Parole d’ours 2011 : Carnet de terrain (1)

Parole d’ours 2011 : Carnet de terrain (1)

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Patrick Pappola, actuellement sur le terrain en  tant que bénévole pour l’édition 2011 de Parole d’ours, nous livre un récit jour après jour de ses aventures.

« C’est la troisième année que je participe à ce programme de Ferus auquel s’est associé Pays de l’Ours ADET. Cette année, je vous propose un compte-rendu de terrain quotidien ou presque selon nos activités et la disponibilité qu’elles permettent … ou pas! »

Voici son « carnet de terrain » pour la première semaine (son récit de la deuxième semaine est ici):

Jour 1 :  vallée d’Argelès jusqu’au lac d’Estaing

Ce matin, nous avons commencé par distribuer nos documents sur l’ours aux commerces et dans tous les lieux intéressants d’Argelès. Il s’agissait surtout de renouveller les stocks car le groupe y était déjà passé les semaines précédentes. L’accueil est toujours aussi bon, notre passage suscite beaucoup de discussions autant avec les commerçants qu’avec les autres habitants ou avec les vacanciers. Les gens sont toujours en attente de données fiables sur l’ours et notre discours les intéresse beaucoup à ce titre. Cela nous permet aussi de préciser certaines informations comme par exemple, le fait que la vingtaine d’ours présente dans les Pyrénées n’a prédaté l’an dernier « que » 167 brebis sur les 20 à 30 000 minimum qui disparaissent dans le massif chaque année pour des raisons totalement étrangères à l’ours. Certains commerçants sont préoccupés par le coût de l’ours, nous avons donc à rétablir certaines réalités à ce sujet.

Nous découvrons aussi des représentations stupéfiantes que se font certaines personnes qui pensent par exemple que les ronces, le retour de la forêt expliquent que depuis quelques années « le climat de la vallée est beaucoup plus humide et couvert en été »… à travers l’ours, cela permet de parler du réchauffement climatique et d’échanger sur des bases moins farfelues.

Arrivés au lac d’Estaing, nous échangeons avec les commerçants établis sur le site, avec les touristes, avec les loueurs de chevaux et en redescendant, nous nous arrêtons dans les différents hotels, retaurants, campings et commerces rencontrés. A chaque fois, les échanges sont fructueux et souvent savoureux ! La plupart acceptent volontiers notre documentation et notre grande affiche « Bienvenue au Pays de l’Ours ». Les très rares qui refusent (à mon avis, bien moins de 10%) le font parcequ’ils disent avoir peur de représailles de la part des anti-ours ! Petit passage à St-Savin où Franska avait réagi en bon ours pyrénéen en allant jusqu’au village visiter les poubelles d’un restaurant… l’une des meilleures tables du département ! Le propriétaire en garde un souvenir souriant, il a même conservé un moulage d’empreinte de l’ourse. Nous terminons la journée par des questionnaires réalisés auprès des visiteurs du parc animalier où l’ours figure en affiche de 2X2m comme enseigne de l’établissement.

Bilan de la journée plus que positif, nous avons même trouvé un établissement prêt à rejoindre la charte du Pays de l’Ours. Mes connaissances des villages et sites naturels de la vallée ont augmenté grâce à cette tournée à proximité de la nature : pendant notre repas au lac, nous avons pu observer des vautours et de près, un superbe Circaëte jean le blanc en train de chasser sa pitance.

Comme chaque année, la présence de l’animateur « Parole d’Ours » au sein du groupe permet à tous les participants de bénéficier de ses connaissances fines du terrain pyrénéen (c’est là qu’il vit) et de la problématique montagnarde globale liée à l’ours : nos dicussions sont toujours très enrichissantes et même si je connais assez bien le sujet, j’en apprends chaque année un peu plus sur le territoire et sur les différents acteurs en relation avec la question de l’ours.

Jour 2 : étape pyrénéenne du Tour de France, le COL DU SOULOR (65)

Ce matin, nous partons pour le col du Soulor, l’un des points forts de l’étape du jour : nous serons sur la ligne du col, à l’endroit même où les cyclistes basculent de la montée à la descente. Sur site, le public est déjà présent, nous sommes parvenus à passer avant la fermeture de la route par la gendarmerie, nous serons donc bien placés.

