Louve capturée dans le Mercantour : le récit par Gérard Caratti

Louve capturée dans le Mercantour : le récit par Gérard Caratti

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G. Caratti PN Mercantour

Article du bulletin du Réseau Loup Quoi de Neuf n° 21, août 2009

Récit d’une capture bien particulière…..

Le récit de la première capture de loup en France, par l’équipe de terrain…….

On peut rappeler que le piégeage des loups dans le Mercantour pour les besoins du programme prédateur – proies (*) a commencé en 2006 avec Carter Niemeyer, trappeur américain en retraite du US Fish and Wildlife Service. Les tentatives de piégeage ont duré trois semaines d’octobre à novembre et sont demeurées vaines. Cette année là, il s’agissait simplement de vérifier que la capture de loup avec des pièges à pattes du type Belisle à lacet était possible. Même scénario en 2007 et toujours sans succès, de mi-octobre à fin novembre, avec la participation d’A. Bertrand vacataire ONCFS, et de deux agents du Parc national Gérard Millischer dit Gégé et moi-même. G. Millischer est agent technique de l’environnement spécialisé dans les constats de dégâts et moi-même technicien sur ce programme de captures à plein temps depuis 2008. Cette année là, le protocole n’a pas été mis en oeuvre pour des raisons administratives.

En 2009, Gérard Millischer et moi-même avons engagé une première session de piégeage de trois semaines de fin mai à la mi-juin sans interruption, c’est-à-dire nuits et jours. Le piégeage était limité à des sites de basse altitude en raison d’un enneigement très tardif. Une seconde session plus en altitude de façon plus ou moins ininterrompue a débuté le 5 juillet pour se terminer le 28. Entre temps, nous avions bénéficié des conseils avisés de la biologiste italienne Francesca Marucco qui a, à son actif, la capture de deux loups versant italien du massif.

L’animal a été capturé le 13 juillet vers 01h15 dans la haute vallée de la Tinée. Le piège était du type Belisle. Hébergés dans une cabane sur le site de piégeage, nous sommes arrivés seulement 20 mn après que l’alarme nous ait réveillés. Il s’agit d’une alarme originale de type radio qui s’appuie sur notre réseau de communication privé et nos portatifs. Malgré notre préparation l’impression a été forte. Personnellement, j’étais fatigué par de nombreuses nuits précaires et des journées sans pause. Mais l’animal tant désiré était là et il n’y avait pas de temps à perdre en jérémiades, il fallait passer à l’acte.

Contrairement à ce que nous pensions, l’animal n’a pas présenté de suite une attitude de soumission. Il a fallu qu’il y soit forcé avec un bident en bois. Ceci dit, un blaireau nous avait donné, en mai, plus de fil à retordre. Il ne restait plus qu’à l’anesthésier à l’aide d’une canne seringue. L’induction fut plus rapide que prévue. Mais le produit utilisé est sûr et possède une excellente marge de tolérance qui peut aller jusqu’à 100% de surdosage. Une fois assurés que l’anesthésique avait agi, nous avons libéré la patte, puis transporté l’animal sur du terrain facile. Par sécurité nous l’avons entravé et équipé d’une muselière, ce qui s’est révélé pas très nécessaire au final. Vu l’état de la dentition nous avions probablement affaire à une femelle de 6 ans environ… peut-être la louve alpha au regard de son attitude campée et fière, queue en panache sur le dos. Après une inspection générale de l’animal, la pose du collier a été notre première préoccupation et action avec sa mise en service, l’adaptation au cou et la vérification du VHF. Nous avons ensuite fait les prélèvements sanguins soit 4 tubes de 5cc avec une petite appréhension de ce côté là ; mais ça s’est finalement passé parfaitement grâce à une veine radiale véritable « boulevard ». Puis ce fut le tour des diverses mesures et de la pesée : 23 kg avec un collier de 600 g.

Du début à la fin nous avons eu un oeil attentif sur sa thermorégulation (38.6 à 38.8), ses rythmes respiratoire (de 26 à 35) et cardiaque, ses réflexes et autres signes vitaux comme la couleur des muqueuses. A aucun moment il n’y a eu les régurgitations ou la salivation excessive que l’on pouvait craindre.

Puis l’animal, surveillé jusqu’au bout, a été mis en position de pouvoir repartir vers des pentes sans dangers ni obstacles majeurs. Pour l’anecdote, un autre loup était à nos côtés, pas très loin, pendant une partie de la capture… à hurler son désespoir (on suppose) de voir sa compagne (on suppose aussi) dans cette posture…

…..Durant ces courtes minutes d’action sous adrénaline, nous n’avons pu avoir le moindre état d’âme et donc pas réalisé à ce moment là ce qu’il nous arrivait, que nous venions de réussir l’improbable, ce dont beaucoup doutaient. Mais à froid, mon collègue Gégé et moi, nous nous sommes dit que le plus dur était fait, que dorénavant, dans notre tête au moins, le doute n’avait plus lieu d’être. En relevant un piège photo installé dans les environs nous devions nous apercevoir qu’un second loup avait été flashé le lendemain de la capture. C’était le premier cliché à cet endroit et la première photo de la pellicule. Là aussi on ne pouvait faire plus précis et efficace !

Gérard Caratti– Technicien du PN Mercantour – Responsable terrain du volet capture loup.

(*) Le PPP est un protocole mis en place par l’ONCFS avec pour partenaires le Parc national du Mercantour, la Fédération des chasseurs des Alpes-Maritimes et le CNRS, et qui a pour finalité l’étude des relations entre le prédateur et ses 4 proies sauvages principales, le chamois, le mouflon, le cerf et le chevreuil (voir QDN 13)

3 commentaires sur “Louve capturée dans le Mercantour : le récit par Gérard Caratti”

bonjour , dans le « quoi de neuf » numéro 21 du réseau loup/lynx , on peut lire , dans les résultats d’analyses ( resultats complémentaires) pour le dépt 81 , commune de St Amand , le résultat d’analyse d’un fécès récolté le11/03/09 et analysé le 18/05/09 , et qui donne : Canis latrans=coyotte ! = ????? Y s’est perdu celui-là !?? Ou alors , c’est qu’à l’ONCFS , ils font le poisson d’Avril au mois d’Aout !?? c’est une nouvelle mode ????

Bonjour,

Après avoir contacté un scientifique de l’ONCFS, je peux vous dire que c’est une énigme pour eux aussi et qu’ils n’ont aucune réponse sur le pourquoi du comment ces poils se trouvaient ici (car il s’agissait de poils et non d’une crotte) !!!

A noter toutefois que la fourrure de coyote se trouve très facilement aux Etats-Unis (très proche du loup).

Merci pour le travail accompli autour des loups et autres.On a d’ja vu les ours se faire tuer C,en est trop!


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