L'ours brun des Pyrénées n'est pas le grizzly américain !

Photo Frank Fichtmüller/Getty

Faire feu de tout bois jusqu’à l’obscurantisme

Alors qu’un randonneur français vient d’être mortellement attaqué par un grizzly au Canada, une mise au point s’impose : dès les premiers lâchers d’ours en 1996 et 1997, davantage encore en 2006 et tout récemment avec le lâcher des deux femelles en octobre 2018, les opposants ont fait feu de tout bois pour affoler la population sur la dangerosité supposée des ours des Pyrénées, en particulier pour les randonneurs.

Ils n’ont jamais hésité à raconter les fables les plus invraisemblables, jouant sur l’obscurantisme pour tenter de créer une opposition à l’ours qui reste néanmoins très faible avec 64 % à plus de 80% d’opinions favorables à l’ours dans les Pyrénées : quel autre sujet de politique nationale ou locale parvient à des chiffres d’adhésion aussi massifs ? Manier l’arme de la peur ne changera pas grand chose. (Sources : sondages IFOP de Février 2018, 2008, 2005, 2003, ARSH opinion 2004, SOFRES 1992 et onze sessions annuelles du programme “Parole d’ours”)

Comportement approprié

Les montagnards béarnais chez lesquels jamais l’ours n’a complètement disparu savent d’ailleurs très bien comment réagir face à l’animal. Une Aspoise, ancienne habitante d’Urdos, raconte sa rencontre avec l’ours entre le village et l’ancienne gare des Forges d’Abel : « Mon père, il me l’avait toujours dit : si tu rencontres l’ours, il faut être polie avec lui, bien polie… Alors moi : Eh bien bonjour Monsieur l’ours, vous êtes bien matinal aujourd’hui… je lui ai dit. » et elle lui répéta ces paroles jusqu’à pouvoir le dépasser sans encombres. (Source : « Le loup, l’ours et le pastou », Louis Espinassous, éditions Cairn-PNP, 2005, page 57)

Ce comportement est empreint d’un bon sens paysan qui correspond exactement à l’attitude la plus appropriée si l’ours se trouve sur votre chemin : ne pas s’affoler, ne pas courir, ne pas crier, se manifester calmement. En lui parlant, c’est parfait.

Des rencontres qui se terminent plutôt bien

Le plus souvent, une fois que l’ours vous entend, vous sent, vous voit éventuellement, il détale et disparait. Ainsi ce randonneur qui pratiquait le GR 10 il y a quelques années et témoignait quelques jours après sa rencontre avec l’animal dans les Hautes Pyrénées :

« Le 16 juillet en quittant le gîte, dans la forêt, j’ai rencontré un ours brun à 20 mètres environ. On s’est regardé, ensuite il s’est sauvé car il avait peur de moi. » (Source : Michel Bruno, 2010, témoignage recueilli lors du programme de FERUS “Parole d’ours” par P.P)

Il faut en effet remettre les choses en juste proportion : 300 ours en Espagne, une centaine en Italie, aucun décès.

Par contre en neuf ans, rien que sur le versant français, on recense au moins une quinzaine de randonneurs grièvement blessés, et un tué, par … des bovins en estives. Des vaches accompagnées de veaux notamment.

Ours d’Europe / grizzly : des différences de taille

Un grand soin a été pris en ce qui concerne l’origine des plantigrades relâchés dans les Pyrénées. Ils font tous partie de la lignée européenne « Ouest » qui inclut l’Espagne, les Pyrénées et remonte jusqu’en Scandinavie (Suède) pour se terminer à l’est en Bulgarie sans atteindre la Roumanie. La Slovénie, pays d’origine de la totalité des onze ours relâchés dans les Pyrénées depuis 1996, est totalement incluse dans cette « lignée ouest ».

La distance génétique entre un ours pyrénéen originel et un ours des Cantabriques espagnoles est de 2,1 %, elle n’est que de 2,8 % entre le pyrénéen et le slovène. Elle monterait à 3,2 % avec ses congénères bulgares de la même lignée mais à plus de 6% avec la « lignée est » de Roumanie par exemple. Voilà pourquoi ce ne sont pas des ours roumains qui ont été choisis pour les Pyrénées, encore moins des grizzlys !

La distance génétique est un indice quantitatif de la similitude génétique entre deux populations. Elle est calculée à partir des différences observées sur certaines parties de l’ADN. Le Grizzly américain et l’Ours brun d’Europe font partie de la même espèce, ils pourraient donc se reproduire entre eux. Mais la distance génétique entre la population d’ours bruns européens de la lignée ouest et la population d’ours bruns de la lignée américaine (grizzlys) est de l’ordre de 7,5%. L’origine de la séparation de ces deux lignées remonte à environ 850 000 ans. (source : “Plan de renforcement et de restauration de l’ours brun dans les Pyrénées” – 2006-2009 – pages 83 à 85)

De ce fait, le grizzly a une morphologie différente, il est plus grand que l’ours brun d’Europe et son comportement vis à vis de l’homme est totalement différent. Ses activités sont par exemple bien moins nocturnes que chez l’ours européen. Pour le grizzly, l’homme est exceptionnellement une proie potentielle mais pour l’ours brun d’Europe, l’homme est un concurrent potentiel. La nuance est elle aussi de taille. Jamais on n’a vu d’ours européen suivre l’homme pour s’emparer de son pique-nique voire pour en faire une proie.

Ainsi, dans les Pyrénées, sur 495 cas de rencontres homme-ours relevés entre 1996 et 2010, l’ours détecte l’homme et s’enfuit dans 79% des cas. Les quatre cas d’agressivité relevés concernent une femelle accompagnée de ses oursons et ne se sont traduits que par des charges d’intimidations. (source : ONCFS, « Bilan des rencontres hommes-ours dans les Pyrénées de 1996 à 2010).

De même, en Slovénie, avec plus de 600 (!) ours côtoyant de près les activités humaines sur un territoire bien plus exigu que les Pyrénées, les cas d’agression sont rarissimes voire inexistants.

L’ours des Pyrénées, un bienfait pour les Pyrénées

N’en déplaise à quelques élus dénués d’imagination et de sens du territoire, la présence de l’ours dans les Pyrénées n’est pas un obstacle mais un atout pour la randonnée : aujourd’hui, nombreux sont les randonneurs qui choisissent les Pyrénées dans l’espoir de voir un ours ou de tomber sur ses indices de présence. Plusieurs guides, l’association “Pays de l’ours” ou même la commune d’Etsaut en vallée d’Aspe, proposent avec succès des randonnées respectueuses de l’ours et sur les traces de ce dernier, loin, très loin de l’agitation obscurantiste basée sur la peur tentée par quelques opposants en mal d’arguments : plus de 40 ours sont actuellement présents dans les Pyrénées, où sont les cas d’agression de randonneurs ? Les faits sont têtus et avec un minimum d’honnêteté intellectuelle, les fantasmes et les mensonges se fracassent face à la simple observation de ce qui se passe réellement sur le terrain pyrénéen.

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