L’Union Européenne au secours du lynx

Photo Ole Anders

L’Union Européenne au secours du lynx. Par Jean-Claude Génot

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°67 (avril 2018)

Depuis la parution de cet article, le programme de réintroduction dans les Alpes dinariques a commencé (voir ICI) et le dix-septième lynx a été relâché dans le Palatinat allemand (voir ICI).

La situation du lynx en Europe n’est pas brillante. En dehors de la population des Carpates, de celle des pays Baltes en lien avec la Biélorussie et la Russie et de celle de la Suisse pour tout l’arc alpin, les autres populations sont toutes modestes et fragmentées. Il faut souligner que le lynx n’est pas un grand colonisateur et que de petites populations séparées par des habitats défavorables à l’espèce sur de grandes distances sont menacées d’extinction à moyen et à long terme si aucun échange génétique n’est possible. De plus, certaines opérations de réintroduction effectuées dans les années 1970 et 1980 ont conduit à des échecs comme en Italie, en Autriche, en Bavière (Allemagne), en République Tchèque, en Engadine (Suisse) et désormais dans les Vosges (France) et en Slovénie.

C’est sans doute cette situation critique du lynx dont le statut reste précaire qui a conduit l’Union Européenne à soutenir trois programmes Life ayant pour objectif la réintroduction ou le renforcement de population de lynx.

Un des programmes de réintroduction concerne la forêt du Palatinat en Allemagne dans la réserve de biosphère transfrontalière Pfälzerwald-Vosges du Nord, soit 3028 km2. Le programme a pour but de lâcher 20 lynx de 2016 à 2020 et coûte 2,75 millions d’Euros. Il est piloté par une fondation, jugée neutre par la fédération des chasseurs de Rhénanie-Palatinat qui s’est impliquée dans le projet à cette condition, entre autres. Un important travail de relations publiques a été effectué avant de lancer ce programme et la fédération des chasseurs ainsi que le syndicat des éleveurs d’ovins et de caprins soutiennent le projet, ce qui est un point très positif pour la réussite du programme. A ce jour, neuf lynx ont été lâchés venant de Slovaquie et de Suisse. Sur trois mâles et six femelles, un mâle a quitté la forêt du Palatinat et a parcouru 350 kilomètres en un mois et a rejoint les Vosges du Sud (voir Gazette 62). Même si le projet allemand a pour but de favoriser les connections entre la future population de la forêt du Palatinat et celle des Vosges puis du Jura, le mâle Arcos qui vit actuellement sur un domaine vital de 131 km2 n’est pas assuré de rencontrer une femelle tant les effectifs de lynx du massif vosgien sont faibles. La dernière femelle lâchée en décembre 2017 s’est blessée à la patte et sa blessure s’est tellement infectée qu’il a fallu l’euthanasier. Finalement, il reste sept adultes dans la forêt du Palatinat et deux subadultes (non équipés de colliers émetteurs), nés en 2017 de l’union entre le mâle lâché en juillet 2016 et une des deux femelles lâchées en même temps. Grâce à leurs colliers GPS, les domaines vitaux des lynx ont été calculés par la méthode du polygone convexe minimum 90 (le polygone est tracé avec les points les plus extérieurs et représente la zone la plus restreinte de tous les pointages effectués. Le chiffre 90 indique que le domaine d’activité englobe 90% des pointages, les 10% restant correspondent à des trajets uniques plus éloignés). A ce jour, les mâles ont des domaines vitaux de 298 et 345 km2 et les femelles : 118, 231 et 284 km2.

 

 

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