Histoire et enjeux croisés autour de la forêt, des cervidés et des loups

Photo Rémy Jouhaud

Histoire et enjeux croisés autour de la forêt, des cervidés et des loups. Par Romain Ribière

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°64 (juin 2017)

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La disparition du loup en France est souvent présentée comme une singularité. L’aboutissement pour l’Homme d’ « une lutte acharnée contre une espèce qu’il a exécrée [ …] » traduite par « une politique d’extermination [qui] a abouti en quelques décennies au grand massacre des loups » (Moriceau 2010).

Cette lecture bénéficie à nos esprits contemporains d’un consensus assez large, où elle exprime avant tout une métaphore symbolique : le triomphe implacable de la civilisation occidentale sur le sauvage. Le retour de Canis Lupus sonne à cet égard comme un anachronisme qui alimente la controverse entre ses détracteurs et partisans.

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La Gazette des grands prédateurs n° 68 (juin 2018)

Juin 2018

Éditorial par Patrick Leyrissoux

Gérer, valeur ajoutée…

Ces termes de management d’entreprise ressortent de temps en temps au fil des conversations. Dans la rudesse des évènements, ou devant la sécheresse d’un compte d’exploitation qui conditionne l’existence d’une association, ils ont certes leur rôle, voire sont indispensables.

Mais seul(e) face à un versant de montagne glissant dans l’obscurité, et que l’on pressent confusément habité par une présence, ces termes n’ont plus guère de sens… C’est le rêve qui prend leur place, et qui nous habite in fine.

Jean-Jacques Camarra lui-même, qui est à l’origine de bien des choses, a écrit un livre de rêveur, rêveur dans l’action, avec « Boulevard des ours ». Rétrospectivement, il en ressort une profonde nostalgie, voire mélancolie, quand on songe au sort de cette population ursine. Je ne peux m’empêcher de penser que ceux qui ont présidé à cette disparition n’avaient que ces mots à la bouche : gérer, valeur ajoutée… mots aussi fréquemment usités dans le monde de la chasse.

Ils sont les chiens de garde d’un utilitarisme, parfois anthropocentrique, que nous évoquons parfois pour justifier l’existence de nos grands prédateurs. Espèce parapluie, économie nature, utilité pour les forestiers, etc. Certes, encore une fois il le faut peut-être, nous ne vivons pas d’amour et d’eau fraîche. Mais ne perdons pas de vue que le fondement de nos motivations a des racines beaucoup plus profondes.

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Les bénévoles... ont la parole !

Parole de loup / Parole d’ours. Les bénévoles… ont la parole !

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°63 (mars 2017)

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Vous aussi, rejoignez nous cet été ! Tous nos programmes de bénévolat ==>> ICI.

Cet été, les bénévoles de nos programmes Parole de loup / Parole d’ours partiront de nouveau en mission et iront à la rencontre des habitants et des touristes des Pyrénées et des Alpes. L’objectif ? Distribuer de la documentation mais aussi et surtout dialoguer, répondre aux questions et aux inquiétudes, et recueillir le sentiment de chacun. Le tout afin de permettre une meilleure acceptation de nos grands prédateurs. Les bénévoles des précédentes éditions répondent à quelques questions pour la Gazette.

Pourquoi avoir participé à Parole de loup / Parole d’ours ?

« Je suis fascinée par les loups depuis mon plus jeune âge, donc, quand l’occasion de défendre bénévolement leur cause s’est présentée, je n’ai pas hésité. La chance de pouvoir passer deux semaines dans les Alpes-de-Haute-Provence avec d’autres personnes partageant les mêmes convictions que moi était trop belle pour la manquer! »

Clémence C., Paris

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Ariège : « L’image de l’ours est un atout »

Ariège : « L’image de l’ours est un atout ». Interview avec le maire de Massat

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°63 (mars 2017)

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Léon-Pierre Galy-Gasparrou est le maire (Gauche Radicale) de Massat, en Ariège, depuis 2001. Nous l’avons interrogé sur l’ours.

Quel est le climat aujourd’hui vis-à-vis de l’ours sur votre commune ?

Dans la Haute Vallée de l’Arac, territoire à forte identité culturelle, la présence historique de l’ours n’a jamais été contestée par les populations résidentes. Lorsqu’il restait des ours pyrénéens, leur biotope était respecté, le nombre d’incidents mémorisé reste ici très faible.

Lorsque la décision fut prise de renforcer la population d’ours bruns, les seules objections sont venues d’organisations corporatistes, notamment agricoles, au demeurant fort peu représentées localement.

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Loup : « l’exception française »

Loup : « l’exception française ». Par Giovanni-Michel Del Franco

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°63 (mars 2017)

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Si la France rechigne à accepter la présence de l’ours ou du loup, l’Europe paraît globalement favorable aux grands prédateurs. Selon une étude relayée dans Le Figaro, le vieux continent abriterait 12 000 loups (deux fois plus qu’aux États-Unis sur une surface deux fois moins grande), essentiellement dans les pays de l’Est, mais aussi 17 000 ours, 9 000 lynx et 1 250 gloutons. En juin 2016, la Commission européenne a mis en place une plate-forme européenne regroupant agriculteurs, chasseurs, défenseurs de l’environnement et scientifiques pour assurer la conservation de la faune sauvage.