Deux objectifs : diffuser les documents informatifs sur l’ours, proposer des questionnaires au public présent mais aussi, montrer sur place et aux caméras que l’ours et les Pyrénées forment une belle association : c’est un couple naturel ! Nous disposons pour cela d’un gros ours assis haut de près d’1,70 mètres et d’un déguisement d’ours complet que l’un d’entre nous enfilera aux moments importants de la journée. L’arrivée du gros ours fait sensation : les gens sourient, rient, crient de joie, goguenards : « Eh, l’ours ! Il est là ! ».

Toute la journée, des dizaines de familles voire de coureurs cyclistes amateurs, viendront poser spontanément pour se faire photographier à côté de l’ours! La foule est là et chaque déplacement de l’ours (déguisement) crée une ambiance positive voire rigolarde, c’est pratique pour proposer de la documentation sur l’ours et pour aller plus loins avec les personnes d’accord pour le petit questionnaire. Là encore, c’est l’occasion d’informer : oui l’ours est bien végétarien à 60-90 %, mais non il ne suit pas les randonneurs pour manger leur casse-croute … Avec les pyrénéens (il y en a autant que de touristes contrairement aux idées reçues !), on approfondit souvent sur le pastoralisme, le seuil de population d’ours viable, l’origine des ours…

Petit bémol pour garder à l’esprit qu’il ne faut pas faiblir : le véhicule de la DDE passe pour veiller à ce qu’il n’y ait pas d’obstacle sur la chaussée, le chauffeur estampillé « Hautes Pyrénées » s’arrête devant notre banderoll »Les Pyrénées avec l’ours » et commence à nous expliquer qu’il faut enlever cette banderolle parce que… « elle risque de s’envoler sur un cycliste, vous vous rendez compte du vent qui peut se lever ici au Col ? » Hum… bizarre, il y a juste à côté les banderolles de revendication des agriculteurs et… personne ne leur dit rien ! On explique qu’on tiendra la banderolle bien fort si jamais le vent se lève (il n’ya pas le moindre souffle !) et l’un d’entre nous lui demande s’il va s’adresser de la même façon aux agriculteurs. Alors l’employé DDE nous explique qu’il n’est pas contre nous, qu’il fait juste son travail, qu’on met les cyclistes en danger…etc… Nous, ça nous fait plutot rire même si nous ne sommes pas dupes et que nous avons bien raison comme vous allez le voir.

La journée se poursuit bon enfant, de temps à autre un vautour percnoptère fend le ciel lentement au-dessus de nos têtes.

Puis un anti-ours rondouillard estampillé « Harley Davidson », la soixantaine, lunettes de soleil, s’approche de nous avec son acolyte à casquette et nous explique que l’on n’est pas ici chez nous, qu’on ferait mieux de descendre dans la vallée ou là, tout le monde est anti-ours. Je lui réponds « C’est faux, vous ne représentez pas votre vallée et tout le monde n’y est pas anti-ours, loin de là, on le sait bien puisqu’on en vient ! ». Alors le motard outragé me renvoie vers un collègue qu’il pointe du doigt à 30 mètres de là : demandez lui à lui ce qu’il pense de l’ours. Et il se met à rigoler (sous-entendu, « c’est un collègue un anti lui aussi »). Surprise (vraiment ?) : il s’agit de notre agent DDE zélé qui a tenté de nous faire enlever la banderolle ce matin. CQFD !

Nous poursuivons notre travail d’information, les gens viennent nous demander des auto-collants « Pyrénées Pays de l’Ours » pour leurs enfants, un gendarme nous envoie un centre aéré de 50 enfants pour qu’on leur parle de l’ours !

