La Gazette des Grands Prédateurs n° 36 (juin 2010)

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La gazette des grands prédateurs n° 36

Eté 2010

Éditorial par Claude Garnier, réseau Alpes-Sud de FERUS

En ce dimanche soir pluvieux, je relis avec nostalgie et amertume ce que nous avions écrit fin 1992 à la SNPN (Société nationale de protection de la nature) sur nos loups :

«  POUR QUE VIVE LE LOUP EN MERCANTOUR »

«  Venus d’Italie, où leur population est actuellement en expansion, quelques loups sont depuis peu présents en France dans les Alpes Maritimes. Localisés pour le moment dans les vallons les plus sauvages du Parc National du Mercantour, leur survie dépend entièrement  de l’accueil que leur réserveront les hommes, chasseurs et bergers surtout qui sont appelés à les côtoyer. Protégé par la réglementation européenne et bientôt par la loi française, le loup ne présente strictement aucun danger pour l’homme. Au Mercantour, sa prédation s’exerce de préférence sur les animaux sauvages, mouflons essentiellement. Des techniques simples (chiens de berger et garde des troupeaux) permettent d’éviter normalement des dégâts éventuels sur le bétail. Un système de dédommagement équitable devrait être rapidement  proposé aux éleveurs qui perdraient quelques animaux du fait d’attaque de loup. Sur le terrain, les gardes moniteurs, techniciens et scientifiques du parc national chargés de protéger et d’étudier les loups arrivés en Mercantour doivent disposer de moyens supplémentaires pour accomplir au mieux leur nouvelle mission. Face à d’inévitables peurs ou d’éventuelles malveillances, ils ont aussi besoin de se sentir motivés par une volonté publique clairement affirmée, afin de convaincre inlassablement ceux qui n’auraient pas encore compris que le retour du loup chez eux est en fait un enrichissement providentiel. « »

À la lecture de ce communiqué que d’interrogations, d’incompréhensions près de 20 ans plus tard…

Que comprendre lors de ces réunions préfectorales où les mêmes acteurs jouent leurs mêmes partitions depuis 20 ans devant un préfet toujours ignorant du dossier ? Comment une profession si respectable comme celle des éleveurs utilisent encore un bouc émissaire pour se plaindre à juste raison des difficultés qu’ils rencontrent, trop souvent orchestrés par les leaders syndicaux ? Comment comprendre la volonté publique lorsque que 2 députés de la République défilent devant une banderole insultant les gardes de l’ONCFS ou de parcs (Henriette Martinez et Daniel Spagnou lors de la manifestation anti-loup de Gap le 25 mars 2010) ?

A la relecture de ma thèse sur les zoonoses au moyen âge, les hommes ont toujours voulu transférer leurs difficultés, drames, problèmes sur les animaux comme cela a été le cas en 1347 où le loup était accusé à tort de propager la peste….

Comment, en étant un temps soit peu honnête, réfléchi, tolérant, sérieux, continuer dans cette voie ? On m’a rapporté que vendredi dernier un véritable état de siège était instauré par la préfecture à Esparron dans les Hautes Alpes afin de tenter de tuer un loup par les lieutenants de louveterie, tout cela pour calmer un petit groupe d’extrémistes. Si c’est ainsi que nos préfets de la République gèrent la situation, nous serions donc rentrés dans le système «  Qui parle le plus fort aura raison ». C’est pourtant ainsi que se passent les réunions préfectorales loup dans les Alpes de Haute-Provence et dans les Hautes Alpes. Devant ces réactions d’intolérance liées aux conditions sociopolitique, socioéconomique que nous traversons actuellement, ne nous laissons pas abuser par les marchands du Temple qui tentent de diviser les consciences avec des arguments fallacieux.

Rester calmes et sereins est une bonne stratégie mais attention à ce que nos adversaires ne  franchissent pas la ligne verte, restons donc attentifs et combatifs.

