La Gazette des grands prédateurs n° 64 (juin 2017)

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Éditorial 64

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Éditorial par Patrick Leyrissoux

Le gouffre, le parapluie et le bipède

Nous sommes au bord d’un gouffre.

D’après le WWF, les effectifs des vertébrés ont fondu de 58% depuis 1970. Les scientifiques montrent que le rythme de disparition des espèces est 100 à 1000 fois plus rapide que la normale, et que nous avons entamé la 6ème grande crise d’extinction massive depuis 540 millions d’années.

Face à ce constat désespérant, la protection de nos grands prédateurs est une résistance indispensable.

Mais certains nous diront « oui mais pourquoi les grands prédateurs, alors qu’il y a tant d’espèces à protéger ? ».

Justement, ils sont parmi les plus menacés dans le monde de part leurs effectifs et leur prolificité naturellement plus faible que les herbivores, et du fait des conflits avec nos sociétés humaines.

Et ils sont des espèces parapluie. Pas seulement au sens où on l’entend habituellement, mais aussi au sens de notre vision du monde, nous, l’espèce Homo sapiens.

C’est notre vision du monde depuis le néolithique qui nous a amené au bord du gouffre. Il s’agirait alors de remettre en cause 6 000 à 10 000 ans d’anthropocentrisme. Rien que ça…

Nous ne sommes pas propriétaires de la planète, mais seulement des locataires indélicats. Il est vital, vital pour la vie sur Terre, que nous adoptions un autre angle de vision, un autre paradigme, « une autre façon de voir la même chose » comme l’a si justement formulé Fabrice Nicolino.

Contrairement à ce que certains voudraient nous faire dire, il ne s’agit pas de revenir au temps d’avant le néolithique. A 7 milliards de bipèdes, ce n’est pas possible. Mais d’infléchir notre course, penser un monde où nos colocataires sur Terre – qui sont nos frères, nos cousins – y auraient toute leur place, où nous n’aurions pas à « gérer » chaque mètre carré.

C’est là que nos grands prédateurs interviennent. Car ils cristallisent ces vieux conflits issus de cette vision périmée du monde, et précisément ce sont eux qui nous feront changer. Espèces parapluie des autres espèces, dans notre mental. Comme une naissance douloureuse d’un nouveau monde, leur acceptation représente la tête : une fois passée, le reste suit plus facilement.

Pour un humanisme élargi aux animaux, aux végétaux, à la biosphère et ses grands équilibres dynamiques que nous déstabilisons. Car ils méritent compassion et bienveillance.

La pente est rude pour y parvenir. Elle est pavée d’éboulis instables qui nous font parfois faire trois pas en arrière. Mais il faut s’accrocher et repartir, ne rien lâcher. Et regarder la crête, tout là-haut…

Bonne lecture, chers adhérents, chères adhérentes.

 

Patrick Leyrissoux, conseil d’administration de FERUS

 

Sommaire :

  • Vie des réseaux locaux
  • Actus Ours. FERUS alerte sur le manque d’ourses. Par Sabine Matraire
  • Actus Lynx. Une étude chasse l’autre. Par Pierre Athanaze
  • Actus Loup. Cessons enfin cette mascarade ! Par Sandrine Andrieux
  • Api’Ours. Les Pyrénéens s’impliquent avec FERUS en faveur de l’ours. Par Aurélia Puerta
  • Histoire et enjeux croisés autour de la forêt, des cervidés et des loups. Par Romain Ribière
  • Expansion du loup en Europe. Une proximité accrue vers les villes et les hommes. Par Vincent Vignon
  • Lecture. Le loup, un nouveau défi français. Interview avec Hervé Boyac
  • Actualités monde
  • France 39 / Italie 49. Par Patrick Leyrissoux
  • Galerie. Par Ghislaine Letourneur

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