Prévenir la prédation des loups sur les troupeaux : ne laissons pas entrer le loup dans la bergerie !

Prévenir la prédation des loups sur les troupeaux : ne laissons pas entrer le loup dans la bergerie ! Par Lise Nuninger

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°62 (décembre 2016)

En Europe, la coexistence entre communautés rurales et populations lupines se retrouve bien souvent menacée par la prédation des loups sur le cheptel domestique. Diverses méthodes sont employées à travers le monde afin d’atténuer le poids que cette prédation représente pour les éleveurs locaux. Pourquoi alors restent-ils insatisfaits face aux solutions proposées ? Il n’existe en fait quasiment aucune option simple, à faible coût, accessible et efficace pour éviter toutes les attaques de loups. Les techniques traditionnelles utilisant des clôtures et des chiens de protection sont coûteuses, nécessitent de l’entretien et ne sont pas infaillibles. L’efficacité des techniques de prélèvement ou de transfert des loups à problème n’a jamais été scientifiquement prouvée, et soulève des polémiques. Les schémas de compensation des pertes n’apportent pas d’avantage satisfaction aux éleveurs en raison des contraintes administratives et des incohérences de tels systèmes.

Notons donc l’importance de développer des moyens de protection directs, non-létaux et modernes pour protéger le bétail. Nombre de ces méthodes ont déjà été scientifiquement testées. Quelles sont-elles, et quelles conclusions peut-on en tirer ?

Les méthodes de protection des troupeaux modernes, directes et non-létales

Ces méthodes reposent sur deux principes. Premièrement, certains éléments peuvent altérer le comportement d’un animal sauvage, comme par exemple des objets nouveaux ou inhabituels. Ce sont des stimuli disruptifs (Shivik et Martin, 2000). Ils peuvent comprendre des répulsifs chimiques, des dispositifs acoustiques et visuels, etc. Deuxièmement, les loups peuvent « apprendre » à modifier leur comportement de prédation après avoir subi un événement traumatique lors de l’attaque (Shivik et Martin, 2000). Les animaux peuvent développer une aversion envers une aire géographique ou un type de proie après les avoir associés à un épisode de mal-être délivré par un stimulus aversif, comme par exemple un choc électrique. Les méthodes reposant sur ces principes se déclinent en plusieurs catégories. Ces différentes techniques de protection ont été testées sur divers carnivores ; nous avons étudié en détail les résultats de ces tests. Sur un total de 79 études, les tests faisant usage d’aversions chimiques (c’est-à-dire l’utilisation d’un appât associé à un composant chimique aversif), collier électrique (émission d’une décharge électrique lors de l’attaque ou l’approche du troupeau) et dispositif visuel-acoustique (dispositifs acoustique et visuel disruptif visant à effaroucher les prédateurs en approche) se sont révélés les plus efficaces pour dissuader les carnivores.

Les dispositifs s’activant par détecteur de mouvements à l’approche des prédateurs se sont révélés relativement plus efficaces que les dispositifs activés en continu ou par intermittence. Il en va de même concernant les dispositifs intervenant lors de la tentative de prédation comparé à ceux intervenant au cours de la phase de consommation.

Cependant, toutes les méthodes testées possèdent des inconvénients plus ou moins contraignants, et aucune n’a été certifiée d’une efficacité définitive. La plupart de ces méthodes sont inaccessibles aux communautés rurales et nécessitent une aide gouvernementale en raison de leur coût et/ou de leur mode de mise en place. Il est nécessaire de reconsidérer le rapport coût et difficultés de mise en place sur l’efficacité à long terme des méthodes existantes.

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