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La Gazette des grands prédateurs n° 67 (avril 2018)

Edito Gazette 67

Edito Gazette 67

Avril 2018

Éditorial par Hervé Boyac

Le loup, un nouveau défi français

L’année 2018 sera déterminante pour tous les Français soucieux de l’avenir du loup, qu’ils soient naturalistes chevronnés ou simples passionnés. De nombreux défis nous attendent avec l’arrivée du nouveau plan loup, qu’on nous avait annoncé réfléchi et loyal mais finalement contestable. Pendant ce temps là, l’Europe est muette et accepte les dérives : si la population de loups ne baisse pas, elle ne voit rien à redire aux tirs de loups toujours plus nombreux.

On peut comprendre la désapprobation du loup par les éleveurs, les premiers exposés par les prédations. Mais les dirigeants agricoles n’ont pas recherché de solutions satisfaisantes et durables pour renouer avec la rentabilité de l’élevage ovin dans la tourmente, submergé par la mondialisation. Suite à de mauvais choix, les gouvernements successifs n’ont rien solutionné au fil du temps ; ils se sont contentés de verser des subsides. Quant au monde de la chasse, il tire avantageusement les marrons du feu tout en essayant de se faire valoir. Réalité moins compréhensible, une catégorie de personnes est hostile au loup,

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Les dégâts d’ours liés aux systèmes de compensation, pas au nombre d’ours

Un ours dans les Tatras, en Slovaquie. Photo Eric Durr

Les dégâts d’ours liés aux systèmes de compensation, pas au nombre d’ours. Par Eugène Reinberger

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°62 (décembre 2016)

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Synthèse de l’Etude internationale sur les dégâts d’ours en Europe (participation de l’ONCFS Equipe Ours pour la France) : Patterns and correlates of claims for brown bear damage on a continental scale, Journal of Applied Ecology, juin 2016.  

Cette étude montre que le nombre moyen de dégâts indemnisés par ours varie de 0,05 en Estonie à 8,5 en Norvège et que ces variations sont dues aux différences de méthodes de compensation, à la nourriture disponible et la proportion de terres agricoles. Les variations ne sont pas reliées au nombre d’ours.

Il est important que les politiques de gestion de l’ours prennent en compte ces conclusions pour gagner en efficacité pour réduire la prédation. Il faut ainsi mettre l’accent sur la prévention et conditionner les compensations à la mise en place effectives des mesures de protection.

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Lynx dans les Vosges : l'avenir est-il au sud?

Photo OCS

Lynx dans les Vosges : l’avenir est-il au sud? Par Alain Laurent

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°62 (décembre 2016)

Dans le cadre d’un suivi extensif mené depuis 2015, l’Observatoire des Carnivores Sauvages (OCS) a identifié neuf lynx différents dans le Jura alsacien. Parmi ces individus figurent au moins deux mâles et une femelle. Ces différents animaux ne sont pas tous installés dans le Jura alsacien, mais sont essentiellement des lynx transfrontaliers avec la Suisse ou des jeunes individus en dispersion. Ces résultats sont à ajouter à la mise en évidence par l’OCS de la première preuve de dispersion d’un lynx du Jura vers les Vosges (Hurstel & Laurent, 2016).

Dans le massif jurassien français, la population de lynx suit une tendance à la hausse depuis le retour de l’espèce au début des années 70, avec une aire de présence régulière multipliée par sept depuis 1988 (Anonyme, 2014). Laurent et al. (2012) y estiment les effectifs entre 76 et 121 individus pour la période triennale 2008-2010. En Suisse, les estimations les plus récentes de l’abondance et de la densité de lynx dans le massif jurassien sont présentées dans le tableau ci-dessous.

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Prévenir la prédation des loups sur les troupeaux : ne laissons pas entrer le loup dans la bergerie !

Prévenir la prédation des loups sur les troupeaux : ne laissons pas entrer le loup dans la bergerie ! Par Lise Nuninger

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°62 (décembre 2016)

En Europe, la coexistence entre communautés rurales et populations lupines se retrouve bien souvent menacée par la prédation des loups sur le cheptel domestique. Diverses méthodes sont employées à travers le monde afin d’atténuer le poids que cette prédation représente pour les éleveurs locaux. Pourquoi alors restent-ils insatisfaits face aux solutions proposées ? Il n’existe en fait quasiment aucune option simple, à faible coût, accessible et efficace pour éviter toutes les attaques de loups. Les techniques traditionnelles utilisant des clôtures et des chiens de protection sont coûteuses, nécessitent de l’entretien et ne sont pas infaillibles. L’efficacité des techniques de prélèvement ou de transfert des loups à problème n’a jamais été scientifiquement prouvée, et soulève des polémiques. Les schémas de compensation des pertes n’apportent pas d’avantage satisfaction aux éleveurs en raison des contraintes administratives et des incohérences de tels systèmes.

Notons donc l’importance de développer des moyens de protection directs, non-létaux et modernes pour protéger le bétail. Nombre de ces méthodes ont déjà été scientifiquement testées. Quelles sont-elles, et quelles conclusions peut-on en tirer ?

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