FERUS et Pays de l’Ours-ADET interpellent Nicolas Sarkozy au sujet de l’ours

FERUS et Pays de l’Ours-ADET interpellent Nicolas Sarkozy au sujet de l’ours

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Courrier FERUS / Pays de l’Ours-ADET

Le 13 janvier 2012

Monsieur le Président,

Il y a quelques semaines, nos associations ont déposé auprès des Préfets des Pyrénées-Atlantiques et de la Haute-Garonne deux demandes d’autorisation de lâcher d’ours dans les Pyrénées.

Vous avez décidé de sursoir au lâcher d’une ourse en Béarn l’an dernier et c’est pourquoi nous tenons aujourd’hui à attirer votre attention sur ce dossier qui est plus complexe qu’il n’y paraît.

Vous trouverez ci-joint les premières 5 000 signatures de soutien à nos demandes de lâcher, réunies en à peine trois semaines.
Cela confirme l’intérêt des Français pour la sauvegarde de cette espèce et corrobore les études d’opinion et sondages réalisés sur la question depuis 20 ans :

– 2010 : TNS Sofres : 95% des Français estiment importante la préservation de la biodiversité ; 61% estiment que les réintroductions d’ours ont un impact positif sur la biodiversité ;
– 2008 : IFOP pour DREAL MP : 76% des Français (très) attachés au maintien d’une population d’ours dans les Pyrénées ;
– 2005 : IFOP pour Pays de l’Ours-Adet : 84% des habitants des Pyrénées centrales (très) attachés au maintien d’une population d’ours dans les Pyrénées ;
– 2004 : Arsh pour la République des Pyrénées (64) : 77% des habitants des Pyrénées-Atlantiques (très) favorables à la réintroduction d’ours ;
– 2003 : IFOP pour WWF & Pays de l’Ours-Adet : 72% des Français sont (très) favorables au lâcher d’ours supplémentaires ;
– 1992 : SOFRES pour Artus : 85 % des Français (très) attachés à l’existence de l’ours.

Nous n’ignorons pas l’opposition à la présence de l’ours, mais le « bruit » qu’elle fait ne doit pas occulter qu’elle reste minoritaire, y compris au sein des Pyrénées.

Nous tenons également à rappeler que la conservation de l’ours brun n’est pas un « délire d’écolos » inconscients des réalités, notamment économiques. Chez nos voisins espagnols ou italiens, des régions entières ont depuis des années misé sur la présence et l’image de l’ours pour leur développement économique. Quand nous entendons des élus italiens des Abruzzes affirmer que l’ours attire deux fois plus de touristes à Pescasseroli que la station de ski locale, nous mesurons à quel point nous négligeons en France le potentiel de développement que représente le patrimoine naturel.

La conservation de l’ours brun étant par ailleurs une obligation légale en regard de la directive européenne 92/43 dite « Habitats », nous ne pouvons envisager que deux alternatives :
– soit l’ours n’est considéré et géré que comme une contrainte, et le conflit perdure, ce qui ne nous exonère pas de nos obligations ;
– soit on accepte l’idée qu’il constitue également un atout sous la forme d’un potentiel de développement et de valorisation inexploité, et nous avons une chance de concilier les enjeux économiques et écologiques, c’est-à-dire de mettre en oeuvre un véritable développement durable.

Il y a là pour la France et les Pyrénées une opportunité à ne pas manquer, c’est notre combat, et nous ne laisserons personne le déformer en le caricaturant.

Monsieur le Président, en venant en Ariège le 17 janvier prochain présenter vos voeux au monde rural, où le soutien à l’ours est majoritaire, vous serez sans doute interpelé à ce sujet.
Au nom des millions de Français qui sont favorables à la conservation de cette espèce emblématique, nous vous demandons de choisir la conciliation et le développement durable plutôt que le conflit et l’opposition des enjeux.

Nous pouvons, nous devons, le faire et en tant que chef de l’Etat, garant du respect des lois et des engagements internationaux de la France, vous avez à la fois le pouvoir et la responsabilité d’en décider et d’initier cette nouvelle dynamique.

Nous n’ignorons pas l’activisme des lobbies agro-industriels et politico-cynégétique, et leurs interventions auprès de vous pour s’opposer à la conservation des espèces potentiellement prédatrices.

S’ils sont sans doute dans leur rôle, nous ne pensons pas pour autant que les activités qu’ils représentent justifient d’un droit de véto sur les espèces protégées, patrimoine universel de l’Humanité et des générations futures.
Convaincus que vous choisirez l’intérêt général dans une vision ouverte sur l’avenir, sans céder à des intérêts catégoriels à court terme, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments respectueux.

31 commentaires sur “FERUS et Pays de l’Ours-ADET interpellent Nicolas Sarkozy au sujet de l’ours”

bravo Christian, enfin quelqu’un de résonnable qui défend malgré tout ses idées, mais toujours, en gardant l’esprit ouvert.

