Espagne : des associations de protection de la nature dénoncent la chasse au loup sans aucune limite dans la région de Liébana

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Cinq loups tués lors d’une chasse.

Neuf loups ont été abattus au cours de deux battues au sanglier dans les limites du parc national des Pics d’Europe et sur les terrains de la réserve régionale de chasse du Saja.

Les organisations écologistes de la communauté autonome de Cantabrie SEO BirdLife, ARCA, Ecologistas en Accion, Fundacion oso Pardo et Fundacion Naturalez y Hombre ont dénoncé la mort au hasard et de façon illégale de neuf loups de la même meute dans les Liébana.

Depuis l’été dernier, les annonces de morts de loups dans les monts Cantabriques ne cessent d’affluer, dans différents secteurs et surtout dans les Liébana, sans qu’aucune explication ne soit apportée par la Direction générale des montagnes et de la protection de la nature du gouvernement de Cantabrie, ni sur les critères ni sur les quotas établis, de sorte qu’il est impossible de savoir combien de loups ont été tués ces derniers mois.

Selon les organisations écologistes, tout semble indiquer que « la gestion du loup en Cantabrie se base sur la permission de tuer des loups sans aucune limite et sans aucune règle ».

Des faits très graves dans les Liébana

Les faits dénoncés par l’association léonaise GEDEMOL sont d’une extrême gravité, car au moins six loups ont déjà été abattus au cours d’une même partie de chasse, alors que légalement, on ne peut abattre qu’un loup par partie de chasse dans cette zone des Cantabriques, limitrophe avec le parc national des Pics d’Europe.

Plus grave cependant est l’apparente impunité avec laquelle se déroulent ces faits. Pour les organisations écologistes de Cantabrie, il est « inconcevable » que la réserve de chasse du Saja ne contrôle et ne dénonce pas ces actes, surtout quand ils se déroulent dans la zone d’influence d’un parc national, où la régulation de la population de loups doit se faire selon des critères scientifiques qui garantissent le maintien des meutes.

Comme le dénonce GEDEMOL, en plus de ces six loups tués, les chasseurs ayant d’ailleurs déclaré en avoir tué un seul dans les limites de la réserve, il faut en ajouter trois autres qui ont été abattus le 27 octobre dernier, dans une colline du village de Cosgaya (Cantabrie).

Les neuf loups abattus faisaient partie d’un même groupe reproducteur qui se reproduisait habituellement dans la partie léonaise du col de San Glorio, groupe aujourd’hui complètement détruit qui appartenait par ailleurs aux groupes reproducteurs du parc national des Pics d’Europe.

Il s’agissait d’une meute connue pour être l’une des moins problématiques en ce qui concerne les attaques sur les troupeaux. Sur son  territoire, elle avait un rôle primordial dans le contrôle des ongulés sauvages, surtout les cerfs, dans les secteurs de Léon et de Camaleno, en aidant à conserver la biodiversité du parc national.

Clameur populaire en faveur du Loup ibérique en Cantabrie

L’association SOS Lobo Cantabria, via le site Change.org, a réuni plus de 74 000 signatures pour demander que l’on arrête de persécuter et tuer les loups en Cantabrie, ce qui montre que la société dans cette région veut que le loup ibérique continue à faire partie de la nature de Cantabrie. (Pétition ICI)

Les organisations écologistes demandent au gouvernement régional que l’on arrête de tuer des loups et que l’on n’autorise plus aucune chasse tant qu’un plan de gestion de l’espèce, basé sur des critères techniques tenant compte notamment de la valeur des loups en tant qu’élément régulateur dans les écosystèmes de Cantabrie et de leur valeur touristique, n’aura pas été créé.

Un moratoire en faveur du loup en Cantabrie

Combien de loups ont été abattus en 2013 ? Va-t-on enquêter sur ces faits ? La direction générale de la montagne et de la protection de la nature est-elle déjà en train d’enquêter ? Quels critères sont utilisés pour le contrôle de la population de loups en Cantabrie ?

Voici les questions que posent actuellement les organisations écologistes de Cantabrie, devant les faits graves qui se sont produits dans les Liébana.

 Source : communiqué SEO BirdLife, ARCA, Ecologistas en Accion, Fundacion oso Pardo et Fundacion Naturalez y Hombre (19 décembre 2013)

Traduction : Annie Moreau pour FERUS

Note de FERUS : en Espagne, le loup est classé en annexe V de la Directive Habitats, et donc non protégé, pour la population située au nord du fleuve Duero. Chaque communauté autonome espagnole au nord du fleuve décide si l’espèce est une espèce gibier (partie de la Castille-Leon au nord du fleuve, Cantabrie, La Rioja), si elle peut être sélectivement abattue pour prévenir des dommages aux troupeaux (Galice, Asturies, Pays Basque) ou si elle est totalement protégée (Catalogne). Au sud de la rivière Duero, le loup est classé en annexes II et IV, comme en France, et peut donc être abattu sélectivement pour prévenir des dommages aux troupeaux conformément à l’article 16 de la Directive Habitats (partie sud de la Castille-Leon) ; il est toutefois intégralement protégé à Madrid, Castille-La Manche et Andalousie. En Espagne, la gestion du loup est totalement décentralisée. Chaque région autonome prend toutes les décisions concernant l’espèce (gestion, suivi, recherche, indemnisation des dommages etc).

Source : Status, management and distribution of large carnivores (bear, lynx, wolf & wolverine) in Europe, Commission européenne, mars 2013

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