La Gazette des grands prédateurs n° 73 (octobre 2019)

Octobre 2019

Éditorial par Patrick Boffy

Un été meurtrier

Comme attendu à la suite de la publication de l’arrêté ministériel fixant un plafond du nombre de loups à tirer en 2019, à 17% (+2%) de la population estimée, soit 90, puis 100 loups, l’été 2019 a été une longue litanie d’annonces de loups tués : 37 au 1er juin, 43 au 1er juillet, 52 au 1er août, 80 au 1er septembre pour atteindre le premier plafond de 90 le 12 septembre.

Mais quand le 24 août, une vidéo montrant des individus cagoulés et armés, se présentant comme le « front de libération du Champsaur », devant un panneau du parc national des Ecrins, et menaçant « d’entrer en action » est largement diffusée dans les médias , la machine s’emballe : soutien des syndicats agricoles, des élus locaux et nationaux des Hautes-Alpes, réaction timide de l’administration…Après un blocus « agricole » de la préfecture à Gap (bottes de paille, projection de lisier, murs en parpaings) pour obtenir la venue des ministres (!), une revendication apparaît : autoriser les tirs de loups dans le cœur des parcs nationaux.

Lire la suite

Du loup au chien (et à l'homme)

Quatre races de chiens. Photo Vincent Vignon

Du loup au chien (et à l’homme). Par Pierre Jouventin

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°67 (avril 2018)

Nous vivons en ce moment une révolution dans la compréhension de la domestication des animaux à la suite des fouilles et des datations par l’ADN. Cette remise en question repose en particulier sur l’étude du loup, ce que ses plus fidèles défenseurs ignorent souvent. Jusqu’à il y a dix ans, l’histoire des animaux domestiques paraissait simple et résultait de la nôtre. Vous savez que notre espèce a radicalement changé de mode de vie il y a seulement 10 000 ans, lorsque nous avons opté pour l’élevage et l’agriculture. Pendant les 300 000 ans précédents pour Homo sapiens et 2 500 000 ans pour le genre Homo, nous vivions en clans de quelques dizaines de chasseurs-cueilleurs. Nous devions déplacer nos campements au bout de quelques semaines lorsque le gibier, les fruits, les racines, les poissons commençaient à se raréfier. Les domaines vitaux étaient immenses, la tribu revenant au bout de plusieurs mois sur l’ancien emplacement pour chasser les animaux et récolter les plantes qui avaient eu le temps de se renouveler. Pour comparer avec la finance, nos ancêtres avaient un tout petit budget mais ils ne touchaient pas au capital et se contentaient de prélever les intérêts des ressources naturelles…

Lire la suite

La Gazette des grands prédateurs n° 72 (juillet 2019)

Juillet 2019

Éditorial par Jean-Marc Neumann

Ils peuplaient jadis montagnes, forêts et plaines. Traqués et exterminés, ils avaient disparu par la faute de l’homme.

Ours, loups et lynx repeuplent désormais nos espaces.

Des espèces sauvages « clés de voûte », indispensables aux équilibres naturels et emblématiques de la biodiversité.

Selon les 150 scientifiques de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale pour la biodiversité) réunis à Paris du 29 avril au 4 mai 2019 pour validation par 132 pays de leur première évaluation scientifique sur l’état mondial de la nature, nous sommes entrés dans la 6e extinction massive touchant près de 75% des espèces !

Le retour, en France et ailleurs en Europe, des grands prédateurs est une bonne nouvelle pour la biodiversité mais également pour l’homme.

Ces animaux, par la fascination qu’ils exercent sur l’Homme, peuvent générer un formidable développement économique dont les montagnes ont un impérieux besoin.

Oui, pastoralisme et grands prédateurs peuvent coexister pour autant que l’homme en ait la volonté et qu’il accepte la présence de cette faune sauvage.

Lire la suite

L’Union Européenne au secours du lynx

Photo Ole Anders

L’Union Européenne au secours du lynx. Par Jean-Claude Génot

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°67 (avril 2018)

Depuis la parution de cet article, le programme de réintroduction dans les Alpes dinariques a commencé (voir ICI) et le dix-septième lynx a été relâché dans le Palatinat allemand (voir ICI).

La situation du lynx en Europe n’est pas brillante. En dehors de la population des Carpates, de celle des pays Baltes en lien avec la Biélorussie et la Russie et de celle de la Suisse pour tout l’arc alpin, les autres populations sont toutes modestes et fragmentées. Il faut souligner que le lynx n’est pas un grand colonisateur et que de petites populations séparées par des habitats défavorables à l’espèce sur de grandes distances sont menacées d’extinction à moyen et à long terme si aucun échange génétique n’est possible. De plus, certaines opérations de réintroduction effectuées dans les années 1970 et 1980 ont conduit à des échecs comme en Italie, en Autriche, en Bavière (Allemagne), en République Tchèque, en Engadine (Suisse) et désormais dans les Vosges (France) et en Slovénie.

C’est sans doute cette situation critique du lynx dont le statut reste précaire qui a conduit l’Union Européenne à soutenir trois programmes Life ayant pour objectif la réintroduction ou le renforcement de population de lynx.

Lire la suite

Le loup qui s’est piégé tout seul

Le loup qui s’est piégé tout seul. Par Yves Bertrand, avec la collaboration de Françoise Savasta et Roger Mathieu 

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°67 (avril 2018)

Le 12 mai 2017 mon cousin Jean-Marc me téléphone : « Mon fils Julien qui est facteur a vu un loup ! ».

