Les loups sont altruistes

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« Quand nous prenions notre bain, Kamala
devenait nerveuse et nous saisissait
doucement par le bras. »

Les loups sont altruistes. Par Pierre Jouventin

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°61 (septembre 2016)

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Il y a 40 ans, le directeur du parc zoologique de Montpellier, qu’il m’arrivait de conseiller pour héberger ses hôtes, m’a proposé de me donner un louveteau qui allait être euthanasié par manque d’acheteur. Il savait que mon épouse était amoureuse des loups, mais il m’a piégé par cette proposition insolite et inattendue. Pendant ma longue carrière au CNRS, ma spécialité a été la recherche de terrain en éco-éthologie des oiseaux et mammifères. Ce choix était scientifique, le milieu dans lequel évolue l’animal fournissant le pourquoi de ses adaptations, mais il était aussi éthique. Bien qu’à cette époque, la loi le permette même chez un particulier, je préférais dans la mesure du possible éviter la captivité des animaux sauvages. Comme je l’explique dans mon dernier livre, j’ai même été à deux doigts de renoncer à cette vocation parce que je ne voulais pas pratiquer de vivisection. Un demi-siècle plus tard, les travaux pratiques de physiologie animale sont toujours obligatoires dans le cursus universitaire de biologie : il faut apprendre à tuer pour étudier la vie… Ma femme et Éric, mon fils de 10 ans – qui avait peur des chiens – ont été enthousiastes et nous nous sommes lancés dans cette aventure d’élever un loup en appartement. En effet, j’habitais au deuxième étage en plein centre-ville mais je retapais la maison entourée d’un enclos dans laquelle nous vivons aujourd’hui et, pris au dépourvu, je pensais devoir patienter seulement quelques mois. Or, pour des raisons multiples, les travaux ont trainé et cela a duré quatre années…

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Face à face avec le lynx

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Photo Antoine Rezer

Face à face avec le lynx. Par Antoine Rezer

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°61 (septembre 2016)

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Presque un an s’est écoulé depuis ma rencontre avec « Plume », une jeune femelle lynx. Je rejoins aujourd’hui, seul, une petite crête où passent souvent les lynx du secteur. Mais pas de neige cette année pour confirmer leurs passages récents. Le temps s’écoule, les averses de neige se succèdent mais elle ne tient pas au sol, je commence à avoir froid. Je me décide à bouger. Je cache une partie du matériel photographique et vais au dessus de la falaise des faucons pèlerins où j’observe la femelle. Trop tôt dans la journée pour y entendre le grand duc.

Je reviens finalement vers la crête. Le temps passe, je me mets à somnoler. Un craquement léger derrière moi me réveille. Je me retourne et il est là, le lynx si souvent invisible, à cinq mètres, peut­ être même moins ! C’est sans doute le mâle du secteur (confirmé depuis). Il est magnifique, majestueux.

L’animal fait un ou deux pas de plus vers moi et s’arrête. Il a l’air tout étonné de me voir sur son chemin. Moi aussi, même si je l’attendais ! La probabilité pour le voir est tellement faible. Le face à face ne dure qu’une dizaine de secondes, de longues secondes !

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La Gazette des grands prédateurs n° 65 (septembre 2017)

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Éditorial 65

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Éditorial par Bertrand Sicard, vice-président de FERUS

Un été chaud, beaucoup de questions et une forte attente…

C’est moins de la température dont je parle que des multiples altercations et violences dont sont victimes les protecteurs de la nature qui ont eu lieu cet été. Nous pourrions citer l’agression de notre ami Pierre Rigaux, violemment pris à partie par des éleveurs en Aveyron, les agents de l’ONCFS accueillis à coups de fusil lors d’un constat sur troupeau dans les Pyrénées ou la violence inouïe des débats sur les réseaux sociaux qui interdisent les filtres de l’écoute et de la courtoisie.

Nous dénonçons ces actes, mais nous sommes en droit de nous interroger sur cette brusque poussée de violence. La nomination de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique en serait-elle la cause ? Ou serait-ce plutôt les atermoiements répétés de l’Etat qui renforcent la détermination et le sentiment d’impunité des antis-nature ? Car l’Etat ne cesse de tergiverser : pour les grands prédateurs, point de stratégie, point d’attention, point de considération.