Petite altercation avec un pompier qui nous annonce que l’ours « l’emmerde » ! Que tout ça, c’est « des conneries d’écolos de Greenpeace ». Pour lui, nous sommes Greenpeace et comme la France aurait ouvert son marché à l’agneau néo-zélandais pour obtenir la libération de ses deux agents militaires pris la main dans le sac après l’attentat d’Auckland, nous sommes responsables. Comprenne qui pourra et mieux vaut rire d’autant de bêtise nos concernant ! On parlementera longtemps avec cette personne qui ne nous laisse pourtant pas placer un mot et enchaîne les idées reçues. Nous serons obligés de terminer là avec lui lorsqu’on abordera la mort du photographe portugais Fernando Pereira lors de l’attentat du Rainbow-Warrior perpétré par nos services secrets : notre pompier anti-ours s’énerve en disait qu’il fallait mettre d’autre bombes sous les bateaux de Greenpeace concluant par un « je m’en fout des morts, j’en ramasse toutes les semaines ». Ce à quoi je lui ai fait remarquer que ce n’était pas un joli discours pour un pompier.

Dans l’après-midi, discussion sereine avec les producteurs de fromage vendant au col : ils savent de quoi ils parlent et apprécient de constater que… nous aussi !

Par rapport aux centaines de personnes rencontrées ce jour là, 3 ou 4 anti-ours virulents donnent bien la proportion du phénomène. Car phénomène il y a ! En effet, ce jour là, la caravane publicitaire passant dans une zone naturelle, elle avait pour consigne de ne pas jeter de gadgets sur la foule en passant au Soulor. Cette décision a déclenché une fronde chez de nombreux spectateurs. Nous n’avons pas été étonnés de constater que l’une des personnes les plus virulentes se mettant à hurler des insultes à chaque passage des véhicules de la caravane était l’un des anti-ours décrit ci-dessus…

Plus amusant, les gendarmes : ceux d’entre eux qui étaient au moins quinquagénnaires en tout cas, sont venus l’un après l’autre nous demander des auto-collants nous confiant le nombre de petits enfants  qu’ils avaient pour en avoir au moins un chacun. Cela nous a là aussi permis de parler « ours  » de façon circonstanciée si j’ose dire!

Nous sommes rentrés par de petites routes de montagne pour éviter les embouteillages du retour, nous avions tous le sentiment du travail bien fait et celui d’avoir assisté au spectacle vraiment étonnant de la foule venue voir le Tour.

Ce jour là, l’ours aura été présent en toute légitimité, la connaissance que le public peut avoir de lui aura avancé et… cerise sur le gâteau : nos ours sont apparus à l’écran car ils ont été filmés par les reporters de France-Télévision comme nous le confirmera une personne le lendemain au Col du Portet d’Aspet.

Jour 3 : étape pyrénéenne du Tour de France, le COL DE PORTET D’ASPET (31)

Après une nuit réparatrice, nous voilà partis pour une deuxième journée sut le Tour avec la dernière étape entièrement pyrénéenne : St-Gaudens-plateau de Beille. Nous formons un belle équipe car des bénévoles sont venus en renfort pour le Tour et nous avons le plaisir depuis la veille de partager notre travail de terrain avec une adhérente de Ferus et avec un membre du forum de Pays de l’ours-ADET.

Parole d’Ours permet aussi de rassembler des personnes d’horizons très différents, des personnalités variées et de tout âge autour d’un objectif commun : affirmer et prouver que l’ours a sa place et toute sa place dans les Pyrénées. Cette fois, contrairement au Soulor, les coureurs passent le matin. Nous nous plaçons là encore à un endroit stratégique pour être vus de tous. Les gens sont déjà en place, beaucoup ont déplié leur table et chaise et lisent le journal local, calmement. Le déballage de nos ours suscite là encore beaucoup de rires et de sourires. Notre ours mobile (déguisement) sera énormément sollicité pour que être photographié à ses côtés.

Nous diffusons des centaines de documents à un public que est disponible pour lire et dialoguer avec nous. Les questions fusent, l’intérêt est palpable là encore, la curiosité sur le sujet est forte. Nous aurons droit ici aussi à 3 ou 4 opposants (qui ont choisi l’humour macho cette fois… et s’y sont cassés les dents à plusieurs reprises devant la répartie sans faille de l’une d’entre nous) … mais il ne s’agit que de seulement 3 ou 4 opposants sur des centaines de personnes favorables et agréables.

Et n’oublions pas, nous l’avons bien constaté ces deux jours, le public du Tour est constitué de très nombreux pyrénéens (au moins la moitié des personnes présentes).

