Une sorte de loup ? Un loup-garou ? Le lycaon

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Lycaons. Photo Elsa Bussière

Une sorte de loup ? Un loup-garou ? Le lycaon. Par Elsa Bussière

Article paru dans la Gazette des grands prédateurs n°57 (septembre 2015)

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Un casse-tête pour les naturalistes du 18è siècle

1820, aux Pays Bas. Coenraad Jacob Temminck, aristocrate et zoologiste hollandais, reçoit à son cabinet la dépouille d’un animal africain fort mystérieux. Il avait déjà eu la chance d’en observer un, vivant, chez William John Burchell, un voyageur et naturaliste anglais qui, à l’orée du dix-neuvième siècle, parcourait les immensités brûlantes de la colonie du Cap à l’extrémité de l’Afrique, pour y collecter des espèces animales et végétales encore inconnues. Mais cette fois-ci, Temminck se voit offrir une opportunité extraordinaire, celle d’étudier un grand prédateur encore jamais décrit par la communauté scientifique et naturaliste. Mais voilà, ce nouveau spécimen est un casse-tête, est-ce une hyène, un loup ou bien un chien sauvage ? Temminck décrit l’animal avec précision et dénomme cette nouvelle espèce Hyaena picta, l’hyène peinte. Il écrit : « l’animal […] avait seulement quatre doigts aux pieds de devant […], caractère qui, joint à la denture et à la poche glanduleuse observées dans mon individu, ne laissait aucun doute que le carnassier en question ne pouvait [pas] appartenir au genre Canis ».

Mais sa conclusion est incorrecte. En effet, au premier abord, tout pouvait laisser Temminck penser que ce spécimen appartenait au genre Hyaena1, puisqu’à l’époque les critères d’appartenance à ce genre étaient : une langue rude, une poche profonde et glanduleuse sous l’anus et surtout, non pas cinq mais bien quatre doigts aux pattes avant.

Mais en prêtant attention aux traits comportementaux de l’animal, les choses se compliquent. Toujours à cette époque, on considère que les hyènes « se cachent pendant le jour et ne vont à la quête pour leur subsistance que la nuit, isolément ou seulement par paire2». Ce comportement est bien différent de celui observé chez l’hyène peinte, ce qui oblige Temminck à exprimer son tiraillement : « Je tiens de M. Burchell, que cette [hyène peinte] vit toujours en troupes assez nombreuses, qu’elle poursuit sa proie en plein jour, et que leur chasse paraît s’exécuter avec une sorte d’entente et d’accord : manière de vivre différente des celles des deux autres hyènes ». Malgré cela, Temminck restera fermement sur sa première analyse et c’est l’absence de cinquième doigt aux pattes avant qui aura le dernier mot.

Le nom d’hyène peinte n’existera guère longtemps puisqu’au cours de la même année, un autre spécimen prélevé au Cap relance le débat. L’absence de cinquième doigt soulève toujours des interrogations, mais des études approfondies de la denture et du tarse (ensemble de sept os de la patte) remettent en question les conclusions du naturaliste. Voilà que l’espèce quitte le genre Hyaena pour le genre Canis ; elle se dénomme alors Canis pictus, le loup peint.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Pour Joshua Brookes, médecin et naturaliste anglais, l’espèce n’appartient ni au genre Canis, bien que l’ensemble du squelette ressemble étrangement à celui du chien, ni au genre Hyaena, malgré quelques ressemblances évidentes avec les hyènes déjà décrites à l’époque. Enfin, le caractère moral de cet animal ressemble étonnamment à celui du loup. J. Brookes en conclut qu’il est nécessaire de créer un nouveau genre pour cette espèce, le genre lycaon qui en grec ancien (λυκάων) signifie « sorte de loup ».

 

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