A l’automne dernier, tout était prêt pour relâcher une ourse en Béarn, les acteurs locaux y étaient favorables. Mais la ministre de l’Ecologie en personne a fait échouer le projet au dernier moment. Après une kyrielle de rendez-vous qui semblaient prometteurs au ministère à propos de l’inquiétante disparition du lynx dans les Vosges, rien n’a jamais été fait. Et pour le loup, c’est bien pire : après deux ans de travaux en collaboration avec le ministère en vue de proposer les meilleures mesures à appliquer pour une cohabitation bien vécue, il nous a été annoncé que tout serait remis à plat. Nous sommes revenus à la case départ. Nous, amoureux et défenseurs de la nature, avons le sentiment d’être menés en bateau.

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Le Projet CanOvis. Ou comment faciliter le « vivre ensemble »

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© www.ipra-landry.com

Le Projet CanOvis. Ou comment faciliter le « vivre ensemble » par l’amélioration de l’efficacité des systèmes de protection des troupeaux ovins, via l’acquisition de connaissances sur les failles des systèmes actuels, l’expérimentation et le développement de nouvelles solutions. Par Jean-Marc Landry, Jean-Luc Borelli et Gérard Millischer

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°60 (juin 2016)

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En France, la prédation par le loup sur les troupeaux domestiques est en hausse régulière ces dernières années, notamment dans le sud des Alpes, malgré leur protection généralisée depuis de nombreuses années (assurée majoritairement par des chiens de protection des troupeaux). Les départements des Hautes-Alpes, des Alpes-de-Haute-Provence, des Alpes-Maritimes et du Var sont particulièrement touchés, regroupant à eux seuls plus de 72 % des dommages nationaux en 2015. Plusieurs organisations professionnelles agricoles s’interrogent et remettent en cause l’efficacité des mesures de protection « traditionnelles », notamment l’utilisation de chiens de protection (CPT). Elles exigent une diminution drastique du nombre de loups, voire leur éradication. Si l’État français continue de soutenir les éleveurs à travers la mesure 323c, il semble aujourd’hui plutôt privilégier les tirs de « prélèvement » et de régulation de la « population » de loups, dans l’espoir de diminuer significativement les dommages (Le Cam 2012) et d’apaiser les mécontentements. Or, plusieurs études scientifiques réalisées en Amérique du Nord et en Europe (Zimmermann 2014, Wielgus & Peebles 2014, Fernández-Gil 2013, Krofel et coll. 2011) démontrent que ces actions n’apportent pas toujours les résultats escomptés. Pire, elles peuvent être à l’origine de l’augmentation des dommages, d’une stimulation de la reproduction ou d’un accroissement de la dispersion de loups sur de nouveaux territoires.

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Expansion du loup en Europe : une proximité accrue vers les villes et les hommes

loup Roumanie ©V.Vignon

Loup en Roumanie ©V.Vignon

Expansion du loup en Europe : une proximité accrue vers les villes et les hommes. Par Vincent Vignon

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°64 (juin 2017)

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Les exceptionnelles capacités de dispersion du loup, couplées à sa fécondité élevée, en font l’espèce terrestre la plus douée pour recoloniser l’Europe. C’est d’ailleurs la seule espèce qui illustre les continuités écologiques à l’échelle des massifs européens malgré les nombreux obstacles à franchir, y compris dans les territoires marqués par les infrastructures et l’étalement urbain.

Une recolonisation européenne amorcée il y a 40 ans

Le loup est l’un des prédateurs dont l’aire de répartition mondiale était la plus étendue. Historiquement, il occupait l’ensemble des continents de l’hémisphère Nord (sauf la frange côtière de l’Asie du Sud-Est) auquel s’ajoute l’Afrique du Nord.

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Des bergers d'Anatolie dans le Queyras

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Henri et ses chiens auprès du troupeau. Photo Marc Linarès

Rencontre. Des bergers d’Anatolie dans le Queyras

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°60 (juin 2016)

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Henri Cotton est issu d’une famille de paysans, éleveurs d’ovins. Depuis l’âge de 18 ans, il est berger salarié. Il achète son premier troupeau en 1990 puis s’installe, à partir de 1992, dans la vallée du Jabron. Il gère 1600 bêtes : béliers, brebis, agneaux et chèvres. L’été, il estive dans le parc national régional du Queyras, à Ceillac (Hautes-Alpes), et le reste de l’année, il garde à la limite de la Drôme, des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes, zones de présence permanente du loup.

