États-Unis : des nouvelles des loups

Un loup dans le Wisconsin. Photo Michele Woodford

Comme toujours, beaucoup de mauvais et un peu de bon dans la saga du loup aux États-Unis ces derniers mois.

L’administration Trump retire la protection fédérale au loup

Le 4 janvier 2021, l’agence gouvernementale US Fish & Wildlife Service (USF&W) en charge de la gestion de la faune sauvage a officiellement retiré le loup gris (Canis lupus) de la liste des espèces protégées au niveau fédéral dans les 48 états inférieurs (hormis Hawaii et l’Alaska). Ceci, malgré l’opposition de 86 membres du Congrès, de 100 scientifiques, de 230 entreprises et de 367 vétérinaires, sans compter les 1.8 million de commentaires opposés du public. La gestion du loup gris incombe donc maintenant aux états américains individuellement. Demeurent toutefois protégés au niveau fédéral le loup rouge (Canis rufus) et la sous-espèce du loup gris mexicain (Canis lupus baileyi).

Le 14 janvier 2021, six associations environnementales ont déposé une plainte au tribunal, argumentant que la décision de l’US Fish & Wildlife avait été prise au mépris de toutes les études scientifiques qui concluent que les loups gris sont toujours fonctionnellement absents dans la grande majorité de leur habitat historique aux États-Unis.

Le 20 janvier 2021, le jour même de son investiture, le président Biden a signé un ordre exécutif demandant que toutes les agences gouvernementales conduisent une revue des actions problématiques de l’administration précédente (y compris le retrait de la protection du loup) pour s’assurer que les décisions prises avaient bien été guidées par la science.

Au lieu de s’exécuter, le 28 janvier 2021, l’US Fish & Wildlife affirmait dans une lettre aux organisations environnementales que la décision relative au retrait de la protection des loups restait valide. Puis le 2 février, une porte-parole de l’USF&W indiquait dans un e-mail que cette lettre ne constituait pas une réponse à la demande de l’administration Biden.

On attend de voir si l’USF&W fournira à l’administration Biden les rapports demandés. Dans l’intervalle les associations environnementales continuent leur action en justice.

La population de loups américaine, hors Alaska, est estimée à environ 6000 animaux.

Ça bouge un peu pour les loups rouges

Le 21 janvier 2021 un tribunal a ordonné à l’USF&W d’établir d’ici le 1er mars 2021 un plan de relâche de loups rouges élevés en captivité afin de soutenir la population sauvage décroissante de Caroline du Nord. En effet, il est estimé qu’il ne reste à l’heure actuelle que moins de 10 loups rouges à l’état sauvage, alors que les zoos et autres centres de conservation de l’espèce ont maintenu une population captive d’environ 200 individus.

Les loups du Wisconsin dans le collimateur !

Selon les lois de l’état du Wisconsin, dès que la protection fédérale a été retirée au loup, la chasse et le piégeage des loups peuvent immédiatement être autorisés.

Le 22 janvier 2021, le Département des Ressources Naturelles du Wisconsin a voté 4-3 contre l’autorisation de chasse au loup pendant l’hiver 2021.

Furieux de cette décision, le 2 février 2021, l’association de chasseurs Hunter Nation Inc, a déposé une plainte contre le Département des Ressources Naturelles du Wisconsin, arguant que le département refuse d’appliquer une loi sans équivoque ce qui constitue une violation des droits constitutionnels et statutaires des chasseurs du Wisconsin. Les plaignants demandaient l’ouverture immédiate d’une saison de chasse et de piégeage des loups. Le 12 février, un juge a tranché en leur faveur, et le 15 février, le Conseil des Ressources Naturelles s’est engagé à tuer 200 loups d’ici la fin du mois de février 2021 (la population de loups du Wisconsin est estimée à quelque 1000 individus). Cette chasse aurait lieu pendant la période de reproduction, et des louves en gestation pourraient donc être tuées. Une décision très controversée car prise de manière précipitée sans avoir mis à jour le plan de gestion du loup, et sans tenir compte de l’opposition des tribus indiennes locales ni de celle de la population du Wisconsin en général.

Pendant ce temps là dans le Montana….

Il semblerait que le Montana ait décidé de prendre exemple sur les désastreuses politiques anti-loups de l’Idaho, état voisin.

Pourtant, les prédations de loups sur le bétail sont minimes au Montana, 45 animaux seulement tués par des loups en 2019 sur un cheptel de plus de 2 millions et demi de têtes de bétail. De plus, la chasse et le piégeage des loups sont légaux au Montana depuis 2011 et en 2019,  366 loups y ont été tués.

Mais cela n’est sans doute pas suffisant pour les lobbies de la chasse et de l’élevage puisque dès l’ouverture de la nouvelle saison parlementaire de l’état, un grand nombre de nouvelles lois anti-loups ont été présentées. Malgré une très forte opposition du public, les deux premières ont déjà été votées à la Chambre des Représentants et sont maintenant en attente du vote au Sénat.

Ces deux propositions, sponsorisées par Paul Fielder, un représentant républicain lui-même chasseur/piégeur, visent à réduire la population de loups au Montana à un minimum de 282 individus (sur une population actuelle estimée de 800 à 1000 loups). En effet, M. Fielder rapporte que des chasseurs lui ont indiqué “qu’il y a trop de loups dans la région, et pas assez de gibier”. Ces deux lois allongent d’un mois la période légale du piégeage et autorisent des collets plus résistants (le piégeage au collet est légal au Montana toute l’année).

Quelques notes positives pour finir

Le 28 janvier 2021 il a été annoncé qu’un nouveau couple de loups a été découvert dans le nord de la Californie, dans le Siskiyou County. La Californie n’ayant actuellement qu’une population de loups estimée à 14 individus, il est encourageant de voir une nouvelle meute s’établir dans l’état.

Les électeurs du Colorado disent oui à la réintroduction des loups

Lors des dernières élections américaines de novembre 2020, les électeurs du Colorado ont approuvé la Proposition 114 qui vise à réintroduire les loups gris dans cet état. Lors de ce vote historique, la proposition est passée de justesse mais avec 56 000 voix de plus en faveur. C’est la première fois qu’un état vote pour la réintroduction d’une espèce animale. Selon les termes de cette mesure, le département des Parcs et de la Faune Sauvage du Colorado doit établir un plan de réintroduction d’ici la fin 2023. Si la réintroduction est couronnée de succès, ce vote pourrait être un modèle pour de futures réintroductions dans d’autres états américains.

Texte de Catherine Frizat pour FERUS 

 

SOURCES:

 

 

Les commentaires sont fermés.