Tourisme de l'ours

Photo : Olivier Paris (Finlande)

Tourisme de l’ours. Par Jacques Ioset

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°68 (juin 2018)

 

A propos de sa quête de l’ours, Robert Hainard écrivait : « Pour moi, voir un ours était à la fois un rêve fabuleux et une nécessité de l’existence normale, dans un monde auquel je me sens rattaché et que je ne peux croire révolu à jamais ». Pour un naturaliste côtoyant régulièrement des espèces communes et relativement faciles à observer, voir en Europe un ours, un loup ou un lynx constituait à la fois un défi et une longue quête. D’autres naturalistes ont cherché la panthère des neiges pendant des années et la seule découverte de ses traces les emplissait d’un immense bonheur. Par leur quête, tous se confrontés à d’autres cultures, mais surtout à eux-mêmes. Etaient-ils à la recherche de grands prédateurs ou de réponses à des questionnements plus profonds sur nos racines ou sur les liens que nous entretenons avec le vivant ?

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Le loup en Europe : d’une protection nécessaire à une acceptation hésitante

Un loup en Finlande. Photo Bernardo Roca-Rey Ross

Le loup en Europe : d’une protection nécessaire à une acceptation hésitante. Par Fanny Marocco

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°68 (juin 2018)

Persécuté jusqu’au XXe siècle et presque exterminé, le loup a su reconquérir une partie de l’Europe. Son retour naturel sur le vieux continent crée un véritable désaccord, notamment dans des pays d’où il avait complètement disparu. Les opposants (éleveurs, chasseurs, quelques élus) et les partisans du loup entrent alors dans un conflit relayé par les médias escamotant les questions de fond pour ne développer que les faits divers et déchaîner les passions. Que l’approche soit territoriale, sociétale, politique ou économique, l’ampleur du phénomène « Canis lupus » en Europe dévoile la crise « à l’intérieur de la cité, la polis, d’où l’importance du politique. »

 

Face à ce constat, les discours de protection du loup ne sont-ils pas dérisoires ? Au contraire : parce que la survie du loup est fragile, sa protection devient indispensable. Étant donné le recul avancé du territoire naturel du loup par la présence humaine, la protection apparait alors, non pas comme un luxe, mais bien comme une nécessité. Puisque l’homme et le loup sont deux grands prédateurs, la concurrence de territoire, au-delà de la concurrence de chasse, doit être encadrée afin d’y atteindre un semblant de cohabitation.

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La Gazette des grands prédateurs n° 74 (décembre 2019)

Décembre 2019

Éditorial par Pierre Peyret, coordinateur loup et vice-président de FERUS, accompagnateur en montagne

“Le monde ne mourra pas par manque de merveilles, mais uniquement par manque d’émerveillement” Vincent Munier

Sur les petites routes du Vercors où la résistance est presque un ADN – et pas seulement dans l’Histoire de l’Homme puisque des espèces relictuelles telles que le lagopède alpin, témoin d’une époque glacière révolue, s’accrochent désespérément – je repense à cette projection à laquelle je viens d’assister aux côtés de confrères accompagnateurs en montagne. Vincent Munier présentait dans le cadre du festival du film de Montagne d’Autrans : “Ours, simplement sauvage”, tourné dans la Cordillère Cantabrique, là même où l’on s’inquiétait aussi il y a 30 ans de sa population en danger critique d’extinction. Auprès de Jean-François Noblet (1) venu le saluer, j’y ai entendu et ressenti au delà de ce sursaut d’entrée en résistance, une véritable envie d’émerveillement. Je pourrais faire la liste des actions que FERUS mène depuis si longtemps pour nos grands prédateurs, mais les faits, les chiffres, les prises de positions politiques, la volonté de contenir, de réguler, d’empêcher de s’épanouir finissent par être anxiogènes, et deviennent pour

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La Gazette des grands prédateurs n° 73 (octobre 2019)

Octobre 2019

Éditorial par Patrick Boffy

Un été meurtrier

Comme attendu à la suite de la publication de l’arrêté ministériel fixant un plafond du nombre de loups à tirer en 2019, à 17% (+2%) de la population estimée, soit 90, puis 100 loups, l’été 2019 a été une longue litanie d’annonces de loups tués : 37 au 1er juin, 43 au 1er juillet, 52 au 1er août, 80 au 1er septembre pour atteindre le premier plafond de 90 le 12 septembre.

Mais quand le 24 août, une vidéo montrant des individus cagoulés et armés, se présentant comme le « front de libération du Champsaur », devant un panneau du parc national des Ecrins, et menaçant « d’entrer en action » est largement diffusée dans les médias , la machine s’emballe : soutien des syndicats agricoles, des élus locaux et nationaux des Hautes-Alpes, réaction timide de l’administration…Après un blocus « agricole » de la préfecture à Gap (bottes de paille, projection de lisier, murs en parpaings) pour obtenir la venue des ministres (!), une revendication apparaît : autoriser les tirs de loups dans le cœur des parcs nationaux.

