Etude scientifique : impact de la gale sur les loups du parc de Yellowstone

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Loup au Yellowstone © Jeremy Mathieu

Une récente étude américaine a permis de comprendre l’incidence de la gale sur les loups du parc de Yellowstone : leur temps de chasse, les distances qu’ils parcourent et leurs besoins alimentaires (nombre de calories) en sont modifiés.

L’écologiste Paul Cross, l’auteur principal de l’étude, conclut six ans de recherches qu’il a menés sur la gale chez les loups en utilisant des appareils d’imagerie thermique. Les résultats ont été publiés dans l’édition du 28 mars du journal scientifique « Ecology ».

Les résultats démontrent principalement que quand les loups attrapent la gale, ils perdent beaucoup de chaleur corporelle : les mites qui causent la gale creusent un trou dans la peau de leur hôte pour s’alimenter et pondre des œufs, causant des infections qui entraînent des irritations. Comme l’animal infecté gratte régulièrement sa peau irritée, sa fourrure tombe. Ceci peut être dangereux en hiver où la fourrure d’un loup (manteau d’hiver) ne repousse pas. Les endroits où la peau est mise à nue peuvent être de petite taille mais ils peuvent représenter jusqu’à un tiers de la surface du corps du loup.

  loup gale1  gale loup2  A gauche, un loup atteint de la gale. Sur l’image thermique, on distingue bien en rouge les endroits où la fourrure est manquante © USGS.

« Si la chaleur est perdue, elle doit être remplacée, » explique Cross. « La meilleure façon de la remplacer chez les animaux à sang chaud est de manger plus. » En utilisant l’imagerie thermique pour capturer les effets de la gale sur des loups, Cross a calculé que la maladie pourrait coûter au loup 60% à 80% de son budget calorique quotidien. Normalement, les loups du Yellowstone brûlent environ 4 000 à 6 000 calories par jour en voyageant une moyenne de 10 miles (16 km) par jour.

Pour conserver l’énergie, les loups atteints de la gale ont tendance à voyager moins dans une journée. L’animal qui était le plus atteint ne s’est même pas du tout déplacé pendant les nuits les plus froides, contrairement aux loups sains qui ont pour habitude de plus se déplacer durant la nuit que le jour.

Pour compenser cette augmentation du besoin calorique, les loups infectés vont-ils devoir tuer plus d’élans, leur source alimentaire principale ?

L’étude de Cross a montré que si 8 loups sur 40, soit 20%, attrapent la gale, l’augmentation du besoin calorique représenterait l’énergie fournie par la consommation de 12 élans supplémentaires chaque hiver.

Cascade trophique

La réintroduction des loups au Parc National du Yellowstone en 1995-1996 a causé un certain nombre d’effets : le nombre d’élans a chuté → avec moins d’élans, la végétation aquatique a épaissi → avec plus de végétation, les castors ont recolonisé les cours d’eau. On appelle cela une « cascade trophique » (ou effets en cascade). Mais qu’arrive-t-il quand une espèce comme le loup devient la proie d’un prédateur beaucoup plus petit, comme les mites qui entraîne la gale sarcoptique?

Selon Paul Cross : « Simultanément à l’apparition de la gale dans le parc, les populations d’élans ont baissé, le climat a changé, il est donc difficile d’estimer le poids exact de chaque facteur ».

La gale a été introduite dans les Rocheuses du Nord au début des années 1900 par le vétérinaire chargé de la Faune et la Flore Sauvage de l’état du Montana pour aider à éradiquer les populations de loups et de coyotes. La maladie a persisté chez les coyotes et les renards. Lorsqu’ils ont été réintroduits, les loups de Yellowstone étaient sains jusqu’en 2007.

Ironie de l’histoire : qu’un parasite à l’origine introduit pour éradiquer les loups augmente l’impact du loup sur ses proies un siècle plus tard.

Au parc de Yellowstone, un récent recensement fait état de 79 loups répartis dans 10 meutes.

Un grand merci à Fanny Pelle pour la traduction.

Source : Mange changes Yellowstone wolves’ hunting, travel and food needs

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