Des spectateurs nous proposent de lire leur journal car on y parle de l’ourson trouvé mort à St-Lary en Ariège. C’est l’occasion pour nous de revenir sur la biologie de l’ours, sur le taux de mortalité élévé chez les jeunes (50% avant un an).

Nous terminons l’après-midi autour d’un pot commun à la terrasse ombragée du café du coin et non sans avoir acheté des pots de confiture maison à un producteur local qui fait aussi du fromage de brebis et de vache… et avec lequel nous avons pu parler ours sereinement : il a apposé l’auto-collant « Pyrénées Pays de l’Ours » sur la caisse posée sur son comptoir !

Petit plaisir du jour : un adhérent nous appelle pour nous dire qu’il a aperçu à l’écran que nous étions sur le Tour avec nos ours. La mission est accomplie en ce qui concerne le Tour.

On s’offre un dernier petit clin d’oeil : on descendra dans notre camionette en plaçant l’ours géant de telle sorte qu’il dépasse de la fenêtre avant en saluant le public de la patte une dernière fois. Là encore, le dispositif fait sensation et suscite un amusement bon enfant.

Demain, c’est dimanche (J4), nous restons au gîte fort agréable qui nous accueille avec au programme, jeu de rôle pour affiner nos capacités à argumenter sur la question de l’ours, visite de certaines curiosités locales et saisie informatique des questionnaires passés au public ces trois derniers jours.

Jour 5 :  Au pays des « arbres magiques » sur les traces de l’ours des Pyrénées…

Après tout ce travail abattu depuis « J1 », le temps du réconfort est de retour : une fois par semaine, les bénévoles de « Parole d’Ours » ont la possibilité de partager … le quotidien de l’ours ! Aujourd’hui, nous partons dans un massif des Pyrénées centrales où il a établi son domaine… ou plutôt, où il l’a retrouvé après la période critique des années 80…

Nous sommes chanceux : notre guide aujourd’hui est la personne même qui a découvert les traces de la femelle suitée de son ourson à St-Lary… inutile de vous dire que nous lui avons posé de nombreuses questions à ce sujet ! Il est encore tôt ce matin, nous garons nos véhicules en bout de piste et profitons du calme pour entamer les pains au chocolat achetés à la boulangerie du village : une belle montée nous attend.

Quelques explications sur le parcours du jour et notre équipée démarre. Le sentier est d’abord forestier : superbe forêt mâture avec son bois mort sur place, ses guirlandes de lichen et ses nombreux champignons : ici,  la biodiversité est reine. Nous commençons d’ailleurs par apercevoir un bel isard mâle en lisière. Un peu plus tard, ce sera au tour de quatre biches accompagnant un faon au pelage encore constellé de gros points blancs. Ils nous regardent, continuent paisiblement leurs activités alimentaires.

Toujours en forêt, une grosse crotte trahissant un festin de myrtilles est posée sur une pierre comme pour nous indiquer une piste ! Notre guide s’arrête, la jauge, nous en discutons : c’est beaucoup trop gros pour provenir d’un renard. Alors il la ramasse avec les précautions d’usage et la place dans un bocal pour la rapporter auprès de l' »Equipe Ours » (ce n’est plus l’ETO) qui en fera une analyse génétique permettant à chacun d’en savoir davantage. Inutile de dire que nos regards ne sont pas dirigés vers le ciel mais que nous scrutons tous le sol fortement détrempé à la recherche de quelques traces du plantigrade…

Finalement, nous arrivons sur une placette forestière balisée par de très vieux arbres où nous découvrons, toujours grâce à notre guide, des griffades : ce sont des arbres que les ours fréquentent sans que l’on sache vraiment pourquoi, pas de ces arbres où l’on fixe un piège à poils grillagé ou sur lesquels on répand divers effluents réputés attirés l’ours, non, des arbres sans aucun artifice mais… ils attirent l’ours et les autres non. Les pisteurs locaux appelle cela des « arbres magiques ». En effet ! On peut aussi y trouver aussi des poils d’ours accrochés au branches basses ou à l’écorce.