Claude Garnier, Animateur du réseau Alpes Sud de FERUS, 2 mai 2010

Éditorial Gazette n° 36 :

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Edito 36

Sommaire :

PV de l’Assemblée Générale, 1ère partie

Extrait : Pour nous et, ce, depuis que nous existons, la seule approche possible est le dialogue, la concertation et la recherche de solutions partagées. Ce n’est pas dans la violence ou l’affrontement que nous pourrons trouver des solutions pérennes et librement consenties. A ce sujet, il me plait de rappeler la phrase d’un de nos administrateurs au milieu des années 90 : « La nécessaire protection du loup en France passera par des sacrifices, aussi bien de la part de ceux qui le défendent que de ceux qui le combattent ». Nous considérons que cette phrase est toujours d’actualité et nous devons savoir faire des concessions pour le développement et la conservation de l’espèce dans notre pays, notamment au niveau des décisions qui peuvent être prises au niveau du Groupe National Loup, en accord avec nos partenaires associatifs. Nous sommes parfaitement conscients, et nous l’avons démontré, que le braconnage est la cause essentielle de la « timide » dynamique de reproduction de l’espèce.

Actus loup « Procès d’un chasseur tueur de loup… (bis repetita)». Par Sandrine Andrieux

Extrait : Pendant leurs auditions, les deux accusés ont reconnu les faits. Suite à leurs déclarations, nous leur avons posé les questions suivantes :

–          «Vous avez indiqué que vous n’êtes pas un de ces « fanfarons » (propos tenu par Franck Michel devant le tribunal)  qui veulent tuer un loup, mais lors du PV de gendarmerie, vous avez déclaré que vous y pensiez depuis l’été d’avant, soit 6 mois, et en discutiez avec vos amis». Nous présentons alors au tribunal une coupure de presse du Dauphiné  Libéré, fournie par notre avocat Maître Richard. Dans celle-ci, Franck Michel déclare qu’il recommencera et incite les autres à en faire autant. Pas de réponse de l’accusé.

–          Vous vous plaignez que le loup vous dérange et dérange les gens dans leurs activités quotidiennes, mais lorsque vous avez tué le loup, vous étiez où ? Vous étiez à Mobalpa, où vous travaillez, on vous a prévenu de la présence d’un loup et vous être parti le braconner. Etes-vous victime du loup dans votre travail à Mobalpa ? Pas de réponse de l’accusé.

Actus ours « Oui à l’ours dans les Pyrénées ! (bis)». Par Sabine Matraire

Extrait : A la veille des Régionales, les opposants ont annoncé une grande mobilisation, n’hésitant pas à parier sur la mobilisation de 14 000 à 15 000 personnes. FERUS était sur place et tous les comptages sont formels : pas plus de 2 000 personnes … Malgré la forte mobilisation de l’ensemble des Chambres d’Agriculture et des fédérations de chasse, le soutien de certains élus aveuglés par des lobbies locaux, la démonstration est claire : les Pyrénéens ne sont pas opposés à la présence de l’ours.

Lancement de Parole d’ours 2010 avec une première action à Toulouse. Par Fannie Malet

Extrait : Premier objectif : en cette année 2010, année de la biodiversité, l’ours, espèce symbolique des Pyrénées, n’est toujours pas assuré d’une présence durable. Un nouveau plan de restauration de la population d’ours devrait être prochainement annoncé. Plus que jamais, un travail d’information sur le terrain et de sensibilisation des locaux et des touristes est nécessaire. Les habitants des Pyrénées jouent un rôle clé dans la préservation du plantigrade et sont en attente d’écoute et d’informations objectives sur l’ours. Des préjugés perdurent et il est nécessaire d’expliquer que l’ours d’origine slovène et l’ours d’origine pyrénéenne ne sont pas différents et que les Pyrénéens peuvent considérer l’ensemble des ours présents sur le massif pyrénéen comme une partie de leur patrimoine naturel et culturel.

