Ourses Claverina et Sorita : 2 ans déjà ! Le temps d'un premier bilan

Sorita dans les Pyrénées. Photo FIEP

Communiqué de FERUS, 4 octobre 2020  

Claverina et Sorita, deux ourses slovènes, ont été lâchées les 4 et 5 octobre 2018 sur le sol béarnais.

Quel bilan pouvons-nous dresser rétrospectivement de cette opération ?

  • Une valeur inestimable : ce fut le retour des ourses en Béarn où il ne restait plus que des mâles depuis 14 ans.

  • Maintien du savoir-faire béarnais en matière de pastoralisme : une protection et une conduite des troupeaux adaptées au plantigrade et minimisant les pertes par prédation.

  • Peu de dégâts dus à l’ours. Ces ourses se sont révélées très peu prédatrices. Le maintien des pertes en Béarn à un niveau très bas montre la voie à suivre en matière de gestion des protections et de conduite des troupeaux.

Pour autant, ces 2 ans n’ont pas encore vu les reproductions tant attendues, la faute à la frilosité de l’Etat.

Les recommandations du Muséum National d’Histoire Naturelle n’ont pas été suivies. Ce dernier préconisait le lâcher de 4 femelles à minima, de 3 mâles et 10 femelles à l’idéal.

– Le risque d’infanticide de la part de mâles désirant s’accoupler a été avéré avec la disparition des 2 oursons de Sorita. Le respect de ces préconisations aurait permis de minimiser ce risque. Elles se basaient sur la présence de 2 mâles en 2013. Maintenant d’autres mâles arrivent en Béarn, déséquibrant d’autant le sex-ratio et augmentant le risque d’infanticide.

– Rappelons aussi que sur 6 femelles lâchées en Pyrénées centrales, seules 3 ont connu une descendance ; il n’y a donc aucune marge de sécurité pouvant garantir la viabilité démographique en Béarn.

A ces facteurs défavorables s’ajoutent le non-respect par l’Etat de ses propres engagements :

  • En 2018, la France faisait l’objet d’une mise en demeure de la part de la Commission Européenne et venait de perdre un procès intenté par les associations FERUS et Pays de l’Ours-ADET, au sujet de la conservation de l’ours. Le lâcher des 2 femelles et la publication du plan ours 2018-2028 ont permis la suspension de cette mise en demeure début 2019.

  • Depuis, le chef de l’Etat s’est engagé, auprès de la fraction la plus radicalisée de l’élevage, à ne plus pratiquer de lâchers pour restaurer la population d’ours, pourtant prévus, si nécessaire, dans le plan ours.

  • Des évaluations régulières du statut de conservation devaient être réalisées par les autorités scientifiques. Aucune n’a été faite à ce jour. Pourtant les motifs ayant motivé le classement de l’espèce en statut « défavorable inadéquat » sont toujours là :

    *démographie et génétique en Béarn, même si la disparition n’est plus inéluctable.

    *génétique en Pyrénées Centrales dû au faible nombre d’individus fondateurs, aggravé depuis avec la probable disparition de la lignée Balou-Cachou, sans descendance connue à ce jour.

  • L’Etat n’a pas annoncé ni réalisé à ce jour le remplacement de l’ours tué par balles en Ariège en juin 2020, contrairement aux engagements du plan ours.

La disparition de facto du volet « conservation » du plan ours pourrait incessamment montrer à la Commission Européenne que ce dernier n’était qu’un artefact destiné à la suspension de la mise en demeure vis à vis de la France…

Les lâchers de 2018 étaient indiscutablement indispensables et vitaux pour l’avenir de l’ours dans les Pyrénées. Cependant, la sauvegarde de l’ours n’est toujours pas acquise. FERUS continuera d’agir et de mobiliser pour la restauration de ce patrimoine naturel et national.

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