Tir de Défense dans les Vosges, pour quelles raisons Monsieur le Préfet ?

David Martinelli

© David Martinelli

Lettre ouverte / 23 août 2013 signée par les associations FERUS, le GEML (Groupe d’Etude des Mammifères de Lorraine), Vosges Nature Environnement et Oiseaux Nature.

Tir de Défense dans les Vosges, pour quelles raison Monsieur le Préfet ?

Lors du comité de suivi des grands carnivores qui s’est déroulé en avril dernier, M. le Préfet avait estimé, au regard de la baisse significative des prédations entre 2011 et 2012 et des faibles effectifs de loups sur les Vosges (3 individus), qu’il n’y avait pas lieu d’autoriser des tirs de défense.

En 2013, la situation n’a guère changée : toujours 3 loups (2 sur le Massif, 1 dans la plaine).

Du côté des prédations sur les troupeaux domestiques, celles-ci sont en diminution par rapport aux années précédentes. En 2012, 26 attaques avaient fait 33 victimes, touchant 10 éleveurs sur 7 communes différentes et cette année, il n’y a eu que 8 attaques pour 10 victimes, sur un troupeau d’un seul éleveur.

Malgré cela, le Préfet des Vosges vient d’autoriser M. POIROT, éleveur à la Bresse, à effectuer des tirs de défense contre le loup, par un arrêté du 19 août, bien qu’il n’y ait pas eu d’attaque sur le massif depuis un mois.

Cette autorisation n’est donc aucunement justifiée et n’a pas de sens.

Nous associations adressent ici une lettre ouverte au Préfet des Vosges :

Monsieur le Préfet,

Le 19 août, vous avez promulgué un arrêté autorisant M. Jean-Yves POIROT, éleveur sur la commune de la Bresse, à effectuer des tirs de défense avec une arme à canon lisse en vue de la protection de son troupeau contre la prédation du loup.

Plusieurs éléments dans cet arrêté alarment nos associations :

  • Vous considérez que la mise en œuvre de ces tirs de défense ne nuira pas au maintien du loup dans un état de conservation favorable dans son aire de répartition actuelle, dans la mesure où elle s’inscrit dans le respect du plafond du nombre de loups pouvant être tués, fixé par l’arrêté du 16 mai 2013, qui intègre cette préoccupation.

Nos associations considèrent que cette mesure ne rentre pas dans les obligations de conservation de l’espèce « loup », comme le stipule les directives européennes relatives à cet animal. Nous tenons à vous rappeler que seuls deux individus ont été confirmés comme étant présents sur le massif. Une telle mesure engendrerait potentiellement la destruction de la moitié de la population du Massif vosgien, avec en plus, un risque d’abandon de la zone de présence permanente.

Cela nous surprend d’autant plus M. le Préfet, que votre discours, lors du comité de suivi des grands prédateurs, dénonçait la fragilité de la population vosgienne. Vous vous refusiez alors à autoriser un tir pouvant occasionner la mort d’un des deux individus. Nous avions alors salué ces propos modérés dans un communiqué.

  • « Article 3 : Les tirs de défense peuvent avoir lieu de jour comme de nuit, pendant toute la période de présence du troupeau. »

Encore une fois, nos associations s’étonnent de voir une autorisation de tirs, dont aucune date ne marque la fin, si ce n’est une indication floue de la date de rentrée des brebis en bergerie. Nous souhaiterions aussi que la notion de « troupeau » soit définie dans ce cas pour éviter toute dérive.

Nous souhaiterions aussi attirer votre attention sur plusieurs éléments :

  • Cette année et jusqu’à présent, le troupeau de M. POIROT a subi 8 attaques faisant 10 victimes sur la parcelle protégé par un Patou. L’an passé à la même période, M. POIROT avait subi là aussi 8 attaques pour 10 victimes mais principalement sur le parc ne possédant pas de mesures de protection satisfaisantes.

Nos associations s’étonnent que cette année, les attaques se concentrent donc sur l’un des seuls parcs présents dans le massif vosgien et équipé d’un outil de protection dont l’efficacité n’est plus à démontrer.

  • En 2012, sur la même période, nous pouvions compter 26 attaques ayant fait 33 brebis tuées touchant 10 éleveurs sur 7 communes différentes. En 2013, l’ensemble des attaques « loup non exclu » ont été réalisées chez M. POIROT, dans la même parcelle.

Nos associations s’étonnent que des mesures favorisant la compréhension de ces événements sur la parcelle en question, n’aient pas été prises avant d’autoriser un tir de défense.

  • Lors des dernières sessions de prospections par hurlements provoqués effectuées cet été, les loups ont été contactés lors de deux soirées. Ils ont répondu à plus de 25 km au Nord de La Bresse, ce qui atteste que les animaux se déplacent régulièrement et ne se cantonnent pas à proximité des troupeaux de M POIROT. Lors de leurs déplacements les canidés croisent d’autres troupeaux et nous nous étonnons encore une fois que les seules prédations connues le soient, chez le même éleveur, sur la même parcelle, la seule protégée par un chien de protection.

Plusieurs questions se posent alors: Le chien de protection a-t-il été testé en 2013 ?

N’est-ce pas un des volets du nouveau plan national loup que de s’assurer de l’efficacité des chiens ?

Nos associations se proposent aussi avec l’accord de M. POIROT de venir l’assister pour comprendre ce qu’il se passe dans cette parcelle.

En effet, les derniers constats de dommages réalisés montrent que les brebis expertisées ne correspondent pas toujours à un tableau clinique de type loup contrairement aux premiers cas. Les loups auraient-ils changé leur méthode d’alimentation en ne mangeant plus les viscères thoraciques ? Cet élément est pourtant un des critères déterminant la responsabilité du loup. D’autant que cette année, M. POIROT a subi une attaque pour laquelle le loup a été exclu, pouvant semer le doute sur la réelle implication du loup lors de ces dernières attaques.

Enfin la dernière attaque chez M. POIROT date du 22 juillet. A ce jour, cela fait 1 mois que M. POIROT n’a plus connu de prédation sur l’ensemble de ses parcs. Cela fait donc aussi plus d’un mois que le ou les loups du massif n’ont plus attaqué de troupeaux ovins.

Nos associations souhaitent donc que le comité de suivi des grands prédateurs se réunisse pour le bilan de mi- saison, comme cela aurait dû être fait au mois de juin suivant la volonté initiale de M. le Préfet. Une autorisation pouvant avoir des conséquences aussi importantes sur la population de loups vosgiens aurait mérité d’être débattue dans ce comité avant cette prise de décision, sinon à quoi sert-il ?

Nous souhaitons qu’au regard de ces éléments, Monsieur le Préfet prenne la décision d’abroger cet arrêté tout en continuant à favoriser la voie de la cohabitation et du dialogue.

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