Le lynx à l'agonie dans les Vosges

LYNX EUROPEEN ( Lynx lynx)

Photo © Stephan Bonneau

Communiqué FERUS / GEML, 19 février 2013.

LE LYNX A L’AGONIE DANS LES VOSGES

Nous l’annoncions il y a quelques semaines, l’avenir de la population de lynx dans les Vosges nous semblait être plus que préoccupante. Une étude menée pendant deux mois sur le Massif vosgien vient le confirmer.

Entre 1983 et 1993, 21 lynx issus des Carpates ont été réintroduits dans le massif vosgien. Seulement 10 animaux survivront pour fonder la population vosgienne avec 4 femelles et 6 mâles. La population de lynx arrive à se développer lentement pour atteindre une trentaine d’individus dans les années 2000.

En 2013, FERUS et le GEML estiment la population à moins de 5 individus.

Comment en est-on arrivé là ?

Le principal facteur de mortalité chez l’espèce Lynx lynx nous apparaît être lié au facteur humain, plus précisément au braconnage. Si seulement 10 cas de braconnage ont pu être répertoriés sur le massif vosgien, d’autres sont pressentis, notamment ces dernières années, mais par principe, il n’existe pas de chiffres officiels de ces actes illégaux.

Si l’on examine le tableau de naissances observées sur le Massif vosgien, on peut se rendre compte qu’entre 1992 et 2003, ce sont près de 58 jeunes lynx qui ont été observés par le réseau Lynx.

Où sont passés tous ces jeunes ?

– Collision routière : à ce jour, il n’y a qu’un seul cas connu de collision routière dans le massif vosgien alors que dans le Massif jurassien il y en a chaque année, ce qui ne peut pas expliquer la diminution des effectifs de lynx.

– Affaiblissement génétique : hypothèse liée au faible nombre d’individus fondateurs. Un tel phénomène ne peut pas se mesurer et être observé en si peu de temps.

– Braconnage : certains chasseurs portent des discours visant à la destruction illégale de l’animal. En Alsace-Moselle, le mode de chasse, seul à l’affût et au mirador à l’aube ou au crépuscule, est particulièrement propice au tir illicite.

Une inquiétude qui se confirme

Cet hiver, pour tenter de trouver la présence d’un ou plusieurs individus sur les Hautes-Vosges, l’ONCFS* et le CROC** ont mis en place une étude pendant 2 mois avec plus de 30 stations de pièges photographiques dans le cœur historique de l’aire de présence régulière du lynx soit un peu plus de 450km² de prospecter. Malheureusement, cette étude a fait « chou blanc ». En effet, aucun lynx détecté, de quoi alarmer le monde naturaliste et nous l’espérons, les instances dirigeantes.

Les prochaines années seront décisives dans l’avenir de la population. Le lynx boréal est en passe de disparaître du seul massif où il a été réintroduit dans le silence le plus total et dans l’indifférence quasi générale.

* Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage

** Carnivores Recherche Observation Communication

Nous demandons :

Afin de permettre la sauvegarde des populations de lynx, il nous apparaît indispensable de :

    Mettre en place un plan de restauration ambitieux au niveau national, prenant en compte les spécificités de chaque massif, dont le massif vosgien.

    Finaliser la mise en place des trames vertes et bleues afin qu’une réelle réflexion sur les corridors écologiques permette un échange entre les différents noyaux de populations. Cela est indispensable entre le Jura et les Vosges du Sud d’une part et d’autre part entre les Vosges moyennes et les Vosges du Nord, pour permettre une survie de la population vosgienne.

    Accentuer la sensibilisation autour de cette espèce afin que la population locale puisse s’approprier le sujet et mieux connaître l’animal. Dans cette optique, Ferus travaille à l’organisation de soirées-débats à thème, qui aura lieu dans les territoires où le lynx est présent.

    Accentuer les efforts contre le braconnage qui est le facteur le plus limitant au développement de cette espèce. En effet, la fragilisation de la population dans les Vosges est principalement due au braconnage. Nous souhaiterions que les instances dirigeantes du monde de la chasse se joignent à nos côtés pour dénoncer ce type de pratique et les condamner pour la survie de l’espèce.

    Soutenir de façon officielle et appuyer les réintroductions de lynx prévues dans le Palatinat allemand, qui communique avec les Vosges du Nord, pourraient, à terme, préparer une connexion naturelle entre les deux massifs.

Renforcer et consolider la population vosgienne. A cet effet, nous souhaitons rappeler que chaque année, des lynx orphelins ou blessés du Jura sont récupérés par le Centre Athénas et relâchés dans ce même massif, après consultation publique.

Pour rappel, 14 associations* lorraines et alsaciennes ont co-signé un communiqué montrant l’inquiétude du monde naturaliste sur la situation vosgienne.

*(Ferus, Parc Animalier de Sainte Croix, Groupe d’Etudes des Mammifères de Lorraine, Centre de Réintroduction des Loutres et des Cigognes, Sentinelle Nature Alsace, Vosges Ecologie, Zoo d’Amnéville, Lorraine Nature Environnement, Centre Athénas, Lorraine Association Nature, Oiseaux Nature, Sauvegarde Faune Sauvage, Les Piverts, Alsace Nature 68)

Lire aussi :

– Disparition imminente du lynx dans les Vosges : il y a urgence !

– Rendez-vous au ministère de l’Ecologie pour le lynx (document synthétisant nos propositions)

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