’hui et, pris au dépourvu, je pensais devoir patienter seulement quelques mois. Or, pour des raisons multiples, les travaux ont trainé et cela a duré quatre années…

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