De temps à autre, nous sortons de la forêt, avec l’heure qui avance, voici maintenant le premier vautour fauve qui nous survole en glissant si facilement d’un val à l’autre. J’espère qu’il est consicent du bonheur qui est le sien pendant que nous nous échinons, les pieds trempés à remonter le sentier.

Apparait alors une silouhette de vautour un peu différente, plus grande, à queue en forme de plume (cunéiforme) : aucun doute, c’est le gypaète barbu. Il nous survolera lui aussi malgré la brume qui monte et commence à s’accrocher aux sommets. L’observation en vaut la peine : il repasse tout près de nous au point d’apercevoir clairement sa barbe. Superbe voilier.

Nous coupons ensuite plusieurs ruisseaux dont les rives sont couvertes de fleurs, notamment, les fameuses carnivores : la grassette et la drosera. Un tapis d’une variété de lys jaune et minuscules est déroulé au-dessus de la petite cascade. Nous jumelons toujours et encore les versants, la magie pyrénéenne opère : à chaque instant, nous pouvons avoir la chance d’apercevoir l’ours en son domaine. Nous nous sentons ici chez lui. Déjeuner à la cabane, un peu plus haut, l’installation d’estive d’une éleveuse qui s’est organisée pour cohabiter avec l’ours. La sortie touche à sa fin, notre guide très pro du début à la fin, était accompagné d’un stagiaire qui nous a avoué qu’il faisait là « le stage rêvé » au Pays de l’Ours ! La présence de l’ours permet aussi à ce métier de guide accompagnateur d’enrichir l’éventail d’activités proposées : il s’agit d’emplois en montagne et d’emplois non délocalisables!

Si je dis que notre guide est excellent, c’est d’abord parce qu’il sait nous mener où il faut et sans risque de déranger un ours, mais aussi, parcequ’il sait adapter son discours et l’activité proposée à la diversité des bénévoles constituant le groupe. On nous propose alors une rencontre avec l’éléveuse justement mentionnée ci-dessus. Nous sommes ravis à cette idée que nous acceptons bien volontiers.

Retour aux véhicules, nous redescendons vers le village et stoppons devant une ferme où nous sommes accuillis par deux ravissantes boules de neige à truffes : deux chiots patous aussi atendrissants que de véritables peluches ! Les parents veillent majestueusement un peu plus haut.

L’éleveuse nous explique son exploitation : brebis et surtout vaches. Viande uniquement. Elle travaille beaucoup pour la race patou, elle en a même placé un en… Martinique (pour protéger contre les renards) et un autre… auprès d’un éleveur de… fraises ! Ne riez pas : c’est vrai et c’était pour lutter contre les vols car… la patou protège aussi des bipèdes mal intentionnés… Hormis ces anecdotes, les autres ont bien été placés et notre éléveuse s’applique à participer à la valorisation du chien patou et à la sélection des individus les plus adaptés pour la protection des troupeaux. Elle joue un rôle important pour cette filière.

S’ensuit une heure de discussion sur l’avenir de l’ours, l’avenir du pastoralisme (les deux risquent de disparaître), sur les carences de l’Etat en ce qui concerne l’accompagnement des projets pilotes liés à la cohabitation avec l’ours, sur les convergences et divergences avec les associations pro-ours. Nous imaginons des collaborations possibles… bref, nous passons une heure passionnante à échanger et à refaire le monde… des idées ont germé ! Et si vous voulez savoir exactement ce que l’on s’est dit, venez à Parole d’Ours

Nous repartons en achetant les produits de cette éléveuse : viande de haute qualité élevée en estive… sur le domaine partagé avec l’ours ! Petite remarque pratique à ce sujet : cette année, la totalité des frais de nourriture des bénévoles est prise en charge par le programme « Parole d’Ours ».

Je fais un voeu ce soir en regardant justement vers la Grande Ourse : puissent la majorité des éleveurs rejoindre l’état d’esprit de celle qui vient de nous donner une heure de son temps précieux ! Un modèle d’intelligence, de dynamisme et d’humanité, mais aussi, de radicalité et de volonté : c’est à ce prix que le pastoralisme et l’ours auront un vrai avenir dans les Pyrénées !