La Gazette l’a interviewé.

Propos recueillis par Daniel Madeleine.

Depuis quand avez-vous des chiens pour protéger votre troupeau ?

Avant le retour du loup en France, à l’époque où j’étais berger salarié, mon principal problème était les chiens divagants. J’étais obligé de dormir avec mes bêtes que je tenais en filet ou en couchade libre pour assurer leur protection. Il m’arrivait même d’avoir le fusil avec moi !

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Le chacal doré à la conquête de l’Europe !

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Chacal doré en Roumanie. Photo Miha Krofel

chacal doré st gall

Chacal doré en juillet 2017 en Suisse (St-Gall)

Mise à jour 19 juillet 2017. Le 13 juillet 207, un chacal doré a été photographié par un ornithologue (photo ci-contre à droite) dans la Vallée de la Linth, dans le canton de St-Gall (Suisse). Depuis 2011, l’espèce a été observée à plusieurs reprises dans le pays (voir article ci-dessous). Le chacal doré continue son expansion vers l’ouest. Source Kora

Mise à jour 12 janvier 2017. En juin 2015, un chacal doré a été photographié (piège-photo) pour la première fois en République Tchèque, à moins de 40 km de Prague. Le même animal a ensuite été photographié plus d’une cinquantaine de fois les mois qui ont suivi, en général le matin (entre 4 et 10h) ou le soir (entre 18h et minuit). Depuis le milieu des années 1990, le chacal doré est arrivé en République Tchèque mais jusqu’à présent, aucun individu n’avait été vu vivant (collisions routières notamment). Les images ICI.

Le chacal doré à la conquête de l’Europe ! Interview avec Nathan Ranc.

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Carnivores et risques sanitaires

joel brunet renard FERUS

Les destructions de renards, encouragées pendant des années, n’ont eu aucun effet, voire des effets contraires au but recherché : maîtriser la rage. Photo Joël Brunet

Carnivores et risques sanitaires. Par François Moutou, docteur vétérinaire, épidémiologiste

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°60 (juin 2016)

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Comme tous les mammifères, les carnivores hébergent un certain nombre de micro-organismes dont certains peuvent devenir pathogènes, qu’il s’agisse de virus, de bactéries ou de champignons. Les propriétaires de chiens et de chats le savent déjà. Un minimum de règles d’hygiène est nécessaire pour s’assurer d’une bonne cohabitation, saine et sereine ! Les morsures, même affectueuses, de son meilleur compagnon peuvent déclencher quelques infections bactériennes locales de type pasteurelloses, jamais très agréables. Or la présence de pasteurelles dans la cavité buccale des carnivores est d’une grande banalité. Il suffit donc d’éviter de mettre ses mains dans leur gueule et d’éviter de se faire mordre même en jouant. Bien sûr, les relations avec les grands carnivores sauvages ne sont pas tout à fait identiques mais le principe reste comparable : apprendre à partager les espaces en bonne intelligence. Voici donc quelques risques sanitaires associés à ces espèces dans un contexte européen. La référence régulière aux carnivores domestiques permet de les relativiser.

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Alpes Dinariques, loups et chiens en héritage

DSC_1298Alpes Dinariques, loups et chiens en héritage. Par Nikola Mandic

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°60 (juin 2016)

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Il y a bientôt 12 ans, à l’occasion d’un voyage en Croatie, un cousin fermier tend à Nikola Mandic une petite boule de poils blanche et marron, sale, pleine de foin et avec des gouttelettes d’eau congelées accrochées aux poils. C’était une petite chienne, Luna, âgée de quelques semaines, appartenant à l’une des races de chiens de protection les plus anciennes en Europe, le Tornjak.

L’affection qu’il a développée au fil des années pour cette race autochtone des Alpes Dinariques, dont ses parents sont originaires, l’a poussé à aller toujours plus loin dans ses recherches. Il a d’abord fréquenté les éleveurs « conventionnels » de beauté, en Croatie, puis est remonté à la « source », en partant à la rencontre des bergers et des éleveurs des montagnes d’Herzégovine.

Nikola nous raconte ici ses expériences et rencontres au cœur du monde pastoral dinarique, de ses méthodes de travail proches de celles utilisées il y a des siècles à la sélection, dure mais efficace, des chiens Tornjak.

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