Depuis plus de trente ans, nous courons de pays en pays et de montagnes en montagnes pour observer les grands carnivores d’Europe : ours, loups, lynx, et voilà que Jean-Marc me signale une observation de loup juste à côté de chez nous !

Déjà, ces dernières années, le train en avait écrasé un dans la vallée et une voiture en avait tué un autre dans la périphérie de la grande ville voisine. Nous savions qu’ils étaient là, discrets recolonisateurs d’un monde qu’ils avaient perdu depuis moins de quatre-vingts ans. Mais qu’est ce, quatre-vingts ans, par rapport aux centaines de milliers d’années qui les ont vu vivre ici ?

Lire la suite

La Gazette des grands prédateurs n° 71 (mars 2019)

Mars 2019

Éditorial par Bertrand Sicard

Alerte sur le loup !

Alors que l’année 2018 fut déjà bien sanglante avec près de 51 spécimens abattus, l’année 2019 s’ouvre sous les plus mauvais auspices.

Si l’on en croit la dernière réunion du Groupe National Loup, l’Etat se prépare au pire en voulant officiellement réguler l’espèce en France au-dessus de 500 loups, propos fièrement confirmés par notre Président et, cerise sur le gâteau, lui interdire certaines zones géographiques.

L’Etat semble totalement pris au piège des lobbies agricoles qui en réclament toujours plus. Sa politique est une politique mortifère prioritairement axée autour de l’élimination physique du loup.

Il est désolant de voir l’Etat prendre des mesures toujours plus radicales alors que les conditions d’une protection efficace ne sont pas réunies.

A commencer par soumettre les indemnités de remboursement à la mise en place des moyens de protection, mesure que nous réclamons à cor et à cri depuis de nombreuses années et sans laquelle aucune politique de protection n’est mesurable.

Les tirs d’effarouchement doivent faire leur retour car eux seuls ont une vraie une valeur d’apprentissage pour l’espèce.

Lire la suite

La chasse en zone à ours dans les Pyrénées

Ours en Slovénie. Photo Sabine Matraire

La chasse en zone à ours dans les Pyrénées. Par Sabine Matraire

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°65 (septembre 2017)

Abonnez-vous à la Gazette !

Cet article n’a pas pour objectif de rentrer dans le débat « pour ou contre la chasse » mais de dresser simplement un point sur la cohabitation entre la chasse (activité humaine) et la présence de l’ours. Nous tenterons d’expliciter les bases du travail mené à cet effet par notre association, avec ses partenaires, et d’ébaucher la réflexion pour l’avenir de la restauration de la population d’ours dans les Pyrénées.

Un peu d’histoire

Au début des années 1990, le dernier ours disparaît des Pyrénées centrales. Seuls sept à huit individus subsistent dans le noyau occidental et la disparition de l’ours des Pyrénées apparaît donc comme inéluctable.

En 1995, un partenariat, convenant du principe de réintroduction d’ours dans le cadre d’un programme LIFE, est formalisé entre l’ADET, l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage), l’ONF (Office National des Forêts), ARTUS (devenu FERUS), la DIREN et les fédérations départementales de chasseurs de l’Ariège, de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées.

Lire la suite

La Gazette des grands prédateurs n° 70 (décembre 2018) / Spécial lynx

Décembre 2018

Éditorial par Jean-François Darmsteadter

FERUS, une association vivante

Le lynx aura la vedette dans ce numéro de fin d’année. Ce bel animal, fascinant à plus d’un titre, le mérite vraiment. Pouvons-nous espérer voir un jour une population française de lynx solidement installée dans notre pays ? Nous l’espérons et sommes prêts, en tous cas, à faire tout pour cela et, dans ce cadre, pouvoir enfin mettre en oeuvre en 2019 notre action de communication de terrain Parole de Lynx.

Mais les vraies vedettes de cette année 2018 auront été sans conteste Sorita et Claverina, ces deux ourses en provenance de Slovénie qui viennent apporter du sang neuf dans les Pyrénées et nous ne pouvons que nous réjouir de la pugnacité des autorités qui, pour une fois, ont tenu bon jusqu’au bout et permettent ainsi une note réelle d’espoir pour l’avenir. Même si, nous l’avons dit plusieurs fois, ce renforcement est insuffisant, c’est un vrai nouveau pas vers une population ursine pérenne en France.

Lire la suite

Les loups, les lynx et Vadim

Le mâle Youri est venu visiter une tanière de loup 5 h avant notre passage ; d’autres photos de Vadim Sidorovich montrent que des lynx visitent des tanières de loup à la recherche des louveteaux. © Vadim Sidorovich

Les loups, les lynx et Vadim. Par Jean-Claude Génot et Annik Schnitzler

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°65 (septembre 2017)

Abonnez-vous à la Gazette !

Dans la forêt des partisans

Suivre Vadim Sidorovich, spécialiste du loup en Biélorussie, pendant six jours à la recherche de tanières tient lieu à la fois de l’épreuve sportive et du rite initiatique pour partager les connaissances de ce professeur de zoologie atypique de l’Académie des Sciences. Une épreuve sportive qui demande un minimum de condition physique et de motivation. En effet, il s’agit durant 6 à 8 h par jour, de traverser inlassablement les forêts enchevêtrées d’arbres renversés, d’éviter dans les aulnaies marécageuses la chute dans les eaux noires de vase, et de franchir les canaux abandonnés en marchant soit sur les barrages branlants des castors, soit sur des troncs flottants. Et pas moyen de s’arrêter pour prendre une photographie sous peine de perdre Vadim qui avance d’un pas alerte et régulier sans se retourner. Vadim n’est pas un surhomme, mais sa robustesse lui est très utile pour franchir ces milieux sans

Lire la suite