La Gazette des grands prédateurs n°50 (décembre 2013)

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Éditorial par Bertrand Sicard, vice-président de FERUS

Pourquoi nous devons gagner la bataille du loup

A l’heure où je rédige ces lignes, nous venons de terminer les préparatifs pour notre action symbolique de demain sur le pont de l’Alma (voir p.7). Nous sommes très enthousiastes à l’idée d’agir pour la bonne cause mais, sur le fond, nous restons inquiets car dans notre pays, la bataille est loin d’être gagnée et la situation médiatique est telle que l’on peut toujours craindre un retournement de l’opinion.

Malheureusement, cela ne doit pas nous étonner car en étudiant un peu l’histoire des relations du loup avec le peuple français, on se rend compte que la société française a considérablement changé depuis la disparition du grand prédateur.

Ces facteurs de changement sont de divers ordres. Mais les plus fondamentaux sont dus à une évolution sociétale que nous avons tendance à minimiser. Notre société s’est enfoncée dans un utilitarisme forcené qui tente de faire disparaître tout ce qui n’est pas directement « utile » et peine à évaluer tout ce qui ne peut pas être directement quantifié en valeur monétaire.

La nature subit les lourdes conséquences de cette dérive. Combien de fois sommes-nous soumis à la question : « A quoi sert-il votre loup ? » Alors parfois nous nous égarons sur ce terrain en esquissant quelques arguments utilitaristes laborieux. C’est une erreur car la diversité des espèces, grande faune comprise, n’a pas à être justifiée. Elle fait partie intégrante de la richesse de la planète et en particulier de notre vieille Europe.

Cette diversité et cette vie sauvage ont toute leur place chez nous et en particulier en France, pays où la densité de population reste encore une des plus faibles d’Europe, où la déprise agricole est la plus forte.

Plus grave encore est l’évolution de l’agriculture qui, en 50 ans, est passée d’une activité familiale à taille humaine à une agriculture industrielle dont la logique est devenue financière. Cette dérive conduit des éleveurs à constituer des troupeaux de plus de 2000 têtes sans aucune protection dans une course effrénée à la rentabilité. Sans compter l’évolution sociologique des « campagnes » qui a fait disparaître les solidarités naturelles de proximité. Si bien qu’aujourd’hui, lorsqu’un berger est confronté à de la prédation, il est bien souvent seul. Personne ne vient l’aider, ses voisins n’en n’ayant pas le temps…

Ne nous trompons pas : derrière la défense du loup, c’est bien le débat sur la place de la nature et du sauvage dans la société qui est engagé et la question du rapport que l’on veut entretenir avec eux.

Ce combat est décisif si l’on ne veut pas tous terminer dans des cages et sur des parkings.

N’oublions pas que l’équivalent d’un département français est artificialisé tous les 10 ans.

Mais malgré cette tendance de fond, nous ne désespérons pas car, à bien y regarder, on constate que la société tente bien de s’adapter au retour du loup et à ma connaissance, aucun retour d’une espèce n’a donné lieu à autant d’investissements de l’Etat ni d’efforts d’adaptation d’une profession.

C’est pour cela qu’il faut continuer le combat, et ne rien lâcher.

Bertrand Sicard, vice-président de FERUS

Sommaire :

  • Une action en faveur du loup dans Paris. Par Olivier Guder
  • Actus LOUP : Le retour des battues du XIXème siècle. Par Sandrine Andrieux-Rolland
  • Actus LYNX : Un rendez-vous au ministère. Par Anthony Kohler
  • Actus OURS : Un rendez-vous «ours» indispensable avec le ministre de l’Ecologie. Par Sabine Matraire
  • Bilan Parole d’ours. Par Aurélia Puerta
  • L’affaire des bouquetins du Bargy
  • Actus monde
  • Ma semaine avec un berger dans les alpages. Par Annabelle Jaeger
  • Ce que nous n’avons pas su faire. Par Fabrice Nicolino
  • La vie secrète des petits félins africains. Par Marine Drouilly
  • Bilan hivernal du suivi loup

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