JOUR 6 : Gens des villes, gens des montagnes…

PAU

Aujourd’hui, escale technique à Pau pour notre véhicule « Parole d’Ours » qui a eu besoin d’un petit réglage mécanique programmé de longue date. La pluie, par vagues successives est au rendez-vous… L’affaire réglée, nous rejoignons rapidement le centre ville où nous mettons en place la distribution des documents auprès de commerces ciblées : il serait inutile de tous les pourvoir de nos dépliants informatifs sur l’ours.

Nous commençons par engager une discussion nourrie avec le responsable de « La Librairie des Pyrénées » : un rayon important est consacré aux ouvrages sur l’ours, on y trouve même un livre de François Merlet ou… d’Alain Reynes puisque ce dernier est avec nous aujourd’hui sur « Parole d’Ours ». Au gré des averses, nous abreuvons les commerces, cafés, hotels ou les lieux culturels de notre matériel informatif. Pas évident de trancher pour un commerce ou un autre ! Quand nous voyons la vitrine d’un marchand de peluche garnie d’un magnifique ours brun de plus d’1m.80, nous n’hésitons pas : « enfin des brochures intéressantes à proposer aux clients » s’exclame la vendeuse !

Nous passons devant la rue du FIEP : peut-être pourrons nous y passer après notre travail de distribution.

De nombreux palois se sont montrés fort intéressés par l’ours, néanmoins, notre présence surprend un peu car… nous sommes en ville et le Boulevard des Pyrénées a beau offrir l’une des plus belle vue sur la cordillière ursine, les ours sont loin ! En majorité, nous rencontrons une sorte d’indifférence bienveillante à l’égard de l’animal. Paradoxalement, nous constatons que ce sont surtout les Pyrénéens « de la  montagne » qui s’intéressent au plantigrade… L’ours est bien affaire de montagnards et non pas de citadins contrairement à ce qu’essaie de laisser croire « l’intelligensia » anti-ours !

Nous déjeunons avec Sabine, responsable ours de Ferus et Alain, directeur de Pays de l’Ours ADET. Franchement, vous vous demandez de quoi nous avons parlé ? Oui, mais de passé, de présent, et d’avenir. Encore une fois, nous apprenons tant !

L’après midi se poursuit au rythme des lames de pluie espacées d’éclaircies-éclair.

CAUTERETS

Nous filons ensuite vers Cauterets dans les Hautes-Pyrénées : l’association Altaïr Nature y projette en avant première son film, « L’ours, une Histoire d’Homme« . Nous allons y rencontrer et discuter avec l’un des réalisateurs, « Parole d’Ours » sert aussi à cela : tisser des liens entre nous tous pour renforcer nos actions, nos réflexions. Les gens semblent intéressés et l’affluence nous le prouve : 30 minutes avant la projection, ils convergent déjà vers le cinéma-casino. Avec 130 personnes, c’est salle comble ! Le film dure 52 minutes et on ne les voit pas passer : les images des Pyrénées, des Abruzzes et de Slovénie s’enchaînent avec des séquences animalières de qualité où l’ours tient la place centrale. Mais il n’y est pas seul. Les interviews sont passionnantes, qu’il s’agisse de celle d’un chasseur en zone à ours, d’un chercheur du CNRS ou d’un forestier. Une séquence montre un moment de « Parole d’Ours’ à Etsaut en 2010… et pour cause : Frantz, le réalisateur, a encadré le programme deux ans d’affilée, en 2009 et 2010, et c’est fort de cette expérience qu’il a pu brosser un tableau complet de la perceptions de l’ours par les pyrénéens. Franchement ? Je suis heureux que « Parole d’Ours » ait sa place dans un film de cette qualité.

Ce film est déjà pour moi un incontournable, un document indispensable sur l’ours en ce qui concerne deux choses : sa dimension européenne dans la manière comparée dont il est vécu dans les Pyrénées, dans les Abruzzes italiennes et en Slovénie, et pour les témoignages prouvant combien l’ours est au coeur dupatrimoine culturel pyrénéen. Aller voir ce film est un devoir ! (de même que rejoindre « Parole d’Ours » à votre tour)

Le débat qui a suivi a été une fois de plus magistralement mené par Frantz et il a permis de revenir sur certains points comme celui du coût de l’ours, de la concertation, des moyens de protection des troupeau et de dizaines d’autres sujets liés au film. Je garde de cette séance le souvenir d’une dame pyrénéenne qui se lève de son siège à un certain moment en criant :  » Il faut des ours dans les Pyrénées ! L’ours, il a sa place dans les Pyrénées, on veut des ours ! ». Dont acte.