C’est déja fait pour ma part, et de plus, je comprends parfaitement la frustration que peuvent avoir certains quand on voit certains actes de braconnage et je la partage totalement.
Mais je reste convaincu qu’il faut se forcer à trouver des solutions d’entente avec les chasseurs et les éléveurs, quand cela est possible, pour éviter que les victimes de cette folie meurtrière, ne soit encore et toujours, la vie animale.

Je rappelle à Christb64, qui a la mémoire sélective, que Mellba ourse relâchée en 1996 a été abattue par les mêmes chasseurs, à peine quelques mois après en 1997, dans le cadre d’une battue au sanglier, c’est à dire la chasse, non pas d’un chasseur isolé, pouvant jouer le rôle de « brebis galeuse », mais d’une chasse organisée collectivement et déclarée, EN PLEIN DANS UNE ZONE où TOUT LE MONDE savait que cette ourse se trouvait.
Je me souviens très bien de ce qu’écrivait Artus dans « Ours et Nature » n°15, notamment dans son communiqué de presse.
Extrait:
« L’histoire récente du déclin de l’Ours est la longue saga d’une disparition physique DUE AU FUSIL. »
Faut-il rappeler les circonstances de la mort des ours Claude et Cannelle, comment Balou a été blessé à la patte?
Ce sont exactement les mêmes circonstances, où les chasseurs violent les textes qu’ils ont signés, où ils s’engagent à ne pas chasser là où un ours est « cantonné ».
Faut-il rappeler que Papillon portait du plomb dans son corps quand il a été retrouvé mort de vieillesse (un cas rare!)?
Voilà la plus importante des raisons pour lesquelles chaque zone refuge de territoire d’ours doit être une réserve totale.
Il me semble qu’Artus était pour, à l’époque.
Et FERUS aujourd’hui?
J’ai posé la question, je n’ai pas encore eu de réponse.
Qu’il y ait ici ou là un chasseur « correct » et désireux d’une présence RESPECTEE de l’Ours n’a rien à voir avec la politique à adopter vis à vis des chasseurs pris collectivement et donc de leurs organisations qui pratiquent le double langage comme l’ont amplement montré les faits.
Adopter des principes de posture (ouverture, compromis) sans tenir compte des faits conduit tout droit à perdre toute indépendance de décision.
On court toujours après un « partenaire » imaginaire et on ne le RATTRAPE JAMAIS, car il N’est PAS un partenaire.
Et on arrive donc à la situation actuelle, où les défenseurs des grands prédateurs courent, en plein désarroi, après un gouvernement qui leur a « tenu le bec dans l’eau », et qui préfère satisfaire les « partenaires » dont on n’ose toujours pas s’apercevoir qu’ils poursuivent leurs buts sans tenir compte des protecteurs…
Quelles concessions aux protecteurs ont-ils jamais faites?
J’aimerais bien qu’on me le dise.
Moi, ce que je vois c’est ceci:
Les chasseurs AUCUNE dans les faits et ils sont responsables de la mort de la plupart des derniers ours.
Sont-ils favorables au lâcher d’ourses en Haut Béarn? Non.
Les éleveurs ont reçu des indemnisations, des aides.
Qu’avons nous obtenu en retour?
Rien.
Des ours sont pourchassés, d’autres disparaissent mystérieusement et personne ne sait rien, alors qu’on ne peut pas pisser à découvert en montagne sans être vu par quelqu’un.
Tout ceci n’a-t-il aucun sens qu’on pourrait sans inconvénient pour les grands prédateurs, reconduire envers et contre tous les faits, la même orientation, sans jamais en faire le bilan?