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Du loup au chien (et à l'homme)

Quatre races de chiens. Photo Vincent Vignon

Du loup au chien (et à l’homme). Par Pierre Jouventin

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°67 (avril 2018)

Nous vivons en ce moment une révolution dans la compréhension de la domestication des animaux à la suite des fouilles et des datations par l’ADN. Cette remise en question repose en particulier sur l’étude du loup, ce que ses plus fidèles défenseurs ignorent souvent. Jusqu’à il y a dix ans, l’histoire des animaux domestiques paraissait simple et résultait de la nôtre. Vous savez que notre espèce a radicalement changé de mode de vie il y a seulement 10 000 ans, lorsque nous avons opté pour l’élevage et l’agriculture. Pendant les 300 000 ans précédents pour Homo sapiens et 2 500 000 ans pour le genre Homo, nous vivions en clans de quelques dizaines de chasseurs-cueilleurs. Nous devions déplacer nos campements au bout de quelques semaines lorsque le gibier, les fruits, les racines, les poissons commençaient à se raréfier. Les domaines vitaux étaient immenses, la tribu revenant au bout de plusieurs mois sur l’ancien emplacement pour chasser les animaux et récolter les plantes qui avaient eu le temps de se renouveler. Pour comparer avec la finance, nos ancêtres avaient un tout petit budget mais ils ne touchaient pas au capital et se contentaient de prélever les intérêts des ressources naturelles…

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La Gazette des grands prédateurs n° 72 (juillet 2019)

Juillet 2019

Éditorial par Jean-Marc Neumann

Ils peuplaient jadis montagnes, forêts et plaines. Traqués et exterminés, ils avaient disparu par la faute de l’homme.

Ours, loups et lynx repeuplent désormais nos espaces.

Des espèces sauvages « clés de voûte », indispensables aux équilibres naturels et emblématiques de la biodiversité.

Selon les 150 scientifiques de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale pour la biodiversité) réunis à Paris du 29 avril au 4 mai 2019 pour validation par 132 pays de leur première évaluation scientifique sur l’état mondial de la nature, nous sommes entrés dans la 6e extinction massive touchant près de 75% des espèces !

Le retour, en France et ailleurs en Europe, des grands prédateurs est une bonne nouvelle pour la biodiversité mais également pour l’homme.

Ces animaux, par la fascination qu’ils exercent sur l’Homme, peuvent générer un formidable développement économique dont les montagnes ont un impérieux besoin.

Oui, pastoralisme et grands prédateurs peuvent coexister pour autant que l’homme en ait la volonté et qu’il accepte la présence de cette faune sauvage.

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L’Union Européenne au secours du lynx

Photo Ole Anders

L’Union Européenne au secours du lynx. Par Jean-Claude Génot

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°67 (avril 2018)

Depuis la parution de cet article, le programme de réintroduction dans les Alpes dinariques a commencé (voir ICI) et le dix-septième lynx a été relâché dans le Palatinat allemand (voir ICI).

La situation du lynx en Europe n’est pas brillante. En dehors de la population des Carpates, de celle des pays Baltes en lien avec la Biélorussie et la Russie et de celle de la Suisse pour tout l’arc alpin, les autres populations sont toutes modestes et fragmentées. Il faut souligner que le lynx n’est pas un grand colonisateur et que de petites populations séparées par des habitats défavorables à l’espèce sur de grandes distances sont menacées d’extinction à moyen et à long terme si aucun échange génétique n’est possible. De plus, certaines opérations de réintroduction effectuées dans les années 1970 et 1980 ont conduit à des échecs comme en Italie, en Autriche, en Bavière (Allemagne), en République Tchèque, en Engadine (Suisse) et désormais dans les Vosges (France) et en Slovénie.

C’est sans doute cette situation critique du lynx dont le statut reste précaire qui a conduit l’Union Européenne à soutenir trois programmes Life ayant pour objectif la réintroduction ou le renforcement de population de lynx.

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Le loup qui s’est piégé tout seul

Le loup qui s’est piégé tout seul. Par Yves Bertrand, avec la collaboration de Françoise Savasta et Roger Mathieu 

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°67 (avril 2018)

Le 12 mai 2017 mon cousin Jean-Marc me téléphone : « Mon fils Julien qui est facteur a vu un loup ! ».

Depuis plus de trente ans, nous courons de pays en pays et de montagnes en montagnes pour observer les grands carnivores d’Europe : ours, loups, lynx, et voilà que Jean-Marc me signale une observation de loup juste à côté de chez nous !

Déjà, ces dernières années, le train en avait écrasé un dans la vallée et une voiture en avait tué un autre dans la périphérie de la grande ville voisine. Nous savions qu’ils étaient là, discrets recolonisateurs d’un monde qu’ils avaient perdu depuis moins de quatre-vingts ans. Mais qu’est ce, quatre-vingts ans, par rapport aux centaines de milliers d’années qui les ont vu vivre ici ?

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La Gazette des grands prédateurs n° 71 (mars 2019)

Mars 2019

Éditorial par Bertrand Sicard

Alerte sur le loup !

Alors que l’année 2018 fut déjà bien sanglante avec près de 51 spécimens abattus, l’année 2019 s’ouvre sous les plus mauvais auspices.

Si l’on en croit la dernière réunion du Groupe National Loup, l’Etat se prépare au pire en voulant officiellement réguler l’espèce en France au-dessus de 500 loups, propos fièrement confirmés par notre Président et, cerise sur le gâteau, lui interdire certaines zones géographiques.

L’Etat semble totalement pris au piège des lobbies agricoles qui en réclament toujours plus. Sa politique est une politique mortifère prioritairement axée autour de l’élimination physique du loup.

Il est désolant de voir l’Etat prendre des mesures toujours plus radicales alors que les conditions d’une protection efficace ne sont pas réunies.

A commencer par soumettre les indemnités de remboursement à la mise en place des moyens de protection, mesure que nous réclamons à cor et à cri depuis de nombreuses années et sans laquelle aucune politique de protection n’est mesurable.

Les tirs d’effarouchement doivent faire leur retour car eux seuls ont une vraie une valeur d’apprentissage pour l’espèce.

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