JOUR 7 : « Petit, j’ai mangé de l’ours tous les ans ! »

Aujourd’hui, nous filons sur Luchon, et même un peu fatigués par la soirée tardive de la veille, nous restons plus motivés que jamais. Sur place, nous commençons par proposer le questionnaire « Parole d’Ours » aux personnes présentes sur le marché, nous remplissons une quinzaine de questionnaires en une heure ! Que de curiosité pour tout ce que l’on peut dire concernant « Lou Moussu » ! Combien il y en a, où est-il, peut-on le rencontrer sur les chemins… Voilà des questions typiques de vacanciers. Les slovènes sont-ils plus agressifs, mangent-ils plus de brebis ques les pyrénéens de souche, quand y aura-t-il un prochain lâcher… Voilà des questions plus fréquentes chez les gens des Pyrénées.

Un grand-père passe devant moi, je l’apostrophe poliment : Monsieur, vous voulez répondre à quelques questions sur l’ours ? Et le monsieur de m’engueuler vertement « J’ai pas le temps, je suis pour l’ours moi, je suis favorable à l’ours ! ». Mais oui : ce monsieur pensait que j’étais là pour débiter ma haine de l’ours, que j’étais un « anti » ! Un fois rassuré sur mes intentions, il accepte de me répondre : c’est un luchonnais de 87 ans, il me raconte : « petit, l’ours était chassé, j’ai mangé de l’ours. J’en ai mangé tous les jours, euh… enfin… tous les ans plutôt ! En civet. Maman utilisait ensuite la graisse de l’ours pour protéger nos chaussures de montagne en gros cuir ! ».

Midi arrive : nous nous fournissons sur le marché pour le repas du jour et pour les courses des jours à venir. Ensuite, cap sur l’Hospice de France pour y pique-niquer et surtout, pour une distribution de documents aux randonneurs : nous allons cibler davantage en diffusant les documents sur la rencontre avec un patou et sur la rencontre avec… un ours ! Les discussions sont fructueuses et stimulantes ! Alors, comment réagir face à l’ours ? J’utilise abondamment l’histoire béarnaise pleine de bon sens en réalité : si tu rencontres un ours, arrête-toi, écarte-toi de son passage, sois bien poli avec lui et dis-lui en béarnais : « Bonjour Monsieur l’ours, comment allez vous aujourd’hui, vous avez passé une bonne journée ? ». En résumé : on s’arrête (ou on recule), on signale calmement sa présence en parlant, on n’obstrue pas sa possibilité de fuite : exactement le comportement requis face à l’animal et… ce n’est pas un « fonctionnaire parisien » qui l’a inventé mais des Pyrénéens de l’Ouest de la chaine, des gens habitués à cotoyer l’ours, tout simplement.

Et si le secret était là : parler simplement des choses. Avec passion -il en faut pour faire ce que nous faisons- mais simplement et … sans être simplistes. Peu à peu, c’est ce vers quoi nous essayons d’aller au fil des jours : nous faisons tous des progrès en échangeant avec les gens.

Me concernant, sur toute une journée, 3 personnes ont refusé ou se sont montrées hostiles à nos documents : un jeune garçon d’une quinzaine d’années qui, à la vue de notre véhicule dit sèchement à sa mère : « On prend pas, on est contre l’ours ! »  Et il repart en courant vers les travaux où il s’atelait rendant tout dialogue impossible et obligeant sa mère à nous rendre les documents qu’elle avait, elle, acceptés.

Et deux personnes avec lesquelles la discussion a néanmoins été intéressante et qui ont été sensibles à nos arguments : l’une avait eu très peur en tombant sur une femelle et deux oursons lors d’une partie de chasse et l’autre qui a une grange en altitude et a peur, elle, pour ses enfants. La première convient finalement que l’ours est aussi un animal qui a sa place « dans la nature », comme les cerfs, les sangliers ou les chevreuils qu’elle aime tant cotoyer dans le cadre de la chasse.