Je voudrais faire remarquer, moi, trois choses:
-Il n’y a jamais eu aucun relâcher d’ours en Haut-Béarn, et l’Etat a confié la protection des six derniers ours (non slovènes) qui y vivaient encore à ses pires ennemis à travers l’IPHB (avec la caution du FIEP et de la SEPANSO). On a vu le résultat, il y a sept ans. Ca fait une énorme différence avec les Pyrénées Centrales.
-si le succès de la réintroduction était aussi assuré que Christb64 le prétend, alors il n’y a plus qu’à ATTENDRE que les ours ariégeois recolonisent le Haut Béarn. Alors ioin se demande pourquoi FERUS y a demandé un relâcher d’ourse .
Et ensuite que PERSONNE ne m’a contredit sur le bilan que je fais du pastoralisme et surtout sur le fait que reprendre le couplet « les éleveurs entretiennent la nature » affaiblit les défenseurs des grands prédateurs et renforce leurs ennemis.
CHRISTB64 A ECRIT:
« Mais qui donc DANS LE CAMP D’EN FACE ou actuellement chez les élus politiques des deux groupes censés accéder à l’investiture suprême va abonder en ce sens ? Va écouter ces propos ?
Je sais que le poète a dit » soyons réaliste , demandons l’impossible » ( R.Char ? ) … Pourquoi pas ! Mais qui donc va nous répondre , sans nous rire au nez , si nous n’avons pas les moyens logistiques de nos exigences , ni aucune influence ( pour cause d’absentéisme ) sur les décisions ? … »
Ma réponse:
Dans le camp d’en face?
Nous voilà d’accord sur un point. Il y a bien, en face, un camp.
Mais c’est bien là le seul.
CHRISTB64 A ECRIT:
« je ne vois aucun fait nouveau , ni argument nouveau , ni décision logiquement et concrètement applicables par l’ensemble des acteurs concernés qui seraient capables , aujourd’hui , ( ça pourrait changer demain ? ), DE FAIRE PLIER l’extrémisme pastoral et l’inconscience des politiques . »
Ce qui ne l’empêche pas d’écrire à peine quelques lignes plus haut:
CHRISTB64 A ECRIT:
« Je préfère cette voie au diktat de la force mise au service de la raison du plus fort . »
N’est-ce pas paradoxal?
Il faudrait savoir. 😉
Moi, je suis tout à fait pour imposer, sans aucun paradoxe.
Je crois que le Loup, l’Ours et le Lynx ne seront pas efficacement défendus sans un rapport de FORCES.
Ce rapport de forces en leur faveur n’existe pas.
L’Ours est en voie de disparition en France (et il ne suffira pas d’un seul relâcher pour y changer quelque chose).
On tue de plus en plus de loups et de lynx, mais ceux-ci sont aussi de plus en plus nombreux.
Les éleveurs, les chasseurs, ne sont pas des partenaires mais des ennemis.
Les gouvernement font le minimum (Europe oblige) et CA NE SUFFIT PAS, loin de là.
L’actuel gouvernement fait du clientélisme et se tamponne de la biodiversité.
Les protecteurs ne profitent pas, cependant d’une situation objectivement favorable:
-les sondages qu’a rappelés FERUS dabs sa lettre à Nicolas Sarkozy sont favorables aux grands prédateurs.
-le part importante de l’élevage dans les émissions de GES (gaz à effet de serre) est de plus en plus connue.
-l’opinion des Français sur la chasse continue de se dégrader.
Pourquoi?
En partie parce que l’orientation suivie (cohabiter avec des gens qui NE VEULENT PAS cohabiter et qui l’ont amplement montré depuis 40 ans et beaucoup plus) ne tient pas compte des faits, de la réalité.
Ce n’est pas par hasard qu’on (pas moi) a parlé de rêve ici.
Bien sûr, tout n’est pas qu’une question d’orientation.
Mais l’orientation est une condition incontournable.
Le rapport de forces à construire demande
-que l’on cesse de cautionner la légalisation progressive du braconnage,
-que l’on cesse d’aider de nous-mêmes les ennemis de toujours des grands prédateurs ET de la forêt dont nous avons tant besoin pour les raisons que j’ai décrites plus haut, outre le fait qu’une forêt sur pied c’est autant de carbone non gazeux dans l’atmosphère.
-que l’on cesse de renforcer la fausse légitimité des éleveurs concernant un prétendu « entretien » de la nature et un élevage facteur de biodiversité, pour la seule raison que c’est faux matériellement.
-que l’on se tourne exclusivement (dans un premier temps) pour d’abord informer, dénoncer et mobiliser. Et ensuite « faire plier » sans état d’âme.
Ce sera long, difficile, et il n’est pas certain que nous y parvenions.
Mais je ne vois pas d’autre chemin.
Adopter en plus ou moins grande partie le point de vue du « camp d’en face », sous prétexte d’ouverture d’esprit ou sous couvert de « réalisme pragmatique », ne peut que le renforcer et aggraver encore la situation. D’ailleurs, elle s’aggrave.
Certes, il faut ouvrir son esprit.
Aux faits, à la réalité et à rien d’autre.

Pierre 😉

J’ai oublié de saisir deux mots dans mon précédent message.
J’ai écrit:
« -que l’on se tourne exclusivement (dans un premier temps) pour d’abord informer, dénoncer et mobiliser. Et ensuite « faire plier » sans état d’âme. »
Je voulais bien sûr écrire »
-que l’on se tourne exclusivement VERS L’OPINION (dans un premier temps) pour d’abord informer, dénoncer et mobiliser. Et ensuite « faire plier » sans état d’âme.

Bonjour et merci à tous d’avoir donné votre avis. Le forum est désormais fermé pour cet article. Pour sa part, FERUS se prononce contre un quelconque plan de chasse au loup. Nous sommes déjà opposés aux tirs de prélèvement effectués au hasard sur des loups loin des troupeaux, tirs que nous jugeons inutiles pour faire baisser la prédation sur les troupeaux (cela peut même avoir un effet inverse). Le loup est une espèce encore vulnérable en France et déjà fortement impactée par le braconnage. Le lynx et l’ours plus encore sont davantage menacés ; la question de la chasse se pose encore moins pour ces espèces.


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