Sacré Balou

Extrait : Dans un article « Villages de Quillan – L’ours Balou est de retour », l’Indépendant raconte que l’ours Balou est sorti de sa tanière et écrit à l’occasion que « en cette période de sortie des morilles, l’inquiétude est un peu de mise pour tous ceux qui fréquentent les forêts. » Ah ! La peur du sauvage ferait frissonner le touriste, le ventre noué, le dos humide de sueur froide ! Pourtant, d’une manière parfaitement contradictoire, (son auteur s’en est-il rendu compte ?) le même article stipule : « Dimanche dernier, quelques dizaines de vacanciers de Comus et des environs en ont profité pour aller voir les empreintes des pattes qu’il a laissées le matin même dans la neige. »

Le lynx dans les Alpes du Sud : le grand absent ou le grand discret ? Par Mathieu Krammer

Extrait : La même année, un début de psychose commença même à gagner la moyenne vallée du Verdon, quelques dizaines de kilomètres plus au nord, lorsqu’une habitante de Méailles (Alpes-de-Haute-Provence) posa le 12 août dans Nice-Matin, les avant-bras tailladés par un lynx qui l’aurait attaqué devant chez elle ! Pendant plusieurs jours, ces journaux firent leurs choux gras de cette « affaire », d’autant que les témoignages d’observation d’un ou deux lynx ou de tentes griffées dans le camping avoisinant commençaient à fleurir de ci de là dans la vallée ! Finalement, après enquête par la gendarmerie et par l’ONCFS, de fortes imprécisions sont apparues dans le témoignage de la « victime » et aucun élément n’a été relevé après investigations de terrain. La preuve de cette attaque ne fut jamais établie. Mais dans un contexte déjà tendu par le retour du loup dans les Alpes du Sud, le lynx aurait fort bien pu se passer de cette mauvaise « publicité » qui dépassa d’ailleurs les limites de la région… Article disponible en ligne

Parole d’ours 2009. Résumé de l’analyse des réponses au questionnaire. Par Stéphanie Michenaud

Extrait : La dimension « étranger » (67 occurrences) est évoquée deux fois moins souvent que « prédateur », même si nous ne pouvons l’occulter il est à rappeler que son importance est beaucoup moins significative que celle de « prédateur ». Continuer d’apporter des précisions sur le comportement de l’ours, écarter la possibilité d’apprentissages antérieures due à la proximité avec l’homme des ours de Slovénie pourraient éventuellement rassurer les habitants. La première question nous éclairait sur le fait que l’ours fait partie du patrimoine pyrénéen. Cette réponse est à relier avec le refus d’ours issu d’un « ailleurs », dès lors qu’il n’est pas pyrénéen « de naissance », les personnes pourraient ne pas l’intégrer au patrimoine de leur région.

Un volontariat pour le snow-tracking du loup dans la province d’Arezzo, Italie. Par Charlotte Kourgy

Extrait : La région est donc parfaitement adaptée à la présence de ce prédateur. La partie nord est montagneuse et sa surface est couverte à 66% par la forêt, majoritairement composée de feuillus (châtaigniers, chênes, hêtres, aulnes). Les zones urbaines ne représentent que 4%. Il y a 350km²  de zones protégées dont une partie du Parc national de la forêt de Casentinesi et 18 zones sans chasse. Les collines du sud sont quant à elles dominées par les champs cultivés (48% de la surface) et il n’existe que 65km² de petites zones protégées. Les zones urbaines représentent 8,2% de la surface. Ces différences expliquent aussi le fait que l’on trouve plus de loups dans la partie nord de la province.

Les ours naissaient libres et … Par Jean-Pierre Alet

Extrait :

Pour ton ourson, peu d’espoir,

Une immense tache noire

Dans sa mémoire.

Les humains, de longtemps, se sont organisés

Pour que certains d’entre eux prétendent s’opposer

Au sens de la justice et de la bonne foi,

A d’autres, mais toujours aux termes de leur loi.

Galerie « Des Bêtes et des Hommes »

Et toujours, les rubriques Brèves internationales, vie associative, la vie des réseaux…

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