La seconde personne écoute quand je lui dis qu’ailleurs dans les Pyrénées, là où il y a toujours eu des ours, on n’a jamais eu réellement peur qu’il n’attaque des enfants. Elle finit par accepter les dépliants sur l’ours dans son commerce très « montagne » pourtant… mais elle reste persuadée que l’ours slovène est plus menaçant envers l’homme. Il reste encore du boulot à faire sur le terrain, c’est certain !

La suite au prochain épisode!

Lire aussi : Parole d’ours : carnet de terrain (2)

Tout savoir sur Parole d’ours ICI.

6 commentaires sur “Parole d’ours 2011 : Carnet de terrain (1)”

Tout d’abord bravo pour ce que vous faites, on a besoins de gens comme vous qui s’investissent, avec autant de professionnalisme pour défendre des animaux qui en ont bien besoins.
Votre récit montre bien que les idées négatives sont bien encrées dans la mentalité des gens (ruraux) et ce qui m’inquiète est la réaction de ce jeune homme, qui a déja une vision d’un autre age, alors que justement a son age il devrait avoir l’espris ouvert.
Ces idées lui viennent certainement d’un père du genre que vous avez rencontré sur les routes du tour de france, peut être est il le fils de l’agent de la DDE ou du faux motard américain.
Pouvons nous compter sur la nouvelle génération pour changer ces mentalités ?
Espérons le, mais c’est pas sûr !!!

et les moutons donc
y a t il une association qui les protège? , ou bien ils ne comptent pas …….les moutons
on compte les loups 200 environs et les moutons on ne les compte pas , c est rien , quantité négligeable

A B S U R D E

QUAND ON AIME LES BÊTES ON LES AIME TOUTES PAS VRAI

CHACUNE A SA NOBLESSE

Bonsoir

je suis bien placée pour pouvoir dire que l’on peut militer pour la cause des grands prédateurs en France tout en soutenant depuis de très nombreuses années la protection mondiale des animaux de ferme donc merci avant tout commentaire de ce genre de prendre le temps de bien approfondir le sujet du bien-être des animaux de ferme.

Merci de prendre notamment le temps de rendre visite au site http://www.pmaf.org et de relayer l’information sur le programme Vigiferme pour le bien-être de l’animal et de l’éleveur : http://pmaf.org/s-informer/nos-campagnes/maltraitance.html

A chacun sa noblesse en effet avec tout le respect que je vous dois.

Bonne soirée

Sabine Matraire
Coordinatrice ours de FERUS

Il y a bien des associations pastorales, oui, mais leur corebusiness n’est pas de protéger les moutons : ils les abandonnent en espérant qu’ils prennent des kilos, pas de mouches, pas d’éclairs. Ils protègent leur portefeuille. Protéger les moutons, c’est le devoir des bergers, mais les bergers, ça coûte, alors il n’y en a plus guère.

De 25000 à 35000 moutons meurent chaque année en estives, pour des causes diverses : manque de soin, d’entretien, mouches pondeuses, chien errants, chutes, comportements grégaires… Avec des bergers et des chiens, il serait possible de diminuer ce chiffre de 5 à 10.000. Mais pour les éleveurs, les moutons sont des quantités négligeables, sauf pour obtenir des primes?

Moi j’aime les ours et les brebis. Et mes brebis, je les soigne, je les rentre, je les surveille…
Honte aux associations pastorales qui s’occupent plus de communiquer dans la presse que de s’occuper de leurs bêtes.

Je pense que les prédateurs sont plus en danger de disparition que les moutons.
N’oublions pas que le mouton est une espèce crée par l’homme pour son alimentation, et finira de toute façon dans un abbatoir, donc dans notre assiette.
C’est la raison pour laquelle, je m’interresse plus aux prédateurs, qu’aux moutons.
Mais effectivement, ce n’est pas pour autant que nous devons mépriser le mouton et les éleveurs, mais il faut que ceux ci respectent aussi la nature et les prédateurs font partie de cette nature, sauvage, que nous apprécions tous (ruraux).


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